FLORENCE ET LA DYNASTIE DES MEDICIS

 

LE REGNE DU GRAND-DUC COSME:

La branche cadette des Médicis – Jean des Bandes Noires

Cosme, les débuts sanglants

Le mariage et le choix de la résidence

La politique pro impériale de Cosme – Se séparer de la ville

La formation de l’Etat régional – Une longue suite de deuils dans la famille

Le mariage de François et le titre de grand-duc – Les affaires privées de Cosme

 

 

La branche cadette des Médicis – Jean des Bandes Noires

Cette ligne collatérale remonte à Lorenzo il Vecchio, fils de Giovanni di Bicci et donc frère du premier Cosme. Pier Francesco l’Ancien, fils de Lorenzo, a deux enfants : Lorenzo (le grand-père de Lorenzaccio) et Giovanni, surnommés tous deux « Popolani » (hommes du peuple). Le mariage de ce dernier avec Caterina Sforza, célébré en 1497, est la première alliance vraiment prestigieuse de toute la dynastie. Giovanni, envoyé par la république à Forli en qualité d’ambassadeur, connaît Caterina, comtesse de la ville et duchesse d’Urbino. Elle n’a que trente-cinq ans mais elle est déjà veuve deux fois: en 1447 elle este devenue la femme de Girolamo Riario, un des chefs de la conjuration des Pazzi. Son troisième mariage avec Giovanni a une signification politique évidente : le territoire d’Urbino est entouré de voisins puissants – surtout le pape – qui aspirent à conquérir le petit duché et Giovanni ne possède pas seulement des dons innés de diplomatie : il représente aussi la possibilité concrète d’une alliance avec Florence. Les deux époux ont un fils, Ludovico, né en avril 1498 ; quelques mois plus tard son père mourra d’une maladie qu’il a contractée à Pise. Veuve pour la troisième fois, Caterine se retrouve seule pour affronter Alexandre VI, le pape sans scrupule qui a l’intention de conquérir Forli pour le donner à son fils, César Borgia. Les troupes pontificales, commandées par César, occupent Forli au début de janvier 1500 et Caterina, est faite prisonnière, emmenée à Rome et enfermée dans les prisons du château St-Ange. Elle y reste pendant plus d’une année, jusqu'à ce qu’une intervention providentielle du roi de France, Louis XII, ne force pas le terrible Borgia à la libérer. La duchesse peut ainsi retourner à Florence, où elle retrouve son fils Ludovico, qui a pris le nom de Jean à la mort de son père.

La duchesse meurt en 1509, et Jean, âgé de onze ans, reste sous la tutelle de son précepteur Jacopo Salviati, parent par alliance des Médicis car il a épousé Lucrezia, fille de Laurent le Magnifique. Jacopo l’accueille dans son palais de la via del Corso pendant six ans, jusqu’au moment où un autre Jean de Médicis, le fils du Magnifique, devient pape sous le nom de Léon X. En 1515 le souverain pontife appelle auprès de lui ce jeune homme dont l’esprit a été formé par les classiques grecs et latins et qui rêve de gloire militaire. L’année suivante Jean est à la tête d’une troupe à laquelle est confiée la mission de s’emparer d’Urbino. Le jeune condottiere fait tout de suite comprendre qu’il est né pour les champs de bataille : il passera à la postérité sous le nom de Giovanni dalle Bande Nere, parce que ses soldats portent comme signe distinctif une bande d’étoffe de couleur noire. Jean, qui n’a que dix-huit ans, épouse Maria Salviati, fille de son tuteur et de Lucrezia de Médicis. Par ce mariage, les deux branches de la famille se trouvent réunies. Quand le condottiere devient père, le 12 juin 1519, il donne à son fils le nom de Cosme, en l’honneur de son aïeul, le « pater patriae ». Jean des Bandes Noires acquiert jour après jour une réputation d’invincibilité. Après la mort de Léon X , Jean demeure le seul héritier légitime de la dynastie. Pendant la bataille du Mincio, Jean est blessé et après quelques jours d’agonie, il expire. Il sera enterré dans l’église San Francesco à Mantoue, et ce n’est qu’en 1685 que son corps sera transféré à Florence pour reposer dans le mausolée de famille.

 

 

Caterina Sforza, attribué à Marco Palmezzano (Forli 1459-1539). Comtesse de Forli et duchesse d’Urbino, Caterina épousa en troisièmes noces Giovanni il Popolano. Celui-ci fils de Pier Francesco de Médicis dit «il Popolano », membre de la branche cadette de la famille. Les descendants de Lorenzo il Vecchio devaient leur surnom de « Popolani » (hommes du peuple) aux sympathies démocratiques qu’ils avaient exprimées. Dépouillée de ses possessions et emprisonnée par César Borgia, Caterina se réfugia à Florence, où elle mourut en 1509. Son fils que n’avait que onze ans deviendra un condottiere célèbre sous le nom de Jean des Bandes Noires.

Maria Salviati, avant 1543, Jacopo Carrucci, dit Pontormo (Pontorme, Empoli 1494 – Florence 1556), (Florence, Offices). C’est portrait peint par Pontormo probablement avant 1543 date de la mort de Marie Salviati, épouse de Jean des Bandes Noires, mère de Cosme I, sera suivi comme modèle iconographique par Giorgio Vasari. Elle porte des habits de veuve et tient un livre de prières à la main.

 

Jean des Bandes Noires, 1540, détail, Baccio Bandinelli (Florence 1493 – 1560). Plaque en marbre faisant partie de la base carrée de la statue de Jean des Bandes Noires, située tout près de la basilique San Lorenzo. Dans cette scène, le condottiere vêtu en chef militaire romain, reçoit l’acte de soumission de ses adversaires vaincus. Il s’agit encore d’une évocation de l’Antiquité, mais de signe opposé : ce monument commandé par Cosme Ier, est une exaltation évidente de la monarchie héréditaire dont il est le premier représentant. Bandinelli subit, comme tous les sculpteurs florentins de sa génération, l’influence de Michel-Ange, dont il devint l’imitateur et le rival.

 

Déposition, détail, fresque 1525-1528, Jacopo Carrucci, dit Pontormo (Pontorme, Empoli 1494 – Florence 1556), (Florence, Santa Felicità, Cappella Capponi). À la fin du troisième décennie du XVIe siècle, Pontormo avait intensifié sa recherche formelle. Cette phase de la carrière artistique du peintre est marquée par la décoration de la « Cappella Capponi ». La chapelle conçue par Brunelleschi, autrefois patronnée par la famille Barbadori, avait été achetée par Ludovico Capponi. L’expression la plus significative de la nouvelle tendance artistique de Pontormo est assurément la « Déposition », qui peut être à juste titre décrit comme son chef d’œuvre. La figure du Christ on peut la comparer à la figure en marbre de Michel-Ange dans sa Piété de Rome. Bien que Pontormo tende à emphatiser les qualités sculpturales dans ses figures, il était néanmoins un ardent admirateur et un ami de Michel-Ange. La peinture démontre la puissance de l’artiste en tant que dessinateur, en particulier dans son traitement des formes. Les très belles figures semblent hallucinées dans une déchirante tension spirituelle. Excepté deux voyages à Rome, dans le but d’étudier les chefs-d’œuvre de Buonarroti, Pontormo ne quitta jamais Florence, où il jouit de la protection des Médicis. Vasari nous le présente comme un artiste tourmenté et comme un homme manifestement névrotique qui vivait toujours seul dans une étrange maison.

 

Cosme, les débuts sanglants

A cette époque, la famille Médicis ne peut compter que sur deux héritiers mâles légitimes : Lorenzino, fils de Pier Francesco le Jeune, et Cosme. Maria Salviati, jeune veuve, préfère quitter Florence et se retirer au château du Trebbio dans le Mugello, où elle mènera une vie solitaire, se consacrant entièrement à l’éducation de son fils. Elle désire que les Florentins les oublient tous les deux; et en effet, lorsqu’en 1537 le jeune Cosme se rend à Florence juste après l’assassinat d’Alexandre, personne ne le reconnaîtra, mais il se présente devant les sénateurs pour les convaincre de lui reconnaître le titre de duc. Mis en confiance par son attitude humble et modeste, les sénateurs donnent leur accord. Cosme est nommé chef du gouvernement, mais il est spécifié que le pouvoir sera exercé en réalité par le Conseil. Une manœuvre habile du jeune homme pousse en outre les autorités à promulguer un décret stipulant que la descendance de Lorenzino, qui s’est entachée d’indignité par le meurtre d’Alexandre, perd tous ses droits à la succession. Désormais Cosme tient solidement les rênes du pouvoir. Le nom de Cosme est donc lié surtout à la disparition des anciennes structures municipales et à la création d’institutions publiques qui soulignent la nature monarchique du régime. Cette évolution ne fait pas l’unanimité et plusieurs Florentins illustres choisissent la proscription volontaire. Les exilés parviennent à lever une armée pour chasser le « tyran » de Florence et faire revivre les institutions républicaines. Mais ce ne sont que des illusions : en août 1537 a lieu la bataille de Montemurlo, où les troupes de Cosme remportent une victoire écrasante sur leurs adversaires. Le soutien de l’empereur Charles-Quint s’avère décisif pour le futur Cosme Ier, qui obtiendra en outre tout de suite après le droit de porter le titre de duc de Florence. Sa vengeance sera terrible : tous les révoltés, dont Baccio Valori et Filippo Strozzi, sont exécutés. Ces débuts sanglants demeureront toutefois une exception, car au cours de son règne le premier grand-duc montrera un caractère mesuré et une grande habilité en tant qu’homme d’Etat. Sous sa direction, Florence et la Toscane retrouveront une bonne partie de l’importance économique et politique qu’elles avaient perdue à la mort du Magnifique.

 

Cosme I de Médicis, 1545, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence 1503 – 1572), (Florence, Offices). Dans ce portrait, le fils de Jean des Bandes Noires et de Maria Salviati, Cosme, a environ vingt-cinq ans. Bronzino l’avait représenté avec une scintillante armure pour préciser sa puissance et ses capacités politiques pour agrandir et enrichir l’état florentin. Ce portrait du duc connut un grand succès, puisque l’atelier en fit des répliques à l’infini. De cette œuvre, on ne connaît que deux versions complètement autographes : le portrait des Offices et le portrait de trois-quarts d’une collection privée anglaise. Ils sont antérieurs au 11 août 1545, en raison de l’absence de la Toison d’Or ; en effet, à cette date, le duc avait reçu cet honneur de l’empereur Charles V.

 

Le mariage et le choix de la résidence

Un des premiers objectifs de Cosme est de contracter un mariage « politique », c’est-à-dire de trouver une épouse qui puisse lui garantir une alliance implicite avec un autre Etat européen. Il jette son dévolu sur Eléonore, fille unique du marquis de Villafranca, don Pedro de Tolède, vice-roi de Naples et lieutenant de l’empereur Charles-Quint. Ce choix est assurément digne d’approbation, puisque Eléonore apporte en dot un nom illustre et une grande richesse. Le mariage (1539), célébré avec un luxe inouï dans la basilique San Lorenzo, est accompagné de grandes réjouissances et de spectacles. Cosme a décidé en outre de quitter la via Larga pour s’établir au palais de la Seigneurie. Cette initiative démontre l’habileté du jeune duc : d’une part l’édifice offre plus de protection contre d’éventuelles insurrections populaires, de l’autre il est depuis plus de deux siècles le symbole du pouvoir municipal. Maintenant les Médicis ne sont plus « primi inter pares », une famille d’optimates qui influence le gouvernement, de façon plus ou moins décisive, de ses appartements privés de la via Larga : dorénavant ils incarnent le pouvoir.

 

Eléonore de Tolède et son fils Giovanni,1545, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence 1503 – 1572), (Florence Offices). Dans ce beau portrait, Eléonore, fille unique de don Pedro de Tolède, vice-roi de Naples est représentée avec un de ses enfants Giovanni, mort de malaria en 1562, la même année qu’Eléonore, mais le bruit courut entre autres qui Giovanni avait été tué par Cosme parce qu’il avait lui-même blessé à mort son autre frère Garzia dans un accès de colère, et qu’Eléonore en était morte de chagrin. Son radieux visage ovale d’une beauté aristocratique qui trahit une certaine mélancolie est illuminé contre le ciel orageux, dans une précieuse robe de tissu blanc damassé, orné de perles et de finitions d’or, avec de riches bijoux, dont une ceinture constellée de pierres précieuses.

 

         

Chapelle d’Eléonore, détails, fresque, 1540-1546, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence 1503-1572), (Florence, palais de la Seigneurie). À partir de 1539, Bronzino se consacra à la réalisation des décors des fêtes pour les noces de Cosme I et d’Eléonore, noua des rapports avec la famille médicéenne et devint peintre de cour et portraitiste des Médicis. La chapelle privée d’Eléonore décorée par Bronzino entre 1540/46 à la demande de Cosme, est une petite salle rectangulaire à côté de l’appartement de la duchesse au palais de la Seigneurie où le peintre a créé un des chefs d’œuvre du XVIe siècle de la peinture florentine. Les fresques des murs relatent des épisodes bibliques, alors que le grand panneau au-dessus de l’autel montre la "Déposition du Christ". Bronzino donne à ce magnifique décor, des formes pures, fixant les images dans une immobilité noble et raffinée avec un réalisme fastueux du détail, en somme, d’une grande fascination.

 

Ganymède, bronze, 1545-1547, Benvenuto Cellini (Florence 1500 – 1571), (Florence, musée national du Bargello). Cette sculpture a sans doute été réalisée pour Eléonore de Tolède. Par son style, ses proportions et son inspiration mythologique, «Ganymède » est très proche des petits bronzes de l’artiste. Cellini, à la fois sculpteur, orfèvre et médailliste, est un des principaux représentants du courant maniériste européen de la seconde moitié du XVIe siècle. Ganymède est ce jeune prince troyen d’une grande beauté dont Zeus s’éprit. Transformé en aigle, Zeus enlève Ganymède sur l’Olympe où, immortel, le jeune homme devient l’échanson des dieux. L’aigle de Ganymède nous suggère l’emblème de l’empereur Charles V.

 

La politique pro impériale de Cosme – Se séparer de la ville

En 1542 la guerre entre François Ier et Charles-Quint recommence. Cosme suit une ligne de conduite en accord avec sa politique matrimoniale et renonce à l’amitié traditionnelle avec la France pour se ranger du côté de l’empereur, même si la mort récente du dauphin fait qu’une Médicis est désormais appelée à devenir reine de France. Mais le duc à l’intention de s’emparer progressivement de toute la Toscane, et cet objectif ne pourra être atteint qu’au moyen d’une alliance avec Charles-Quint. C’est pourquoi il renfloue à plusieurs reprises les finances impériales par des prêts généreux pendant toute la durée du conflit ; en récompense il demande petit à petit la libération de tous les territoires, jusqu’à l’indépendance complète de la Toscane. Les événements lui donnent raison, car en 1547, à la mort de François Ier, la position de Charles-Quint est renforcée, et Cosme, qui l’a toujours soutenu, ne peut que tirer profit de leur entente. Les relations entre Florence et l’empire se resserrent encore l’année suivante, lorsque la république de Sienne se révolte contre l’empereur et se place sous la protection du pape Paul III. Le duc s’offre comme intermédiaire, proposition que Charles-Quint accepte avec beaucoup de bonne grâce. Cette mission diplomatique, couronnée de succès, permet à Cosme d’obtenir Portoferraio – qui en quelques années va devenir le premier port toscan sur la Méditerranée – et l’île d’Elbe.

Entre-temps l’union avec Eléonore s’avère très féconde : en 1548, sept enfants sont déjà venus au monde et trois autres suivront. Le palais de la Seigneurie ne répond plus aux exigences de la famille du duc. C’est pourquoi Eléonore de Tolède, sans doute sur le conseil de son époux, décide d’acheter pour neuf mille florins d’or le palais que la famille Pitti avait si ambitieusement entrepris de faire construire en 1457 sur la rive gauche de l’Arno, sans pouvoir l’achever. Cet édifice, était dans un état d’abandon total, et ce n’est qu’après avoir été acheté par Eléonore qu’il est complété suivant le projet initial. En 1550 il est déjà terminé. Cosme cantonne le palais de la Seigneurie dans un rôle de simple siège administratif de la ville. Du temps de Laurent le Magnifique, les spectacles et les tournois organisés par les Médicis étaient offerts au peuple et avaient lieu sur les places ; maintenant le seigneur de Florence possède son propre théâtre, où les spectateurs ne sont admis que sur invitation. Le caractère privé des spectacles est un des nombreux signes de l’ »individualisation » du pouvoir. On peut en distinguer un autre dans la construction du célèbre « couloir » que Vasari réalisera en quelques mois en 1565, qui permet au duc de traverser le fleuve et une partie de la ville sans être vu et en toute sécurité, loin des regards de la population. En outre le jardin de Boboli, créé à la demande d’Eléonore de Tolède en 1550, deviendra lui aussi, au cours des années qui suivront, l’image d’une « ville dans la ville », illustrant le contraste entre la Florence ducale, bâtie par le seigneur, et la Florence réelle, celle des bourgeois, des artisans et du peuple.

 

Cosme I, 1545-1547, Benvenuto Cellini (Florence 1500 – 1571), (Florence, musée national du Bargello). Quand Cellini acheva le buste de Cosme I, le résultat ne plut pas au grand-duc qui en 1557, fit transférer la statue à l’entrée de la forteresse de Cosmopoli. Cosme apparaît comme empereur romain avec la cuirasse superbement travaillée. Dans cette œuvre Cellini atteignit la plus haute expression de son talent et fit preuve d’une virtuosité technique et d’une vigueur de conception remarquables. Après son séjour en France auprès de François Ier, l’artiste réalise autre buste du grand-duc commandée aussi par Cosme et le célèbre "Persée" pour la Loge dei Lanzi sur la place de la Seigneurie, œuvre de la meilleure tradition maniériste.

 

Triomphe de Marco Furio Camillo, 1543-1545, fresque, Francesco de’Rossi Salviati dit Cecchino (Florence 1510 – Rome 1563), (Florence, palais de la Seigneurie, salle des Audiences). Sur l’ordre de Cosme I, Francesco Salviati peignit les histories du héros romain, le sauveur de Rome, en tant que exemple de vertu. Le « Triomphe de Camillo » préfigure l’apothéose de Cosme. La construction de la salle des Audiences où la Seigneurie rendait justice, date presque d’un siècle plut tôt (1472-1481) par Giuliano da Maiano, été destiné à recevoir les personnes qui avaient demandé audience au grand-duc. Francesco Salviati qui s’était exercé à Rome, donna naissance avec les fresques de la salle des Audiences à la « maniera grande » de l’école de Raphaël, basée sur l’étude de l’Antiquité. Ce style est caractérisé par l’élégance sophistiquée des compositions et par une extraordinaire perfection technique. Francesco Salviati participa à l’aménagement des décors éphémères des fêtes données à l’occasion du mariage de Cosme Ier avec Eléonore de Tolède.

 

La formation de l’Etat régional – Une longue suite de deuils dans la famille

En 1552, Sienne se révolte une seconde fois contre l’empereur. La guerre dure longtemps et dévaste le territoire de celle qui est désormais la dernière ville-Etat indépendante de la Toscane. Poussée à bout par un siège qui décime la population, Sienne ne se rend qu’après trois ans : théoriquement elle est tombée aux mains de Philippe II, fils de Charles-Quint ; en fait elle va faire partie des états de Cosme qui, une fois entré en possession de la ville, montre qu’il est capable d’employer le gant de velours aussi bien que la main de fer. Il se conduit en seigneur magnanime et généreux, et n’impose que fort peu de changements, respectant les us et coutumes locaux. Sienne ne se révoltera jamais contre la domination des Médicis. Cosme se trouve à la tête d’un Etat régional et la Toscane voit sa richesse et son importante politique se développer de façon remarquable, surtout si on la compare aux autres Etats de la Péninsule. Des travaux de bonification sont entrepris dans la Maremme siennoise ; Pise, Piombino et Livourne, cette dernière est tout particulierment appelée à remplir une fonction stratégique, tant du point de vue militaire qu’économique.

La fortune, qui semble caractérise toutes les initiatives politiques de Cosme, ne se montre pas aussi bienveillante envers les membres de sa famille, dont plusieurs mourront jeunes. Des dix enfants d’Eléonore seuls cinq arriveront à leur vingtième année. En 1562 elle expire à son tour à l’âge de quarante ans en même temps que ses fils Giovanni et Garzia, des suites d’une maladie contractée lors d’un voyage à travers la Maremme. C’est un coup terrible pour le duc : une bonne partie de ses projets reposait sur la personne de Giovanni, que Pie IV havait nommé cardinal deux ans auparavant. La pourpre accordée au jeune homme représentait pour son père un grand pas en avant en vue du rapprochement progressif avec l’Eglise romaine et le Saint-Père, par qui il espère être bientôt consacré souverain de Toscane. Or la mort prématurée de son fils rend plus difficile la réalisation de ce dessein, qui lui tient tant à cœur. Après la mort d’Eléonore, le duc reste seul au palais Pitti avec ses enfants Francesco, Isabella – qui a épousé Paolo Orsini, mais revient à Florence après le décès de sa mère - , Ferdinando et Piero. Maria l’aînée, Pedricco (diminutif espagnol de Pierre) et Anna sont morts. Une santé chancelante affligera d’ailleurs tous les descendants des Médicis et sera une des causes principales de l’extinction de la dynastie.

 

L’attaque sur la porte Camolia à Sienne, 1568-1572, Giorgio Vasari et élèves (Arezzo 1511 – Florence 1574), (Florence, palais de la Seigneurie, salon des Cinq Cents). La fresque fait partie du cycle décoratif peint dans le salon des Cinq Cents et montre les épisodes les plus marquants de la guerre contre Sienne, que Cosme I gagna en 1555. Peint quinze ans après l’événement (entre 1568 et 1572) ici montre l’attaque contre la porte Camolia. L’habillement des soldats et les armures des chevaliers sont typiques de la seconde moitié du XVIe siècle. L’assaut a eu lieu pendant la nuit et Vasari a utilisé les couleurs pour illuminer la scène avec les lanternes et les torches soutenues par les soldats, et la lumière de la lune qui miroite sur les collines entourant la ville.

 

Lavage de la laine, 1569-1570, Mirabello de Salicorno, dit Mirabello Cavalori (1530/40 – 1572), (Florence, palais de la Seigneurie Studiolo de François I). Cavalori travailla au palais de la Seigneurie avec l’équipe de Vasari, réalisant cette "Filature de la Laine" où il ajouta des touches de réalisme aux formes maniéristes vasariennes. Cosme se fit le promoteur d’une réforme du secteur lainier et du développement de la tapisserie.

 

Pénélope au métier à tisser, vers 1545, Giovanni Stradano, nom italianisé de Jan van der Straet ou Straten (Bruges 1523 – Florence 1605), (Florence, palais de la Seigneurie, salle de Pénélope). Cette salle est située au troisième étage du Palais et consacrée à Pénélope, représentée dans le médaillon rond central, en train de tisser son interminable toile. