La branche cadette des Médicis – Jean des Bandes Noires
Cosme, les débuts sanglants
Le mariage et le choix de la résidence
La politique pro impériale de Cosme – Se séparer de la ville
La formation de l’Etat régional – Une longue suite de deuils dans la famille
Le mariage de François et le titre de grand-duc – Les affaires privées de Cosme
La branche cadette des Médicis
– Jean des Bandes Noires
Cette ligne collatérale
remonte à Lorenzo il Vecchio, fils de Giovanni di Bicci
et donc frère du premier Cosme. Pier Francesco l’Ancien,
fils de Lorenzo, a deux enfants : Lorenzo (le grand-père
de Lorenzaccio) et Giovanni, surnommés tous deux « Popolani »
(hommes du peuple). Le mariage de ce dernier avec Caterina Sforza,
célébré en 1497, est la première alliance
vraiment prestigieuse de toute la dynastie. Giovanni, envoyé
par la république à Forli en qualité d’ambassadeur,
connaît Caterina, comtesse de la ville et duchesse d’Urbino.
Elle n’a que trente-cinq ans mais elle est déjà
veuve deux fois: en 1447 elle este devenue la femme de Girolamo
Riario, un des chefs de la conjuration des Pazzi. Son troisième
mariage avec Giovanni a une signification politique évidente :
le territoire d’Urbino est entouré de voisins puissants
– surtout le pape – qui aspirent à conquérir
le petit duché et Giovanni ne possède pas seulement
des dons innés de diplomatie : il représente
aussi la possibilité concrète d’une alliance
avec Florence. Les deux époux ont un fils, Ludovico, né
en avril 1498 ; quelques mois plus tard son père mourra
d’une maladie qu’il a contractée à Pise.
Veuve pour la troisième fois, Caterine se retrouve seule
pour affronter Alexandre VI, le pape sans scrupule qui a l’intention
de conquérir Forli pour le donner à son fils, César
Borgia. Les troupes pontificales, commandées par César,
occupent Forli au début de janvier 1500 et Caterina, est
faite prisonnière, emmenée à Rome et enfermée
dans les prisons du château St-Ange. Elle y reste pendant
plus d’une année, jusqu'à ce qu’une
intervention providentielle du roi de France, Louis XII, ne force
pas le terrible Borgia à la libérer. La duchesse
peut ainsi retourner à Florence, où elle retrouve
son fils Ludovico, qui a pris le nom de Jean à la mort
de son père.
La duchesse meurt en 1509, et
Jean, âgé de onze ans, reste sous la tutelle de son
précepteur Jacopo Salviati, parent par alliance des Médicis
car il a épousé Lucrezia, fille de Laurent le Magnifique.
Jacopo l’accueille dans son palais de la via del Corso pendant
six ans, jusqu’au moment où un autre Jean de Médicis,
le fils du Magnifique, devient pape sous le nom de Léon
X. En 1515 le souverain pontife appelle auprès de lui ce
jeune homme dont l’esprit a été formé
par les classiques grecs et latins et qui rêve de gloire
militaire. L’année suivante Jean est à la
tête d’une troupe à laquelle est confiée
la mission de s’emparer d’Urbino. Le jeune condottiere
fait tout de suite comprendre qu’il est né pour les
champs de bataille : il passera à la postérité
sous le nom de Giovanni dalle Bande Nere, parce que ses soldats
portent comme signe distinctif une bande d’étoffe
de couleur noire. Jean, qui n’a que dix-huit ans, épouse
Maria Salviati, fille de son tuteur et de Lucrezia de Médicis.
Par ce mariage, les deux branches de la famille se trouvent réunies.
