LES DUCS DE BOURGOGNE

JEAN SANS PEUR

 

Jean sans Peur (1404-1419), politique d'expansion

Luttes pour le pouvoir - Louis d'Orléans est assassiné

Armagnacs et Bourguignons - Bataille d'Azincourt

Isabeau de Bavière - Vie intellectuelle et artistique

Assassinat de Jean sans Peur


 

Jean sans Peur (1404-1419), politique d'expansion

Pour se concilier la maison de Bavière-Hainaut, Philippe le Hardi avait négocié le mariage de son fils Jean sans Peur avec Marguerite, fille d'Albert Ier de Bavière-Hainaut. La dynastie bourguignonne acquérait ainsi, pour l'avenir, des droits sur le Hainaut, la Hollande, la Zélande et la West-Frise. Lorsque Jean sans Peur succéda à son père Philippe le Hardi, il continua avec persévérance, habilité et prudence, sa politique d 'expansion. La politique matrimoniale, chère aux Bourguignons, fut à nouveau mise en oeuvre : Antoine, frère de Jean, épousa Elisabeth de Goerlitz, duchesse de Luxembourg. Ainsi les ducs poussaient une pointe vers une région intermédiaire entre leurs pays du nord et ceux de Bourgogne. Lorsque Antoine fut tué dans les rangs de l'armée française à Azincourt (1415), son fils Jean IV lui succéda comme duc de Brabant ; en 1418, ce jeune prince se maria avec Jacqueline de Bavière, fille du comte Guillaume IV de Hainaut-Hollande qui était le beau-frère de Jean sans Peur. Or ce Guillaume IV venait de mourir et Jacqueline était son unique héritière.

 

Jean sans Peur, anonyme, huile sur bois, (Lille, Musée des Beaux-Arts). Fils de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, deuxième duc de Bourgogne. Appartient à une série de portraits rétrospectifs des ducs de Bourgogne conservés au musée de Lille.

 

Réponses à Charles VI et Lamentations, 1409, Pierre Salmon, enlumineur, Maître des Heures du maréchal de Boucicaut, (Paris, Bibliothèque nationale de France). Ce recueil, Pierre Fruitier, l'auteur, le rédigea à l'intention du roi.  C'est un traité en forme de dialogue que l'auteur tient à l'intention de Charles VI sur les qualités requises au prince pour bien gouverner:  le "Miroir des princes". Ici, Jean sans Peur, cousin germain du roi, est assis sur le lit d'apparat qui porte son emblème, en train de recevoir un exemplair du livre.

 

La lutte pour le pouvoir entre le duc Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, et son cousin Jean sans Peur éclate avec une telle violence qui divise la Cour de France en deux camps ennemis. Les dauphins que la reine Isabeau met au monde meurent les uns après les autres. Le duc d'Orléans se croit-il alors appelé à monter un jour sur le trône mais Jean sans Peur est prêt à contrecarrer ses projets. Deux factions s'organisent bientôt entre les deux princes : les partisans du duc d'Orléans, qu'on appellera plus tard les Armagnacs, et ceux du duc de Bourgogne qui son nommés les Bourguignons. La querelle respecta tout d'abord les formes courtoises : Jean Sans Peur adopta l'ortie comme emblème, Louis d'Orléans le bâton noueux. Incontinent, le duc de Bourgogne prit le rabot pour insigne et distribua des « rabotures » (des copeaux d'argent), à ses partisans. La haine entre les rivaux était profonde.

Le duc de Bourgogne, à Paris, s'attribue les pleins pouvoirs. À Melun, le duc d'Orléans conserve la direction générale du trésor royal. Les deux princes se réconcilient provisoirement. Mais, comme une réorganisation du Conseil qui palliait la carence du Roi allait éliminer tous ses partisans, Jean Sans Peur trancha brutalement : le 2 novembre 1407, après une visite à Isabeau de Bavière (femme de Charles VI), relevant de couches, le duc d'Orléans fut assassiné dans la rue Barbette alors qu'il se rend à l'hôtel Saint-Paul. Quelques jours plus tard, le duc de Bourgogne avoue le crime et s'enfuit vers la Flandre. Les serviteurs du duc d'Orléans le poursuivent. Jean justifie le meurtre par la tyrannie du duc d'Orléans et affirme que le peuple de Paris est avec lui. Ce qui est exact. Les petites gens reprochent en effet au défunt ses folles prodigalités. Le duc de Bourgogne est le vrai maître de Paris.

