LES DUCS DE BOURGOGNE
PHILIPPE LE BON
Un immense héritage - La France divisée
Charles VII - Jeanne d'Arc
Mariage de Philippe le Bon - L'ordre de la Toison d'Or
Le traité d'Arras - Vie privée
La Cour - Le gouvernement de Philippe le Bon
Le mécénat - Mort de Philippe le Bon
Un immense héritage - La France divisée
Philippe le Bon, appelé "le grand-duc d'Occident, est le représentant le plus illustre de la maison de Bourgogne. Naît à Dijon en 1419 et il passa son enfance en Bourgogne puis reçut à Gand, une éducation de culture française. L'assassinat de son père Jean sans Peur, le plaça à la tête de la maison de Bourgogne, qui traversait alors une période difficile. Tirant les dernières conclusions de la politique poursuivie depuis quarante ans par ses deux prédécesseurs, il termine, à son profit, le rassemblement des diverses principautés et consolide ensuite son oeuvre par des réformes administratives visant à la centralisation. Sans jamais perdre de vue la situation intérieure de la France, il fait désormais de ses propres Etats le centre de ses préoccupations. Bien que vassal du roi de France et de l'empereur, il agira comme un souverain et il rêvera d'acquérir une couronne royale qui aurait consacré, en droit, une indépendance qu'il posséda en fait. De ce prince fastueux, orgueilleux, sensuel, c'est finalement sa bonté que la postérité popularisera.
Lors de la mort de Jean sans Peur par les Armagnacs, Philippe qui aimait et vénérait son père, se jette, malgré sa répugnance, dans les bras des Anglais en qui il voit les instruments de sa vengeance. Il pousse la reine Isabeau à donner sa fille Catherine en mariage au roi anglais Henri V, que le traité signé à Troyes le 21 mai 1420 le déclare héritier du royaume de France et le dauphin Charles est exclu à jamais de trône royal. La double monarchie ainsi instaurée ne laissait à Philippe qu'un rôle secondaire en France. La mort d'Henri V (1422) suscita ses espoirs, mais ils furent déçus. Le roi anglais laisse un jeune fils, Henry, âgé d'un an. Son oncle, le duc de Bedford, assure la régence de France. Lors de la mort de Charles VI à Paris, le 22 octobre 1422, la France est divisée en deux parties : d'une part la Picardie, la Champagne et l'Ile de France avec Paris, sont sur la houlette de Jean de Bedford ; d'autre part, Charles VII règne sur une vaste région qui s'étend du Maine et de l'Orléanais jusqu'aux Pyrénées et au Rhône, sans comprendre l'Aquitaine, fief anglais depuis le XIIe siècle.

Philippe le Bon, huile sur bois, 1450 - 1460, Roger van der Weyden (Tournai env. 1400 - Bruxelles 1464), (Paris, musée du Louvre). Troisième duc de Bourgogne de la Maison de Valois. Le duc, âgé d'une cinquantaine d'années, est vu de trois quarts, tourné vers la droite. Il est habillé de noir, porte le collier de l'Ordre de la Toison d'Or et une croix dans l'échancrure de sa tunique ; il tient un rouleau à la main. Sa tête est coiffée du chaperon à l'écharpe pendante. Ce portrait, contemporain de la miniature des « Chroniques de Hainaut » est une réplique d'un original disparu de Roger van der Weyden.
Charles VII - Jeanne d'Arc
Philippe le Bon est le plus riche et le plus puissant des trois princes qui dominent la France. Il n'est pas roi et refuse de l'être : « Je veux que l'on sache que je l'eus été si je l'eusse voulu ». Ses armées, régulièrement soldées, sont aguerries et commandées par de bons capitaines. Philippe recherche toutes les alliances susceptibles d'accroître son influence ou d'arrondir son patrimoine : le 14 juin 1423, sa soeur, Madame Anne, épouse le duc de Bedford. En 1428 les Anglais et les Bourguignons mènent une offensive décisive qui doit mettre fin au pouvoir du fils déshérité de Charles VI, ils veulent s'emparer d'Orléans. Les Orléanais, commandés par Jean, fils bâtard du feu duc Louis d'Orléans, résistent, puis veulent remettre leur place sous la protection du duc de Bourgogne. Heureux de montrer son indépendance à l'égard des Anglais, Philippe accepte à la grande colère du duc de Bedford, son beau-frère.