Quand le condottiere devient père, le 12 juin 1519, il
donne à son fils le nom de Cosme, en l’honneur de
son aïeul, le « pater patriae ». Jean
des Bandes Noires acquiert jour après jour une réputation
d’invincibilité. Après la mort de Léon
X , Jean demeure le seul héritier légitime de la
dynastie. Pendant la bataille du Mincio, Jean est blessé
et après quelques jours d’agonie, il expire. Il sera
enterré dans l’église San Francesco à
Mantoue, et ce n’est qu’en 1685 que son corps sera
transféré à Florence pour reposer dans le
mausolée de famille.
Caterina Sforza, attribué
à Marco Palmezzano (Forli 1459-1539).
Comtesse de Forli et duchesse d’Urbino, Caterina épousa
en troisièmes noces Giovanni il Popolano. Celui-ci fils
de Pier Francesco de Médicis dit «il Popolano »,
membre de la branche cadette de la famille. Les descendants de
Lorenzo il Vecchio devaient leur surnom de « Popolani »
(hommes du peuple) aux sympathies démocratiques qu’ils
avaient exprimées. Dépouillée de ses possessions
et emprisonnée par César Borgia, Caterina se réfugia
à Florence, où elle mourut en 1509. Son fils que
n’avait que onze ans deviendra un condottiere célèbre
sous le nom de Jean des Bandes Noires.
Maria Salviati, avant
1543, Jacopo Carrucci, dit Pontormo (Pontorme,
Empoli 1494 – Florence 1556), (Florence, Offices). C’est
portrait peint par Pontormo probablement avant 1543 date de la
mort de Marie Salviati, épouse de Jean des Bandes Noires,
mère de Cosme I, sera suivi comme modèle iconographique
par Giorgio Vasari. Elle porte des habits de veuve et tient un
livre de prières à la main.
Jean des Bandes Noires,
1540, détail, Baccio Bandinelli
(Florence 1493 – 1560). Plaque en marbre faisant partie
de la base carrée de la statue de Jean des Bandes Noires,
située tout près de la basilique San Lorenzo. Dans
cette scène, le condottiere vêtu en chef militaire
romain, reçoit l’acte de soumission de ses adversaires
vaincus. Il s’agit encore d’une évocation de
l’Antiquité, mais de signe opposé : ce
monument commandé par Cosme Ier, est une exaltation évidente
de la monarchie héréditaire dont il est le premier
représentant. Bandinelli subit, comme tous les sculpteurs
florentins de sa génération, l’influence de
Michel-Ange, dont il devint l’imitateur et le rival.
Déposition, détail,
fresque 1525-1528, Jacopo Carrucci, dit Pontormo (Pontorme,
Empoli 1494 – Florence 1556), (Florence, Santa Felicità,
Cappella Capponi). À la fin du troisième décennie
du XVIe siècle, Pontormo avait intensifié sa recherche
formelle. Cette phase de la carrière artistique du peintre
est marquée par la décoration de la « Cappella
Capponi ». La chapelle conçue par Brunelleschi,
autrefois patronnée par la famille Barbadori, avait été
achetée par Ludovico Capponi. L’expression la plus
significative de la nouvelle tendance artistique de Pontormo est
assurément la « Déposition »,
qui peut être à juste titre décrit comme son
chef d’œuvre. La figure du Christ on peut la comparer
à la figure en marbre de Michel-Ange dans sa Piété
de Rome. Bien que Pontormo tende à emphatiser les qualités
sculpturales dans ses figures, il était néanmoins
un ardent admirateur et un ami de Michel-Ange. La peinture démontre
la puissance de l’artiste en tant que dessinateur, en particulier
dans son traitement des formes. Les très belles figures
semblent hallucinées dans une déchirante tension
spirituelle. Excepté deux voyages à Rome, dans le
but d’étudier les chefs-d’œuvre de Buonarroti,
Pontormo ne quitta jamais Florence, où il jouit de la protection
des Médicis. Vasari nous le présente comme un artiste
tourmenté et comme un homme manifestement névrotique
qui vivait toujours seul dans une étrange maison.