 

Seigneurs complotant, « Grandes Chroniques de France », Paris, XIVe -XVe siècle, (Paris, Bibliothèque nationale de France)

 

 

Christ devant Pilate, détails, « Autel de Wurzach » 1437, Hans Multscher (Reichenhofen vers 1400 - Ulm 1467), (Berlin, Staatliche Museum). Sculpteur et peintre allemand, formé en Flandre et en Bourgogne. Dans son oeuvre, l'influence franco-flamande est toujours évidente, notamment celle des Van Eyck et de Claus Sluter, mais la force et la solidité des figures peintes et leur réalisme remarquable, sont déjà typiques de l'école allemande du gothique tardif.

 

L'empereur Auguste et la Sibylle de Tibur, Konrad Witz (Rotweil env. 1400 - Genève ou Bâle avant 1446), (Dijon, musée des Beaux-Arts). L'art de Witz exprime le passage du gothique tardif à la Renaissance en Allemagne. La fusion entre les éléments de la tradition souabe (le réalisme, le goût du détail) et des motifs de dérivation bourguignonne (le volume, l'expressivité gestuelle) permettent de penser que Witz suivit sa formation en France ou dans les Pays-Bas. Witz vise à établir une concordance entre les sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi la Sibylle de Tibur annonçant à l'empereur Auguste la naissance du Christ préfigure la Nativité.

 

Armagnacs et Bourguignons - Bataille d'Azincourt

Après l'assassinat du duc d'Orléans, frère du roi, la France se trouve alors déchirée par une guerre sanglante entre les Armagnacs, partisans de Charles d'Orléans, fils du duc assassiné et gendre du comte d'Armagnac et les Bourguignons, partisans du duc de Bourgogne. Ces derniers, installés à Paris sous le commandement d'un dénommé Caboche, répandirent une telle terreur parmi la population que celle-ci appela les Armagnacs à la rescousse. Ceux-ci, alliés aux ducs de Berry et de Bourbon, écrasèrent les Bourguignons. Jean sans Peur, de même qu'Isabeau de Bavière qui s'était rallié à lui, s'enfuit. Une trêve fut conclue en 1414.

La bataille d'Azincourt s'est déroulée le 25 octobre 1415 pendant la guerre de Cent Ans qu'elle relança. Elle opposa les troupes françaises au contingent anglais et fut une défaite importante pour le camp français. Le duc de Brabant et le comte de Nevers, frères de Jean sans Peur, sont tués. Charles d'Orléans devient le prisonnier des Anglais et de leur roi Henri V. Entre 1417-1419 Henri V s'assure de la possession de toute la Normandie. Il soumet Rouen, deuxième ville du royaume. Le connétable Bernard d'Armagnac exerce un pouvoir tyrannique à Paris. Il a sous la main le pauvre roi fou Charles VI et son fils Charles, le dauphin.

 

La Bataille d'Azincourt, Martial d'Auvergne, "Vigiles de Charles VII", (Paris, Bibliothèque nationale de France).

 

Charles d'Orléans à sa fenêtre de la Tour de Londres, (Paris, Bibliothèque nationale de France) . Charles d'Orléans est fait prisonnier par les Anglais. Il restera enfermé durant vingt-cinq ans dans la Tour de Londres.

 

Isabeau de Bavière - Vie intellectuelle et artistique

Charles V se meurt. Il a cependant encore la force d'ordonner à son fils de se marier avec une allemande, afin de trouver des alliés pour contrer les ambitions anglaises. Les deux promis, Isabeau de Bavière et Charles VI, se rencontrent donc à Amiens le 14 juillet 1385. Charles VI en tombe amoureux. Il l'épouse trois jours plus tard. Isabeau de Bavière est sacrée reine de France en août 1389. Quand Charles VI devient fou, la vie d'Isabeau de Bavière se gâte, mais elle reste toujours près de lui. Elle dirige le conseil de régence mais devient impopulaire, accusée d'avoir une vie dissolue et d'entretenir une liaison avec son beau-frère, le duc Louis d'Orléans. Durant le conflit qui oppose les Armagnacs et les Bourguignons, son soutien va d'un camp à l'autre. En signant le traité de Troyes en 1420, elle accepte que le roi d'Angleterre soit également le roi de France. Cela déshérite le futur Charles VII et lui sera fortement reproché. Après la mort de Charles VI, en 1422, elle se retire dans son logis qui lui était dédié, à l'hôtel royal Saint-Pol, située à Paris, dans le quartier du Marais. Elle y meurt à soixante quatre ans.