Orléans est délivrée le 8 mai 1429 et Jeanne d'Arc et les autres chefs de guerre libèrent ensuite toutes les places occupées par les Anglais. L'armée de Charles VII, menée par Jeanne, entreprend ensuite une marche victorieuse à travers la Champagne, occupée par les Anglais, qui la conduit à Reims ou le roi est sacré le 17 juillet 1429. Jeanne et l'armée marchent ensuite sur Paris. Mais Charles VII reçoit les ambassadeurs de Philippe le Bon. Ce dernier obtient une trêve ainsi que la permission de défendre Paris contre le roi lui-même! Les Bourguignons principalement repoussent l'assaut de Jeanne et du duc d'Alençon. Charles VII licencie ensuite sa magnifique armée le 21 septembre 1429. Jeanne revient d'une captivité dorée à la cour du roi. Pendant le printemps 1430 la trêve franco-bourguignone est rompue et la Pucelle se jette dans Compiègne assiégée par Philippe le Bon lui-même. Elle est capturée et Charles VII ne fait apparemment aucune démarche pour la libérer. Un des capitaines du duc de Bourgogne, Jean de Luxembourg, livre Jeanne aux Anglais contre une somme colossale. Elle est brûlée vive le 30 mai 1431.


Charles VII, vers 1445 ou 1450, détails, Jean Fouquet (Tours, vers 1415/1420 - Tours entre 1478 et 1481), (Paris, Musée du Louvre). Ce portrait extrêmement réaliste et grandeur nature du roi Charles VII est représenté à mi-corps ; porte un couvre-chef en velours avec de dessins géométriques et un pourpoint bordé de fourrure. Le tableau se trouvait au XVIIIe siècle à la Sainte-Chapelle de Bourges.

Les citoyens de Troyes remettant les clés de la ville au Dauphin et à Jeanne d'Arc, miniatures du manuscrit, « Vigiles de Charles VII », Martial d'Auvergne, France, 1484, (Paris, Bibliothèque National). Les Vigiles de Charles VII furent composées de 1477 à 1488 par Martial d'Auvergne (1430 - 1508) parlementaire parisien. Il s'agit d'un long poème relatant les événements dramatiques de la Guerre de Cent Ans et magnifiant les succès diplomatiques et militaires qui y mirent un terme. Le manuscrit a été exécuté pour Charles VIII, et fut peut-être conçu pour l'éducation du jeune roi, alors placé sous la tutelle de sa soeur Anne de Beaujeu. Le poème magnifie l'héroïsme de Jeanne d'Arc et était bien fait pour stimuler l'esprit chevaleresque de Charles VIII.
Mariage de Philippe le Bon - L'ordre de la Toison d'Or
En 1427, Philippe le Bon envoya une ambassade en Espagne à la cour du roi Alphonse V d'Aragon pour lui demander la main de sa nièce, l'infante Isabelle de Portugal. Van Eyck peintre attitré du duc de Bourgogne faisait partie de cette ambassade. Les noces sont célébrées à Bruges le 10 janvier 1430 ; c'est le troisième mariage du duc de Bourgogne. Sans rien négliger de ses devoirs d'épouse et de mère, Isabelle de Portugal sut gouverner en l'absence de son mari, diriger les finances, négocier des traités et soutenir la réforme des ordres religieux. Jusqu'à sa mort en 1471, Isabelle eut une influence non négligeable dans son entourage familial et sur sa maison, avec un groupe important de serviteurs d'origine sociale diverse. En effet, dans le superbe palais de Prisenhof à Bruges ou dans le palais Ten Halle à Gand, la maison privée de Philippe le Bon comporte des nombreux officiers de la chambre, de la bouche (cuisine, paneterie, échansonnerie, entre autres), de la vénerie, et de la fauconnerie. Philippe décide, après la mort tragique de son père, de ne jamais quitter les couleurs du deuil et de les imposer aux gens de sa maison et à tous les archers de ses« gardes de guerre » et ordinaires. Ce deuil apparent n'empêche pas le duc de Bourgogne et sa cour de mener une vie joyeuse. Philippe le Bon est un grand travailleur. Il prend les grandes décisions de son principat, mais se repose aussi sur des conseillers qu'il a le talent de bien choisir. Le principal d'entre eux est Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne de 1422 à 1462. C'est un véritable premier ministre, habile et dévoué.