Cosme, les débuts sanglants
A cette époque, la famille
Médicis ne peut compter que sur deux héritiers mâles
légitimes : Lorenzino, fils de Pier Francesco le Jeune,
et Cosme. Maria Salviati, jeune veuve, préfère quitter
Florence et se retirer au château du Trebbio dans le Mugello,
où elle mènera une vie solitaire, se consacrant
entièrement à l’éducation de son fils.
Elle désire que les Florentins les oublient tous les deux;
et en effet, lorsqu’en 1537 le jeune Cosme se rend à
Florence juste après l’assassinat d’Alexandre,
personne ne le reconnaîtra, mais il se présente devant
les sénateurs pour les convaincre de lui reconnaître
le titre de duc. Mis en confiance par son attitude humble et modeste,
les sénateurs donnent leur accord. Cosme est nommé
chef du gouvernement, mais il est spécifié que le
pouvoir sera exercé en réalité par le Conseil.
Une manœuvre habile du jeune homme pousse en outre les autorités
à promulguer un décret stipulant que la descendance
de Lorenzino, qui s’est entachée d’indignité
par le meurtre d’Alexandre, perd tous ses droits à
la succession. Désormais Cosme tient solidement les rênes
du pouvoir. Le nom de Cosme est donc lié surtout à
la disparition des anciennes structures municipales et à
la création d’institutions publiques qui soulignent
la nature monarchique du régime. Cette évolution
ne fait pas l’unanimité et plusieurs Florentins illustres
choisissent la proscription volontaire. Les exilés parviennent
à lever une armée pour chasser le « tyran »
de Florence et faire revivre les institutions républicaines.
Mais ce ne sont que des illusions : en août 1537 a
lieu la bataille de Montemurlo, où les troupes de Cosme
remportent une victoire écrasante sur leurs adversaires.
Le soutien de l’empereur Charles-Quint s’avère
décisif pour le futur Cosme Ier, qui obtiendra en outre
tout de suite après le droit de porter le titre de duc
de Florence. Sa vengeance sera terrible : tous les révoltés,
dont Baccio Valori et Filippo Strozzi, sont exécutés.
Ces débuts sanglants demeureront toutefois une exception,
car au cours de son règne le premier grand-duc montrera
un caractère mesuré et une grande habilité
en tant qu’homme d’Etat. Sous sa direction, Florence
et la Toscane retrouveront une bonne partie de l’importance
économique et politique qu’elles avaient perdue à
la mort du Magnifique.
Cosme I de Médicis,
1545, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence
1503 – 1572), (Florence, Offices). Dans ce portrait, le
fils de Jean des Bandes Noires et de Maria Salviati, Cosme, a
environ vingt-cinq ans. Bronzino l’avait représenté
avec une scintillante armure pour préciser sa puissance
et ses capacités politiques pour agrandir et enrichir l’état
florentin. Ce portrait du duc connut un grand succès, puisque
l’atelier en fit des répliques à l’infini.
De cette œuvre, on ne connaît que deux versions complètement
autographes : le portrait des Offices et le portrait de trois-quarts
d’une collection privée anglaise. Ils sont antérieurs
au 11 août 1545, en raison de l’absence de la Toison
d’Or ; en effet, à cette date, le duc avait
reçu cet honneur de l’empereur Charles V.
Le mariage et le choix de la
résidence
Un des premiers objectifs de Cosme
est de contracter un mariage « politique »,
c’est-à-dire de trouver une épouse qui puisse
lui garantir une alliance implicite avec un autre Etat européen.
Il jette son dévolu sur Eléonore, fille unique du
marquis de Villafranca, don Pedro de Tolède, vice-roi de
Naples et lieutenant de l’empereur Charles-Quint. Ce choix
est assurément digne d’approbation, puisque Eléonore
apporte en dot un nom illustre et une grande richesse. Le mariage
(1539), célébré avec un luxe inouï dans
la basilique San Lorenzo, est accompagné de grandes réjouissances
et de spectacles. Cosme a décidé en outre de quitter
la via Larga pour s’établir au palais de la Seigneurie.