Dans l'entourage d'Isabeau de Bavière, est instaurée une Cour d'amour qui organise des concours poétiques et veille au respect des lois d'Amour. C'est l'époque où Paris est l'un des grands centres intellectuels de Europe, avec l'Université installé sur la rive gauche de la capitale et la cour sur la rive droite. C'est l'époque où Christine de Pizan poursuit son oeuvre "féministe" et lance la première querelle littéraire en France autour du "Roman de la Rose". Pendant ce temps à l'Université, on vient y écouter les penseurs les plus novateurs de l'époque. Cette activité intellectuelle nourrit le milieu du livre et de l'enluminure. En 1403, on voit l'oeuvre de Bocacce "Des cleres femmes" être somptueusement enluminée. A la tradition artistique de la peinture parisienne, se mêlent de nombreux artistes venus du Nord. La plupart sont anonymes et l'histoire de l'art baptise ces maîtres, du nom de leur principal mécène ou de leur manuscrit le plus célèbre: ainsi le "Maître de Boucicaut" ou le "Maître de Bedford", qui sont parmi les principales figures de l'enluminure parisienne au début du XVe siècle.

 

Entrée d’Isabeau de Bavière à Paris, 1475/1550, Jean Froissart (vers 1337, après 1400), "Chroniques de France" (Londres, British Library). La cortège de la reine s'avance vers la porte de l'enceinte de la ville, au milieu des clameurs d'alegresse populaire. Au fond les tours de Nôtre Dame avec son haute flèche et d'autres prestigieux bâtiments de l'époque.

 

Des claires et nobles dames, Boccace (traduction anonyme), Paris, XVe siècle (Paris, Bibliothèque National de France)

 

Les bourguignons restés maîtres de Paris, profitent de la situation et massacrent les armagnacs (1418), malgré qu'à ce moment même les Anglais marchent sur la capitale. Le duc Jean sans Peur fait son entrée solennelle dans Paris. Le dauphin Charles, alors âgé de quinze ans, s'enfuit dans le Berry où il tente d'organiser avec ses partisans, les armagnacs, un gouvernement dissident. Jean sans Peur se souvient qu'il est prince français, issu de la maison des Valois. Il veut se rapprocher du dauphin. Après un première entrevue au Ponceau, une deuxième rencontre a lieu le 10 septembre 1419. Au cours d'une lutte qui oppose les escortes du roi et du duc sur le pont de Montereau, Jean sans Peur est assassiné. Malgré l'assassinat du duc de Bourgogne par les Armagnacs, Isabeau de Bavière et les Bourguignons négocient avec le roi d'Angleterre et signent le traité de Troyes en mai 1420 et organisent la succession de Charles VI après sa mort : il prive le dauphin, futur Charles VII du royaume au profit d'Henri V, gendre du roi, puisque Catherine, sa fille, lui est donnée en mariage.

 

Bague de Jean sans Peur, Anonyme, entre 1400 et 1425, or émaillé et gemmes, (Paris, musée du Louvre).

 

Le Retable de saint Denis, 1415-1416, Henri Bellechose, connu à Dijon de 1415 à 1444, (Paris, musée du Louvre). Peint pour l'église de la chartreuse de Champmol, près de Dijon, qui était placée sous l'invocation de la Trinité. On sait par un paiement de 1416 que le retable fut terminé par Henri Bellechose, devenu en 1415 le peintre en titre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne. De part et d'autre du Christ en Croix assisté de Dieu le Père et du Saint-Esprit, saint Denis reçoit dans sa prison la dernière communion de la main du Christ et subit le martyre aves ses deux compagnons, Rustique et Eleuthère. Cette oeuvre présente des rapports évidents avec les courants d'art flamand et italien, surtout siennois, présents à l'époque dans un centre culturelement très vivant comme Dijon.

 

Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière, détail, Juan de la Huerta (Dijon, musée des Beaux-Arts). Le duc Jean sans Peur conserva une chaude sympathie aux traditions que son père avait fondées à Dijon. Il fit poursuivre les travaux à Champmol. Le duc veille à l'achèvement du tombeau de Philippe le Hardi et il désire aussi que Claus de Werve lui fasse une sépulture semblable à celle de son père. Son tombeau n'est pas commencé lorsqu'il est assassiné en 1419 et Claus de Werve meurt à son tour en 1439, sans même avoir pu trouver de bonnes pierres. Philippe le Bon charge donc en 1443 Juan de la Huerta, sculpteur espagnol originaire de Daroca en Aragon, l'exécution de l'oeuvre. Il est le meilleur imagier résidant à ce moment en Bourgogne.

    

 

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