Le grand rêve de Philippe le Bon fut de porter la bannière royale française dans une croisade contre les Turcs. Le duc de Bourgogne voulut et prépara la croisade ; et à l'extrême fin de sa vie, il fut bien près de partir pour la reconquête de la Terre sainte. En conformité avec cet idéal chevaleresque, fonda en 1429 l'un des plus prestigieux et le plus ancien d'Europe des ordres de chevalerie, l'Ordre des Chevaliers de la Toison d'Or. Crée par la cour de Bourgogne, l'Ordre devint par la suite spécifique de la Maison d'Autriche. C'est à Bruges, à l'occasion du mariage de Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal que naquit cet ordre qui prenait pour emblème la toison laineuse (représentée, pendante, en or) du bélier de Jason. Le symbole renvoie à la mythologie grecque: la Toison d'or dans Jason et les Argonautes. En créant cet Ordre, Philippe le Bon espérait préserver l'idéal de la chevalerie, non seulement dans son propre duché mais aussi dans tous les pays d'Europe. Politiquement, il s'agissait de maintenir et de défendre l'Eglise. Le collier de l'Ordre de la Toison d'Or était fort convoité et considéré comme un grand honneur faire partie de cet ordre.

Isabelle de Portugal et Sainte Elisabeth, 1457/60, huile sur bois, Pétrus Christus (Baerle? vers 1410 - Bruges 1472/73), (Bruges, Groeninge Museum). Le peintre représente la duchesse Isabelle de Bourgogne en prière, accompagnée de sa patronne sainte Elisabeth, qui tient sa couronne. La scène, presque de genre, se déroule dans un quadre intimiste en plein de recueillement, devant un paysage, comme dans un microcosme plein de fantaisie.
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Les Epoux Arnolfini, huile sur bois, 1434, Jan van Eyck (Maastricht? env. 1390 - Bruges 1441), (Londres, National Gallery). Cette peinture est un portrait de Giovanni di Nicolao Arnolfini et son épouse. Arnolfini était un membre d'une famille marchande de Lucques (Italie) habitant à Bruges, représentant de la banque Médicis dans cette ville. Le couple est montré dans un intérieur cossu typiquement flamand et minutieusement relaté. L'espace tend à se faire « ambiance » : intérieur intime et familier au moyen de la représentation analytique des objets domestiques. Arnolfini soulève sa main droite comme salutation a ceux qui sont devant la porte d'entrée de la chambre, reflétées par le miroir concave. Van Eyck était intensément intéressé par les effets de lumière : la technique de la peinture à l'huile lui a permis de la dépeindre avec une grande subtilité.

Armorial équestre de la Toison d'Or (le duc de Normandie), manuscrit, Flandre vers 1433-1435, (Paris Bibliothèque National de France). Le 10 janvier 1430, lors des fêtes de son mariage avec Isabelle de Portugal, Philippe le Bon, proclama à Bruges la fondation de l'ordre de la Toison d'or. Jason dut la chercher sur les rives de la mer Noire pour mériter le trône de son oncle Pélias. À bord de la nef Argos, il était accompagné par d'autres héros tels que Castor, Pollux et Orphée. Jean Lefèvre de Saint-Rémy fut le premier Héraut de la Toison d'or et probablement le maître d’œuvre de ce manuscrit qui compte parmi les plus prestigieux des armoriaux médiévaux.
