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LES DUCS DE BOURGOGNE
PHILIPPE LE HARDI
Les origines - Pourquoi "le Hardi" ?
Charles V - Charles VI
Le mariage de Philippe le Hardi
La cour
Folie de Charles VI
Mécénat
Jean de France, duc de Berry
Mort de Philippe le Hardi
Les origines - Porquoi "le Hardi"?
Le duché de Bourgogne a été au XIVe siècle, l'un des pouvoirs les plus prestigieux d'Europe. Terre de marche ; placée depuis le XIe siècle dans la mouvance de la couronne royale française, il constitue un fragment de l'antique « Burgundia », dont la partie orientale - la Franche-Comté - dépendait de l'empire germanique. Après la mort sans postérité du dernier duc capétien de Bourgogne Philippe de Rouvres, qui descendait de Robert le Pieux, elle fut donnée en apanage, en 1364, par le roi de France Jean II à son fils cadet Philippe de Valois, qui l'histoire connaît sur le nom de Philippe le Hardi.
A Philippe le Hardi (1342-1404) on le nomme "le Hardi" en raison de sa bravoure en 1356, pendant la bataille de Poitiers que oppose l'armée de roi de France, Jean le Bon, et celle du Prince Noir, l'héritier de trône d'Angleterre. Le roi Jean reste presque seul au milieu des Anglais. Son dernier fils, Philippe, âgé de quatorze ans, tente de détourner les coups en criant : « Père, gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche ! ». Puis Jean le Bon se rend, il est fait captif avec son fils Philippe et dirigés sous bonne escorte vers Bordeaux. De là sont embarqués sur une nef qui les mène en Angleterre. Philippe partage la captivité de son père, le vaincu de Poitiers. Il revient en 1360, après le traité de Brétigny qui livre à l'Angleterre toute la France du sud-ouest. À son retour, Jean récompense Philippe en lui donnant le duché de Touraine puis le gouvernement du duché de Bourgogne. Proche de son frère, le roi Charles V
Philippe le Hardi, huile sur bois, (Lille, Musée des Beaux-Arts). Fils de Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg, premier duc de Bourgogne de la Maison de Valois. Ancienne attribution à Antoine Claiessens. Appartient à une série de portraits rétrospectifs des ducs de Bourgogne conservés au musée de Lille.
Charles V - Charles VI
Philippe le Hardi restera toujours fidèle à son frère le roi Charles V, dit le Sage, et n'oubliera jamais qu'il est avant tout prince français, et comme tel astreint au service de guerre. Il prendra part à de nombreux sièges et opérations militaires contre les Anglais, aux côtés du connétable de France, Bertrand Du Guesclin. À la mort de Charles V en 1380, son fils, le futur Charles VI n'a que six ans. Ce seront donc ses oncles qui assureront la régence (les ducs de Bourbon, d'Anjou, de Berry et de Bourgogne). Philippe le Hardi dévient donc co-régent de France avec ses frères, pendant la minorité de son neveu. Tous étaient des collectioneurs passionnés et de puissants mécènes. Le nom du duc de Berry est à jamais attaché à celui de ses "Très Riches Heures", une des merveilles de la peinture médiévale, compensant la médiocrité politique de son rôle par l'éclat de son mécènat. Philippe le Hardi, fut, sur le plan poltiique, beaucoup plus influent.
Lorsqu'il montre sur le trône, Charles VI, a douze ans. L'adolescent royal est beau, grand mais assez grêle. Il commence par écarter du pouvoir les conseillers du feu roi Charles V. Le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, est même jeté dans cette Bastille qu'il a bâtie. Le plus subtil des oncles du roi reste incontestablement Philippe le Hardi, affable mais tenace et résolu, tête pensante du Conseil Royal. Après avoir mené leur neveu à Reims pour le faire sacrer, les oncles se voient confirmés dans leurs pouvoirs administratifs. Ils rétablissent les impôts abolis par Charles V et cette mesure entraîne de nombreuses émeutes en France. Ils marient Charles VI à Isabeau, fille du duc de Bavière et nièce du comte de Hainaut. En 1388 Charles VI décide alors de gouverner par lui-même, remercie ses oncles de leurs services et rappelle les conseillers de son père.