Cette initiative démontre l’habileté du jeune
duc : d’une part l’édifice offre plus
de protection contre d’éventuelles insurrections
populaires, de l’autre il est depuis plus de deux siècles
le symbole du pouvoir municipal. Maintenant les Médicis
ne sont plus « primi inter pares », une
famille d’optimates qui influence le gouvernement, de façon
plus ou moins décisive, de ses appartements privés
de la via Larga : dorénavant ils incarnent le pouvoir.
Eléonore de Tolède
et son fils Giovanni,1545, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino
(Florence 1503 – 1572), (Florence Offices). Dans ce beau
portrait, Eléonore, fille unique de don Pedro de Tolède,
vice-roi de Naples est représentée avec un de ses
enfants Giovanni, mort de malaria en 1562, la même année
qu’Eléonore, mais le bruit courut entre autres qui
Giovanni avait été tué par Cosme parce qu’il
avait lui-même blessé à mort son autre frère
Garzia dans un accès de colère, et qu’Eléonore
en était morte de chagrin. Son radieux visage ovale d’une
beauté aristocratique qui trahit une certaine mélancolie
est illuminé contre le ciel orageux, dans une précieuse
robe de tissu blanc damassé, orné de perles et de
finitions d’or, avec de riches bijoux, dont une ceinture
constellée de pierres précieuses.
Chapelle d’Eléonore,
détails, fresque, 1540-1546, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino
(Florence 1503-1572), (Florence, palais de la Seigneurie). À
partir de 1539, Bronzino se consacra à la réalisation
des décors des fêtes pour les noces de Cosme I et
d’Eléonore, noua des rapports avec la famille médicéenne
et devint peintre de cour et portraitiste des Médicis.
La chapelle privée d’Eléonore décorée
par Bronzino entre 1540/46 à la demande de Cosme, est une
petite salle rectangulaire à côté de l’appartement
de la duchesse au palais de la Seigneurie où le peintre
a créé un des chefs d’œuvre du XVIe
siècle de la peinture florentine. Les fresques des murs
relatent des épisodes bibliques, alors que le grand panneau
au-dessus de l’autel montre la "Déposition du
Christ". Bronzino donne à ce magnifique décor,
des formes pures, fixant les images dans une immobilité
noble et raffinée avec un réalisme fastueux du détail,
en somme, d’une grande fascination.
Ganymède,
bronze, 1545-1547, Benvenuto Cellini (Florence
1500 – 1571), (Florence, musée national du Bargello).
Cette sculpture a sans doute été réalisée
pour Eléonore de Tolède. Par son style, ses proportions
et son inspiration mythologique, «Ganymède »
est très proche des petits bronzes de l’artiste.
Cellini, à la fois sculpteur, orfèvre et médailliste,
est un des principaux représentants du courant maniériste
européen de la seconde moitié du XVIe siècle.
Ganymède est ce jeune prince troyen d’une grande
beauté dont Zeus s’éprit. Transformé
en aigle, Zeus enlève Ganymède sur l’Olympe
où, immortel, le jeune homme devient l’échanson
des dieux. L’aigle de Ganymède nous suggère
l’emblème de l’empereur Charles V.
La politique pro impériale
de Cosme – Se séparer de la ville
En 1542 la guerre entre François
Ier et Charles-Quint recommence. Cosme suit une ligne de conduite
en accord avec sa politique matrimoniale et renonce à l’amitié
traditionnelle avec la France pour se ranger du côté
de l’empereur, même si la mort récente du dauphin
fait qu’une Médicis est désormais appelée
à devenir reine de France. Mais le duc à l’intention
de s’emparer progressivement de toute la Toscane, et cet
objectif ne pourra être atteint qu’au moyen d’une
alliance avec Charles-Quint. C’est pourquoi il renfloue
à plusieurs reprises les finances impériales par
des prêts généreux pendant toute la durée
du conflit ; en récompense il demande petit à
petit la libération de tous les territoires, jusqu’à
l’indépendance complète de la Toscane. Les
événements lui donnent raison, car en 1547, à
la mort de François Ier, la position de Charles-Quint est
renforcée, et Cosme, qui l’a toujours soutenu, ne
peut que tirer profit de leur entente. Les relations entre Florence
et l’empire se resserrent encore l’année suivante,
lorsque la république de Sienne se révolte contre
l’empereur et se place sous la protection du pape Paul III.