La brouille survenue entre Charles VII et son fils, le futur roi Louis XI, ouvrit à Philippe le Bon des perspectives intéressantes, mais, sitôt devenu roi, Louis XI s'empressa d'écarter le duc Philippe des affaires françaises. Ainsi, tandis que le royaume de France se trouvait plongé dans l'une des périodes la plus noire de son histoire, Philippe le Bon travaillait à créer une puissance nouvelle au nord de l'Europe, en agrandissant ses possessions (acquisition de Tournai, des comtés de Maçon et d'Auxerre, de Brabant et du Limbourg, puis du Hainaut, de la Frise et de la Zélande). En 1435, il se réconcilia avec Charles VII, qui lui fit d'énormes concessions par le traité d'Arras. En 1441, il acheta le Luxembourg. De plus, il sut faire naître dans ces principautés si diverses des Pays-Bas un sentiment national. Il y eut de la part de ses sujets, qu'il ne ménagea pourtant pas, une véritable affection pour ce «bon prince », laquelle se répercuta sur ses successeurs, et lors de la catastrophe survenue avec l'échec et la mort de son fils et successeur, Charles le Téméraire, l'union sacré des Pays-Bas s'effectua autour de Marie de Bourgogne, l'héritière légitime: l'oeuvre de Philippe le Bon était bien consolidée.
D'une grande liberté de moeurs, ses nombreux bâtards ne scandalisèrent guère une époque habituée à la licence. Le Duc, s'il montre souvent un orgueil démesuré, sait se montrer le plus accueillant des hôtes et, par mesure de réciprocité, n'hésite pas à s'inviter à la table des riches bourgeois de Bruxelles ou de Bruges. C'est d'ailleurs parmi les femmes et leurs filles qu'il choisit ses maîtresses, les Jeanne de Presle, les Catherine de Thieffries. On en recense vingt-quatre durant son long principat. Ce ne sont ici que les maîtresses connues. Ces faciles conquêtes le rendent père de dix-huit bâtards et filles illégitimes. Deux d'entre eux, Corneille et Antoine, portent successivement le titre envié de Grands Bâtards de Bourgogne.
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Marie Magdalena , « Triptyque de la famille Braque » volet gauche, détails, 1451/52, huile sur bois, Roger van der Weyden , (Paris, Musée du Louvre). Ce triptyque, orné des armoiries des familles Braque et de Brabant, aurait été peint pour Catherine de Brabant. Sur le revers du volet gauche, figurent les armoiries de son défunt époux Jehan Braque de Tournai et porte une inscription soulignant la précarité de l'existence. Ce triptyque portatif aurait été peint en occasion de leur mariage. Les bleus intenses de la robe de Marie Magdalena mettent en valeur le caractère précieux de la somptueuse étoffe qui couvre ses bras.


Saint Jean, triptyque, détail, 1455-1460, Rogier van der Weyden, (Berlin, Staatliche Museen). Van der Weyden a peint ce petit retable, destiné probablement à un latéral d'autel ou à une chapelle privée. Dans le premier volet du triptyque est représentée la naissance de Saint Jean que la Vierge Marie tient dans ses bras pendant que la mère epuisée est bordée dans son lit par une servante. L'influence de l'art italien sur Van der Weyden pourrait se reconnaître dans ce retable à la diminution de la force dramatique et l'élégance du rythme spatial.
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Antoine, Grand Bâtard de Bourgogne, détail, (1421-1504), vers 1460, Roger van der Weyden (Tournai env. 1400 - Bruxelles 1464), (Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts). Le personnage porte le collier de l'Ordre de la Toison d'Or. Il tient dans la main une flèche, ce qui indique que le tableau était destiné au local d'une Gilde d'Archers. Ce tableau a été longtemps considéré comme un portrait de Charles le Téméraire. Ce fils naturel de Philippe le Bon, devint Chevalier de la Toison d'Or en 1456. Chévalier de grand courage était l'un des plus beaux hommes de son temps. Roger van der Weyden, exprime dans ceportrait, quelque chose de l'ardeur propre du personnage.
La Cour - Le gouvernement de Philippe le Bon
Le glorieux prince dont Chastellain disait qu'il était « celui qu'on nomme le grand duc et le grand lion », résidait d'ordinaire dans ses domaines des Pays-Bas. Sa présence était nécessaire sur toute l'étendue de ses comtés et de ses duchés. Sa cour nombreuse, qui fut sans doute la plus brillante de son temps et les fonctionnaires de son administration lui font escorte dans ses allées et venues. Cela forme un monde mais aussi une vaste famille, une foule de neveux et de nièces dont le duc, généreux, finance les mariages, de bâtards aussi, que Philippe, bon père, fait élever suivant la coutume d'alors avec son unique fils légitime. Le duc exige que ce brillant cortège l'accompagne partout où il s'agit de faire impression. Amoureux du faste, lorsqu'il reçoit, c'est dans une salle tendue de tapisseries précieuses, tissées d'or et de soie dans les ateliers d'Arras ou de Tournai ; il en possédait un si grand nombre que leur entretien réclamait des valets spécialisés. Il favorisa en mécène les musiciens, les chroniqueurs, les peintres, les tapissiers, les enlumineurs ; les manuscrits de sa « librairie » qui forment le noyau de la bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles, rendent compte de l'épanouissement que les arts connurent à la cour de Bourgogne et dans les Etats du duc.