Bataille de Maupertuis, dite de Poitiers, Grandes Chroniques de France, Paris XIVe siècle, (Paris, Bibliothèque nationale de France). Bataille de Maupertuis qu'a y lieu en 1356 entre Jean le Bon et Edouard, prince de Galles, dit le Prince Noir. À droite le champ français avec l'étendard fleurdelisé et à gauche le champ anglais.
Couronnement de Charles VI « Grandes Chroniques de France », Paris XIVe siècle, (Paris Bibliothèque nationale de France). En 1380 Charles VI est couronné roi de France par les pairs de son royaume.
Philippe épousa, en 1369, Marguerite, fille unique du comte de Flandre Louis de Maele. En attendant il réforme le Parlement, la Cour des Comptes et les Etats Généraux, qu'il tient souvent à Beaune. Ses finances sont en piètre état et il a quelque mal à boucler son budget. Quinze ans plus tard, au décès de son beau-père, Philippe le Hardi devient, du chef de sa femme, comte de Flandre. Le premier duc de Bourgogne veilla, suivant la tradition féodale, à arrondir ses possessions et, en prince purement français, il vit dans l'expansion de sa puissance dans les Pays Bass une phase de l'expansion française au détriment de l'Empire. Philippe le Hardi, sut lancer sur la scène politique et économique l'ascension de son duché, dès lors devenu fort riche.
Marguerite de Flandre (1350-1405), épouse de Philippe le Hardi, huile sur bois, (Lille, Musée des Beaux-Arts).
La cour
L'éclat des cours de Bourgogne et des princes des fleurs de lis, fortement condicioné par la création artistique, se démarquait alors du commun par un costume aux formes particulières caractéristique de cette époque. Ces vêtements de cour extravagants transforment le corps et lui donnet une silhouette tout à fait artificielle, par l'exagération de certains volumes: couvre-chef, chaperon o turban savamment drapés pour les hommes; coiffure à cornes ou bourrelets pour les femmes. Selon Jouvenel des Ursins, quand les dames "vouloient passer l'huis d'une chambre, il fallait qu'elles se tournassent de côté". Porter des vêtements aussi coûteux, c'est affirmer avec ostentation son appartenance à une societé luxueuse et raffinée. L'art de l'orfevrerie affirme plus que jamais leur rôle, à l'image des cours italiennes les princes aiment se parer de beaux bijoux. Les orfèvres bourguignons et parisiens débordent d'imagination à fin de satisfaire cette riche clientèle. L'émail sur ronde bosse d'or, emblématique de l'art parisien, fait son apparition. Marguerite de Flandre commande pour les étrennes de 1403, l'un de ces joyaux émaillés, figurant un calvaire, pour l'offrir à Philippe le Hardi. Ces très precieux objets de dévotion étaient des oeuvres princières par excellence.
La cour aimait la chasse, les tournois et les divertissements. Les grandes fêtes de chevalerie en occasion de mariages, d'adoubements et d'autres commémorations, se succedaient. Les joutes et les tournois pouvaient s'étendre pendant plusieurs jours. Des échafauds partagés en loges et en gradins, décorés de riches tapis, de bannières et d'écussons, étaient dressés autour de la carrière, ainsi que des pavillons pour recevoir les rois, les reines, princes et princesses, les anciens chevaliers, les seigneurs, dames et demoiselles. Mais la cour n'est pas seulement luxe et vanité, c'est aussi quadre intellectuel. La Bourgogne, proche de Paris grand centre producteur de livres, jouit aussi du rassemblement exceptionnel de l'Université et des écoles, où on vient y écouter les penseurs les plus novateurs de l'époque. Où bouillonnaient les idées nouvelles, tant dans le domaine de la réflexion politique que dans celui des lettres, avec le renouveau humaniste.
Des claires et nobles dames (Bocacce) (présentation du livre), enluminure, France XVe siècle, (Paris, bibliothèque National de France). La vie intellectuelle des élites, se nourrit dans le milieu du livre et de l'enluminure. La production englobe une part croissante de textes profanes : on copie et enlumine les anciens (Cicéron, Virgile, Térence) et les modernes (Bocacce). Ce dernier, en 1403 voit son oeuvre "Des cleres femmes" être somptueusement enluminée par deux ateliers parisiens différents, respectivement pour le duc de Berry et pour le duc de Bourgogne, bel exemple d'émulation entre mécènes. Comme pour l'orfèvrerie, les princes s'approvisionnent à Paris en livres enluminés. La ville rassemble les peintres venus d'horizonts les plus divers.

Livre de la Cité des Dames, enluminure provenant de la bibliothèque de Jean de Berry, France vers 1405, (Paris, Bibliothèque Nationale de France). L'auteur de ce manuscrit était Christine de Pisan, première femme à vivre de sa plume en Occident. Pour éditer son oeuvre, elle cherche des mécènes et s'adresse au duc de Bourgogne et à Jean de Berry, dont elle deviendra sa protégée; elle lui dédie son "Livre des faits et bonnes moeurs du sage roi Charles V". Dans le "Livre de la Cité des Dames", désolée à la lecture de tant de médisances tenues à propos des femmes par " les hommes clercs et autres ", Christine entreprend de jeter les fondations de sa ville métaphorique faite de " grands murs hauts et épais, avec leurs hautes tours larges et grandes ".
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Château de Santenay, (Bourgogne, France). En 1372, le Duc de Bourgogne s'empare de diverses seigneuries, entre autres, celle de Santenay. Le château de Germolles en Bourgogne, demeure de plaisance des ducs de Bourgogne édifiée par Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre constitue le seul château des ducs encore existant en France. En septembre 1381, dès qu'il a acquis la demeure, le duc l'a offert à son épouse qui en fait un lieu où il faisait bon vivre. Elle y a développé la plus grande roseraie d'Europe (les pétales étaient envoyés à Bruges où ils étaient distillés). À la mort de son époux, Marguerite de Flandre a fait don de Germolles à son fils, Jean Sans Peur.
Le 5 août 1392 se produit la triste scène de la forêt du Mans : Charles VI devient fou furieux. Le roi alors âgé de 24 ans, traverse la forêt à la tête de ses troupes. Le roi, dont ses sujets surnomment le « Bien Aimé » pour les avoirs délivrés des exactions de ses puissants oncles, entreprend une expédition contre le duc de Bretagne Jean IV, allié aux Anglais. Un illuminé surgit soudain et saisit la bride de son cheval et lui crie : « Arrête, noble roi, tu es trahi ! ». Peu après, la lance d'un soldat heurte un bouclier. Au bruit, le roi qui s'était assoupi sous l'effet de la chaleur tire son épée et frappe ses compagnons. Six chevaliers sont tués avant qu'on ait pu le maîtriser ! Après cet épisode, les ducs de Berry et de Bourgogne, chassent les conseillers en place et reprennent le pouvoir. Désormais les crises de folie ne vont plus quitter le jeune souverain, mais seul son entourage immédiat est dans la confidence et ses retours intermittents à la raison, empêchent la constitution d'une régence en bonne et due forme. L'une d'elles est passé à la posterité avec le sinistre nom "bal des Ardents", au cours duquel, dans son accoutrement d'homme sauvage, il manqua d'être brûlé vif. Jusqu'à sa mort, il y aura alternance de périodes de démence et de périodes de conscience. Charles VI a compris bien dans quel état il se trouvait.
Le Bal des Ardents, Jean Froissart, « Chroniques », Flandre, Bruges, XVe siècle (Londres, British Library)
Le premier centre de culture bourguignon s'est formé à Dijon, assez tard, du reste. Philippe le Hardi avait commencé par se sentir tellement attaché à la France qu'il ne s'était guère occupé de son duché. Peu à peu, l'absorbant davantage, les affaires de Flandre et du Brabant rendirent sa position plus indépendante. En même temps, le haut développement de l'art dans ces régions commença à le séduire. Parmi les commandes artistiques de Philippe le Hardi, le chantier principal fut celiui de la chartreusse de Champmol, fondée en 1385 pour servir de nécropole aux ducs. On vit ainsi, après quelques Français, maint habile artiste des Pays-Bas répondre à l'appel du duc et quitter son pays pour la capitale bourguignonne. Les peintres Melchior Broederlam et Jean Malouel, ainsi que le sculpteur Claus Sluter. L'arrivée de celui-ci sur le chantier de Champmol, provoqua une véritable révolution esthétique, en tournant le dos aux formes souples, élégantes du ghotique international pour en nouveau style monumental plus puissant et expressif. Ces artistes tendaient à créer un art de cour bourguignon ou, si l'on veut, « franco flamand », peignant surtout des sujets bibliques, des épisodes de la vie des saints, d'une inspiration poétique, d'un dessin élégant, d'un coloris d'autant plus brillant qu'il tranchait sur le scintillement des fonds dorés. Une sensibilité raffinée les induisait ainsi à accorder leurs sujets religieux à l'éclat princier de la cour. De sorte que leurs peintures sont devenues comme un témoignage du luxe sans mesure dont s'entourait le duc de Bourgogne.

Retable de Dijon, Melchior Broederlam, (Ypres, documenté 1381-1409), (Dijon, musée des Beaux Arts). Broederlam, peintre et miniaturiste flamand, il travailla en Flandres et en Bourgogne, où il était au service de Philippe le Hardi, est considéré comme l'un des premiers grands primitifs flamands. Ces deux volets ont été peints sur commande entre 1394 et 1399 pour la chartreuse de Champmol près de Dijon. L'artiste a peint sur chacun des panneaux, articulés harmonieusement, deux scènes : à gauche « l'Annonciation » et la « Visitation »; à droite la «Présentation au Temple » et la «Fuite en Egypte », avec une alternance de scènes d'intérieur et d'extérieur. L'architecture, l'élégance des formes renvoient au gothique international, tandis que la volonté de rendre d'une façon réaliste le paysage ou l'attitude de certains personnages, s'explique par une forte culture flamande.
La Grande Pietà ronde, vers 1400, attribué à Jean Malouel (Nimègue? - Paris 1415), (Paris, musée du Louvre). Jean Malouel, peintre franco-flamand, il travailla à Paris et fut entre 1397 et 1415 peintre de cour des ducs de Bourgogne. La Grande Pietà Ronde fut peinte pour Philippe le Hardi, dont les armoiries figurent au revers du tableau. Cette « Pitié de Notre Seigneur » associe au thème de l'Homme de douleurs celui de la Trinité, pour laquelle les ducs de Bourgogne avaient une dévotion particulière. Dans cette oeuvre, l'expérience parisienne et l'art des Flandres s'unissent ; elle présente quelques analogies stylistiques avec le « Martyre de Saint Denis », un grand retable commencé par Malouel et terminé par son successeur en tant que peintre de cour, Henri Bellechose.

Retable de la Crucifixion, L'«Adoration des Mages» panneau central, registre inférieur, Jacques de Baerze, (1350-1406), (Dijon, Musée des Beaux-Arts). Ce retable est commandé à deux artistes flamands : le sculpteur Jacques de Baerze et le peintre et doreur Melchior Broederlam. L'oeuvre est exécutée en Flandre à partir de 1393 et arrive à Dijon en 1399. Le retable est installé sur l'autel de la chapelle du duc de Berry, frère de Philippe le Hardi, dans la Chartreuse de Champmol. Le coffrage est en chêne ; le tilleul est utilisé pour le décor architectural et les statuettes. Ici, Jésus reçoit de l'or des mains de Balthazar et pour le remercier lui tire la moustache (cette attitude est due à une dévotion septentrionale, qui conseille aux artistes de représenter Jésus comme un enfant normal). Le roi rejette sa tête en arrière. Le mage derrière lui, étonné par cette scène, se gratte la tête en relevant sa couronne.

Le Puits de Moïse, Claus Sluter (Haarlem v. 1340 - Dijon 1405/06), (Dijon, Musée Archéologique). Pilastre hexagonal avec six figures de prophètes qui prêchent la Passion du Christ. L'oeuvre est aussi connue comme le « Calvaire « ou le « Puits des prophètes ». Sa conception plastique révolutionnaire se déploie ici dans toute sa puissance ; elle est fondée sur les volumes pleins et sur la structure monumentale, en nette antithèse avec les contours gothiques. Pour réaliser cet aménagement monumental et ce programme iconographique, Philippe le Hardi fait appel à son "imagier" de prédilection Claus Sluter, originaire des Pays-Bas. Aidé de son neveu Claus de Werve, l'artiste travaille, par intermittences, pendant dix ans : de 1396 jusqu'à sa mort au début de l'hiver 1405/1406. L'essentiel du monument est en pierre d'Asnières, dont les carrières avoisinent Dijon, et toutes les statues, même la croix, sont peintes et rehaussées d'or par Jean Malwel (ou Malouel).
Ici est nécessaire d'ouvrir une parenthèse, consacrée a une des grandes figures de mécène de l'histoire, en étroite relation avec la cour de Bourgogne, le duc de Berry. Au contraire de ses frères Charles V, Louis d'Anjou et Philippe le Hardi, Jean de France, duc de Berry (1340-1416), troisième fils de Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg, ne joua jamais un rôle de premier plan dans l'histoire politique du XIVe siècle et du début du siècle suivant, et ce malgré les responsabilités importantes dont il fut parfois investi par son frère aîné et son neveu Charles VI dans le gouvernement du royaume. Ce grand seigneur raffiné et épris de luxe, comme tous les princes de la lignée des Valois, ne semble avoir eu d'autre passion que d'embellir ses différentes demeures, l'hôtel de Nesle à Paris, et le château de Mehun-sur-Yèvre en Berry notamment, et d'y amasser, sur le modèle de Charles V au Louvre et à Vincennes, les plus belles collections artistiques du temps. Trois inventaires détaillés, dressés entre 1403 et sa mort en 1416, permettent d'avoir une idée de l'incroyable richesse de ses collections où se côtoyaient tapisseries, reliquaires d'orfèvrerie et d'ivoire, pierreries et manuscrits précieux. Seuls une centaine de ces derniers a survécu aux destructions. On trouve dans les inventaires et dans la comptabilité ducale le nom de quelques-uns des plus grands artistes de l'époque. Mais c'est surtout le nom des frères de Limbourg, Pol, Jean et Herman, trois peintres originaires de Gueldre, qui est indissociablement lié au mécénat de Jean de Berry.

Jean de Berry partant en voyage, « Petites Heures de Jean de Berry », Jacquemart de Hesdin, (documentée à partir de la fin de XIVe siècle jusqu'au début du XVe siècle), (Paris, Bibliothèque Nationale de France). Jacquemart de Hesdin était un miniaturiste français originaire d'Artois, on le rencontre en 1384 à Bourges, au service du duc Jean de Berry. Dans cette enluminure, on voit le duc sortant par la porte de la ville accompagné de sa suite en train de se mettre en route et à ses pieds un petit chien en signe de fidélité. Le style de Jacquemart de Hesdin qui se caractérise par la souplesse et vivacité de la ligne et par des couleurs éclatantes, allie avec une suprême élégance sa connaissance de l'école siennoise et des éléments du gothique tardif français.

Les Très Riches Heures : mai, Frères Limbourg (Chantilly, Musée Condé). Cette miniature, fait partie du livre d'heures commencé en 1413 et commandée aux frères Limbourg par Jean duc de Berry. Avec cette oeuvre, les Limbourg surent exprimer au plus haut niveau leur extraordinaire talent, exaltant la culture raffinée du commanditaire, sa passion pour les ouvrages luxueux et son orgueil nobiliaire. Les scènes des « Mois » qui décorent le calendrier des « Très Riches Heures » sont le chef-d'oeuvre des frères Limbourg : les plus vastes paysages jamais réalisés jusqu'ici en miniature y sont peints. Sur chaque feuille, des personnages nobles absorbés par les distractions des différents mois, sont placés devant un paysage dominé par un château ou par une résidence du duc de Berry. Les figures sont élégamment allongées et figées dans des poses typiques de l'abstraction courtoise qui révèle le goût du style aristocratique du gothique international.
Le 27 avril 1404, le premier duc de Bourgogne succombe à une fièvre violente dans son château de Hall, en Hainaut. Il a alors soixante-trois ans. Il sera inhumé à Champmol ; dont l'intérêt et l'appui qu'il a porté à la Chartreuse ne seront jamais démentis et a gardé jusqu'à sa mort : on est ému de retrouver dans les comptes de la Cour, à la date de son décès à Hal, en 1404, le rappel des « huit écus baillés à un chartreux d'une église des environs, pour son vêtement neuf, dont feu Monseigneur a été revêtu avant que d'être mis en bière ». Le coeur de Philippe, lui, fut transféré au mausolée de Saint-Denis, à côté de ses ancêtres, pour bien marquer qu'il n'avait jamais cessé d'être un prince français. Il avait solidement implanté sa maison et crée les possibilités de son expansion ultérieure. Son fils et successeur Jean sans Peur continua cette politique avec persévérance, habilité et prudence.
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Le Portement de Croix, Jacquemart de Hesdin, peut-être originaire du Hainaut, (connu de 1384 à 1409 au service du duc de Berry) (Paris, musée du Louvre). Miniature sur parchemin, contre-collée sur toile. Fait partie d'une des peintures à pleine page détachées d'un manuscrit enluminé, les Grandes Heures du duc de Berry (Paris, Bibliothèque nationale de France).

Le tombeau de Philippe le Hardi, détail du gisant, Claus Sluter, (Dijon, Musée des Beaux-Arts). Dès 1381, Jean de Marville, imagier du duc, est chargé de l'exécution du tombeau de Philippe le Hardi et en conçoit l'ordonnance. En 1389, Claus Sluter, que le duc a fait venir à Dijon avec d'autres tailleurs de pierre du Brabant pour constituer l'équipe de Champmol, prend la succession de Marville comme imagier du duc. Le tombeau affecte la forme d'un sarcophage sur le couvercle duquel la statue du défunt gît, couronne en tête, revêtu de la robe d'un chartreux, dans le bleu manteau de cour à doublure d'hermine. Autour du sarcophage, sous une rangée d'arcades gothiques, serpente le cortège funèbre qui mène le duc à sa dernière demeure, mêlant chevaliers, écuyers et pages, prélats, chapelains et moines, les médecins, les apothicaires, et jusqu'aux hérauts, aux valets, aux scribes, aux cuisiniers, tous drapés du lourd manteau de deuil, tristes, les yeux en larmes, certains, parfois, indifférents. En évoquant autour du tombeau le cortège funèbre qui en dix-sept étapes accompagne la dépouille de Philippe, depuis Halle près de Bruxelles jusqu'à Dijon, Sluter ne fait que se conformer à la tradition qui, depuis le XIIIe siècle, représente la cérémonie des funérailles en présence de la famille du défunt sur les côtés du tombeau. Ce long cortège de « deuillants » a donné une fois de plus l'occasion au sculpteur de déployer toute sa science et toute la force de son imagination. Le tombeau de Philippe le Hardi est achevé à la fin de 1410 et placé dans le choeur des pères de l'église de la Chartreuse de Champmol, au-dessus du caveau construit en 1404 pour recevoir le sarcophage en plomb où repose le corps.
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