Le duc s’offre comme intermédiaire, proposition que
Charles-Quint accepte avec beaucoup de bonne grâce. Cette
mission diplomatique, couronnée de succès, permet
à Cosme d’obtenir Portoferraio – qui en quelques
années va devenir le premier port toscan sur la Méditerranée
– et l’île d’Elbe.
Entre-temps l’union avec
Eléonore s’avère très féconde :
en 1548, sept enfants sont déjà venus au monde et
trois autres suivront. Le palais de la Seigneurie ne répond
plus aux exigences de la famille du duc. C’est pourquoi
Eléonore de Tolède, sans doute sur le conseil de
son époux, décide d’acheter pour neuf mille
florins d’or le palais que la famille Pitti avait si ambitieusement
entrepris de faire construire en 1457 sur la rive gauche de l’Arno,
sans pouvoir l’achever. Cet édifice, était
dans un état d’abandon total, et ce n’est qu’après
avoir été acheté par Eléonore qu’il
est complété suivant le projet initial. En 1550
il est déjà terminé. Cosme cantonne le palais
de la Seigneurie dans un rôle de simple siège administratif
de la ville. Du temps de Laurent le Magnifique, les spectacles
et les tournois organisés par les Médicis étaient
offerts au peuple et avaient lieu sur les places ; maintenant
le seigneur de Florence possède son propre théâtre,
où les spectateurs ne sont admis que sur invitation. Le
caractère privé des spectacles est un des nombreux
signes de l’ »individualisation »
du pouvoir. On peut en distinguer un autre dans la construction
du célèbre « couloir » que
Vasari réalisera en quelques mois en 1565, qui permet au
duc de traverser le fleuve et une partie de la ville sans être
vu et en toute sécurité, loin des regards de la
population. En outre le jardin de Boboli, créé à
la demande d’Eléonore de Tolède en 1550, deviendra
lui aussi, au cours des années qui suivront, l’image
d’une « ville dans la ville », illustrant
le contraste entre la Florence ducale, bâtie par le seigneur,
et la Florence réelle, celle des bourgeois, des artisans
et du peuple.
Cosme I,
1545-1547, Benvenuto Cellini (Florence 1500 –
1571), (Florence, musée national du Bargello). Quand Cellini
acheva le buste de Cosme I, le résultat ne plut pas au
grand-duc qui en 1557, fit transférer la statue à
l’entrée de la forteresse de Cosmopoli. Cosme apparaît
comme empereur romain avec la cuirasse superbement travaillée.
Dans cette œuvre Cellini atteignit la plus haute expression
de son talent et fit preuve d’une virtuosité technique
et d’une vigueur de conception remarquables. Après
son séjour en France auprès de François Ier,
l’artiste réalise autre buste du grand-duc commandée
aussi par Cosme et le célèbre "Persée"
pour la Loge dei Lanzi sur la place de la Seigneurie, œuvre
de la meilleure tradition maniériste.
Triomphe de Marco Furio
Camillo, 1543-1545, fresque, Francesco de’Rossi
Salviati dit Cecchino (Florence
1510 – Rome 1563), (Florence, palais de la Seigneurie, salle
des Audiences). Sur l’ordre de Cosme I, Francesco Salviati
peignit les histories du héros romain, le sauveur de Rome,
en tant que exemple de vertu. Le « Triomphe de Camillo »
préfigure l’apothéose de Cosme. La construction
de la salle des Audiences où la Seigneurie rendait justice,
date presque d’un siècle plut tôt (1472-1481)
par Giuliano da Maiano, été destiné à
recevoir les personnes qui avaient demandé audience au
grand-duc. Francesco Salviati qui s’était exercé
à Rome, donna naissance avec les fresques de la salle des
Audiences à la « maniera grande »
de l’école de Raphaël, basée sur l’étude
de l’Antiquité. Ce style est caractérisé
par l’élégance sophistiquée des compositions
et par une extraordinaire perfection technique. Francesco Salviati
participa à l’aménagement des décors
éphémères des fêtes données
à l’occasion du mariage de Cosme Ier avec Eléonore
de Tolède.
La formation de l’Etat
régional – Une longue suite de deuils dans la famille
En 1552, Sienne se révolte
une seconde fois contre l’empereur. La guerre dure longtemps
et dévaste le territoire de celle qui est désormais
la dernière ville-Etat indépendante de la Toscane.
Poussée à bout par un siège qui décime
la population, Sienne ne se rend qu’après trois ans :
théoriquement elle est tombée aux mains de Philippe
II, fils de Charles-Quint ; en fait elle va faire partie
des états de Cosme qui, une fois entré en possession
de la ville, montre qu’il est capable d’employer le
gant de velours aussi bien que la main de fer. Il se conduit en
seigneur magnanime et généreux, et n’impose
que fort peu de changements, respectant les us et coutumes locaux.
Sienne ne se révoltera jamais contre la domination des
Médicis. Cosme se trouve à la tête d’un
Etat régional et la Toscane voit sa richesse et son importante
politique se développer de façon remarquable, surtout
si on la compare aux autres Etats de la Péninsule. Des
travaux de bonification sont entrepris dans la Maremme siennoise ;
Pise, Piombino et Livourne, cette dernière est tout particulierment
appelée à remplir une fonction stratégique,
tant du point de vue militaire qu’économique.
La fortune, qui semble caractérise
toutes les initiatives politiques de Cosme, ne se montre pas aussi
bienveillante envers les membres de sa famille, dont plusieurs
mourront jeunes. Des dix enfants d’Eléonore seuls
cinq arriveront à leur vingtième année. En
1562 elle expire à son tour à l’âge
de quarante ans en même temps que ses fils Giovanni et Garzia,
des suites d’une maladie contractée lors d’un
voyage à travers la Maremme. C’est un coup terrible
pour le duc : une bonne partie de ses projets reposait sur
la personne de Giovanni, que Pie IV havait nommé cardinal
deux ans auparavant. La pourpre accordée au jeune homme
représentait pour son père un grand pas en avant
en vue du rapprochement progressif avec l’Eglise romaine
et le Saint-Père, par qui il espère être bientôt
consacré souverain de Toscane. Or la mort prématurée
de son fils rend plus difficile la réalisation de ce dessein,
qui lui tient tant à cœur. Après la mort d’Eléonore,
le duc reste seul au palais Pitti avec ses enfants Francesco,
Isabella – qui a épousé Paolo Orsini, mais
revient à Florence après le décès
de sa mère - , Ferdinando et Piero. Maria l’aînée,
Pedricco (diminutif espagnol de Pierre) et Anna sont morts. Une
santé chancelante affligera d’ailleurs tous les descendants
des Médicis et sera une des causes principales de l’extinction
de la dynastie.
L’attaque sur la
porte Camolia à Sienne, 1568-1572, Giorgio
Vasari et élèves (Arezzo 1511 – Florence
1574), (Florence, palais de la Seigneurie, salon des Cinq Cents).
La fresque fait partie du cycle décoratif peint dans le
salon des Cinq Cents et montre les épisodes les plus marquants
de la guerre contre Sienne, que Cosme I gagna en 1555. Peint quinze
ans après l’événement (entre 1568 et
1572) ici montre l’attaque contre la porte Camolia. L’habillement
des soldats et les armures des chevaliers sont typiques de la
seconde moitié du XVIe siècle. L’assaut a
eu lieu pendant la nuit et Vasari a utilisé les couleurs
pour illuminer la scène avec les lanternes et les torches
soutenues par les soldats, et la lumière de la lune qui
miroite sur les collines entourant la ville.
Lavage de la laine, 1569-1570,
Mirabello de Salicorno, dit Mirabello Cavalori
(1530/40 – 1572), (Florence, palais de la Seigneurie Studiolo
de François I). Cavalori travailla au palais de la Seigneurie
avec l’équipe de Vasari, réalisant cette "Filature
de la Laine" où il ajouta des touches de réalisme
aux formes maniéristes vasariennes. Cosme se fit le promoteur
d’une réforme du secteur lainier et du développement
de la tapisserie.
Pénélope
au métier à tisser, vers 1545,
Giovanni Stradano, nom italianisé de Jan van der
Straet ou Straten (Bruges 1523 – Florence 1605), (Florence,
palais de la Seigneurie, salle de Pénélope). Cette
salle est située au troisième étage du Palais
et consacrée à Pénélope, représentée
dans le médaillon rond central, en train de tisser son
interminable toile. Giovanni Stradano décora le pourtour
du plafond avec les « Histoires d’Ulysse ».
Il collabora avec Giorgio Vasari pour la décoration du
« studiolo» de François I, fils de Cosme,
en diffusant le style de la tradition nordique au sein du maniérisme
florentin. Il développa aussi une grande activité
comme graveur et dessinateur de cartons pour la manufacture médicéenne
de tapisseries: « Scènes de l’histoire
des Médicis » et « Chasses »
pour la villa de Poggio a Caiano (actuellement conservées
au palais de la Seigneurie).
Giovanni de Médicis, 1549, Agnolo Bronzino (Florence, Uffizi). Ce joli portrait de Giovanni enfant Bronzino l'avait réalisé avec les autres portraits des enfants de Cosme et d'Eléonore. La mort prémature de Giovanni à l'âge de dix-neuf ans, fut un coup terrible pour le duc. Une bonne partie de ses projets reposait sur la personne de son fils.
Le mariage de François
et le titre de grand-duc – Les affaires privées de Cosme
Désormais les attentes
de Cosme dépendent toutes, en ce qui concerne la cour pontificale,
de la carrière ecclésiastique de son fils Ferdinand,
né en 1549, que le Saint-Père nomme cardinal en
1563. Pour le seigneur de Toscane, c’est une nouvelle étape
vers le titre de grand-duc. Cosme conclut un accord matrimonial
avec l’empereur Maximilien II : son autre fils François
épousera l’archiduchesse Jeanne d’Autriche,
fille du feu Ferdinand Ier et sœur de Maximilien. Le mariage
est célébré comme d’habitude à
San Lorenzo au début de 1565 ; les deux époux
choisissent comme résidence le palais de la Seigneurie,
rénové et redécoré à cette
occasion. Cosme saura obtenir toute la confiance de nouveau pape
Pie V, et l’investiture tellement attendue. En 1570 se présente
la grande occasion : tous les regards sont tournés
vers le Nord de l’Europe, plutôt que vers les Etats
italiens. L’empereur Maximilien est encore aux prises avec
les conflits entre catholiques et protestants, ainsi que
la France ; la monarchie espagnole est occupée par
la guerre contre les Pays-Bas et l’Angleterre ; cette
dernière tente de profiter de la situation dramatique de
la France pour étendre ses territoires de l’autre
côté de la Manche. Dans ces circonstances, le pape
publie la bulle dans laquelle il accorde à Cosme le titre
de grand-duc de Toscane : la cérémonie solennelle
du couronnement a lieu à Rome en février 1570.
Après le mariage de François,
le nouveau grand-duc décide de laisser la plupart des affaires
intérieures entre les mains de son fils, et commence à
mener une existence de plus en plus privée, à l’intérieur
du palais Pitti. Vers 1571 il épouse en secondes noces
Camilla Martelli, une Florentine d’origine modeste, qui
lui a donné une fille, Virginie, trois ans auparavant.
Les enfants de Cosme refuseront toujours de reconnaître
Camilla comme l’épouse légitime de leur père,
car ils considéreront leur union comme une sorte de mariage
morganatique. Comme tous les nobles, les Médicis avaient
toujours eu des enfants naturels ; cependant, jusqu’alors,
il n’était jamais arrivé qu’une maîtresse
se transforme en épouse. D’où la réaction
indignée au geste de Cosme, qui abandonne toutes les affaires
publiques pour se retirer avec sa nouvelle femme dans la villa
de Castello. Il meurt le 21 avril 1574, laissant à François
une Toscane profondément transformée. De petite
république ruinée financièrement par les
guerres, Florence est devenue la capitale d’un Etat régional
plutôt riche et bien administré, ce qui paraît
d’autant plus positif si l’on pense qu’à
cette époque, l’Italie traverse une phase de déclin
politique et économique.
François de Médicis,
1551, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino
(Florence 1503-1572), (Florence, Offices). Fils aîné
de Cosme et d’Eléonore, François (Florence
1541-1587) héritier du trône, il est devenu en 1574
le deuxième grand duc de Toscane. Ce portrait fut exécuté
par Bronzino en 1551 avec les portraits de sa sœur Marie
et de son jeune frère Giovanni. François est représenté
tenant une lettre, déja comme connaisseur de son prochaine
rôle.
Feux d’artifice
sur la place de la Seigneurie, 1561-1562, Giovanni
Stradano, nom italianisé de Jan van der Straet
ou Straten (Bruges 1523 – Florence 1605), (Florence, palazzo
Vecchio, salle de la Gualdrada). Le palais de la Seigneurie prit
le nom de palazzo Vecchio après que la famille du grand-duc
se fut installée au palais Pitti, abandonnant cette demeure
à Jeanne d’Autriche et à François.
Jeanne d'Autriche,
1568, Alessandro Allori (Florence 1535 - 1607),
(Florence, palais Pitti, musée de l'Argenterie). Ce portrait
de la Jeanne d'Autriche servit de modèle à d'autres
oeuvres représentant la duchesse.
Chasse au Cerf, Federico
Zuccari (Sant’Angelo in Vado, Urbin 1542/43 –
Ancône 1609), (Florence, Offices, cabinet des Dessins et
des Estampes). Le mariage de François avec Jeanne d’Autriche,
célébré en 1565, fut accompagné de
spectacles de toutes sortes. Federico Zuccari réalisa cette
« Chasse au Cerf » pour le rideau d’une
comédie de Francesco Ambra. Il termina les fresques laissées
inachevées par Vasari dans la coupole de la cathédrale
de Florence et il travailla pour différentes cours européennes,
notamment en Espagne ou il peignit pour Philippe II « l’Adoration
des Mages » et « l’Adoration des bergers »
pour le maître-autel de l’Escorial. Théoricien
d’art avec son œuvre « L’idée
des sculpteurs, peintres et architectes », défend
une conception de l’œuvre artistique fondée
sur le primat du « dessin », en tant que
moment de sélection intellectuelle.
Tête en terracote,
IIe siècle av. J.C., (Florence, musée Archéologique).
Cosme I de Médicis parvient à racheter de nombreuses
œuvres d’art perdues au cours des pillages que le
palais de la via Larga avait subis en 1494 et en 1527, tandis
que les fouilles archéologiques qu’il avait commandées
mettaient au jour d’anciennes agglomérations étrusques.
En 1553, les fouilles ordonnées par Cosme près d’Arezzo
portèrent à la découverte de la « Chimère »
(Ve-IVe siècle av. J.C.)