Philippe est au faîte de sa puissance. Le Grand Duc d'Occident règne sur un "royaume" qui va du comté de Bourgogne et de ses places fortes de Dôle et de Montbéliard, dominées par les montagnes du Jura, jusqu'à la Mer du Nord. Philippe le Bon est un grand travailleur. Il prend les grandes décisions de son principat, mais se repose aussi sur des conseillers qu'il a le talent de bien choisir. Le principal d'entre eux est Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne de 1422 à 1462. C'est un véritable premier ministre, habile et dévoué. Les grands officiers, c'est-à-dire les plus hauts seigneurs de Bourgogne, le maréchal de Bourgogne, l'amiral de Flandre, le sénéchal, le grand chambellan de Bourgogne, le premier écuyer du duc se groupent les jours de Conseil autour du tout-puissant chancelier et de l' évêque de Tournai, chef officiel du Conseil ducal. Le duc Philippe préside souvent ces assemblées restreintes qui sont le principal organe de son gouvernement avec le Parlement de Bourgogne, les Etats généraux des deux Bourgogne pour ses fiefs du sud, et, pour ses fiefs du nord, le Conseil judiciaire et la Chambre des comptes de Flandre, la Cour de Brabant, la Cour de Hollande, la Chambre des comptes de Bruxelles et les Etats généraux particuliers des provinces.
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Portrait de Philippe de Croy, diptyque, 1460, Rogier van der Weyden (Anvers, Koninklijk Museum). Philippe de Croy (1435-1511) était un membre de la noblesse bourguignonne; en 1457 il était chambellan de Philippe le Bon; administrateur de l'Hainaut entre 1456-1465, et en 1473 il est devenu membre de l'ordre de la Toison d'Or. Van der Weyden l'a dépeint en tant qu'homme raffiné et pieux. L'artiste a été nommé peintre officiel de la ville de Bruxelles en 1436. Il a exécuté des peintures sur le thème de la justice pour l'hôtel de ville, ainsi que des nombreux portraits des grands personnages de la cour bourguignonne (duc Philippe le Bon, son fils Charles le Téméraire, Philippe de Croy, "Le Grand Bâtard de Bourgogne", Francesco d'Este, Nicolas Rolin, entre autres.
La Vierge du chancelier Rolin, détail, entre 1434 et 1435, Jan van Eyck , (Paris, Musée du Louvre). Ce tableau sera commandé par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Le chancelier figure ici comme donateur et l'oeuvre sera placée dans la chapelle fondée par lui-même. Rolin était avec son épouse Guigone de Salins le fondateur des Hospices de Beaune. Van Eyck a conféré une valeur spirituelle intense sur l'infiniment petit, avec une parfaite maîtrise presque alchimique de sa technique. Van Eyck introduit dans l'oeuvre religieuse, sur le même plan et en équivalence de taille avec les figures sacrées, les donateurs.
Le mécénat - Mort de Philippe le Bon
Les villes flamandes étaient des centres industriels prospères. Gand comptait soixante mille habitants, Bruges et Ypres en avaient trente mille. Ces villes prospéraient en particulier grâce au commerce de la draperie. Bruges était la ville de la banque, celle des changeurs italiens, les Arnolfini, les Portinari. Bruges était aussi l'un des grands ports de la Hanse des marchands. Les contemporains surent gré à Philippe le Bon et à sa maison du déploiement de fastes. Ils aimaient le spectacle prestigieux d'une Cour dont les nombreuses commandes étaient pour tous une source de prospérité. Cela Philippe le comprenait aussi bien que l'avait déjà compris son grand-père : son opulence était un moyen pour lui de s'attacher ses sujets, ceux surtout des anciens Pays-Bas. Le duc avait su attirer à sa cour les plus grands artistes flamands de l'époque : dans ses comptes figurent les noms de Van Eyck, de Van der Weyden, de Memling. Mais nous ne savons pas toujours exactement à quoi on les employait. Jean van Eyck fit le portrait d'Isabelle de Portugal, envoyé expressément par le duc au Portugal pour la peindre. Hélas, le panneau aujourd'hui est perdu. Mais il faut souligner qu'il reçut des commandes autrement importantes d'ecclésiastiques comme le chanoine Van der Paele, ou même de simples bourgeois comme le marchand Arnolfini ou ce Judocus Vijdt, dont "l'Agneau Mystique" l'a immortalisé. La peinture flamande fut beaucoup plus un art ecclésiastique ou bourgeois qu'un art de Cour. On peut se demander pourquoi les ducs de Bourgogne semblent avoir moins compté pour les peintres de leur temps que les bourgeois de Bruges ou de Gand, et plus tard ceux d'Anvers. Peut-être est-ce parce que les peintures, se prêtaient mal à leurs continuelles pérégrinations. Les plus beaux titres de gloire de Philippe le Bon sont d'avoir été le protecteur éclairé des musiciens de l'école de Hainaut et le véritable promoteur de l'école de peinture de la pré-Renaissance en Flandre. À la mort du duc, son fils Charles le Téméraire continuera l'oeuvre paternelle.
À la fin de sa vie, Philippe s'attache de plus en plus à Bruxelles qui lutte avec Arras pour donner aux cathédrales et aux palais princiers les plus riches tapisseries. Le duc modifie sans cesse son magnifique palais du Coudemberg, qui couronne une colline entière de Bruxelles, avec ses jardins, son verger, ses volières habitées par des oiseaux exotiques. Lesétats burgondo-flamands ont comme annexe deux principautés ecclésiastiques qui sont véritables protectorats, la principauté-évêché d'Utrecht et celle de Liège, ville des forgerons, des mineurs, des charbonniers de terre. Philippe le Bon est mort à Bruges en 1467 et malgré un certain nombre de fautes politiques, a été un bon gestionnaire de ses fiefs.


Saint Eloi orfèvre, 1449, Petrus Christus (Baerle vers 1410 - Bruges 1472/73), (New York, Metropolitan Museum), La peinture montre un orfèvre dans sa minuscule boutique, avec des articles séculaires et ecclésiastiques finement travaillés, affichés sur les étagères à droite. Le tableau fut commissionné par la guilde des Orfèvres de Bruges et constitue une publicité virtuelle de ses services. La figure principale est Saint Eloi, le patron des orfèvres. Un jeune couple aristocratique habillé des somptueux habits achètent un anneau de mariage qui est pesé par l'orfèvre. Le miroir convexe à droite, motif eyckien par excellence, reflète la place du marché au-delà du compteur du marchand. Permet de voir les maisons typiques de Bruges. Sur le comptoir de Saint Eloi, on reconnaît des monnaies de différents pays, des florins de Mayence et des écus de Philippe le Bon.
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Adoration de l'Agneau mystique, 1427-1432, détail des « Juges intègres » et des « Anges Musiciens » Hubert et Jan van Eyck , (Gand, Cathédrale de Saint Bavon). Ce grand polyptyque correspond à une commande de Jodocus Vyd et de son épouse Elisabetta Borluut (ils figurent agenouillés sur les panneaux latéraux inférieurs du retable) fut commencé par Hubert van Eyck, et continué par son frère Jan après sa mort ; l'oeuvre fut achevée en 1432. Il s'agit d'une oeuvre fondamentale de la Renaissance flamande. Avec une iconographie complexe, une conception monumentale et une harmonie des couleurs inégalée, comprenant des figures et des scènes sacrées, de portraits et de paysages, montre le génie et les innovations techniques des frères Van Eyck. Ici l'oeuvre d'Hubert van Eyck est difficilement dissociable de celle de son frère, et quelques spécialistes ont mis son existence même en doute. Dans l' « Adoration de l'Agneau mystique » on pense qu'il exécuta une partie des tables du secteur central.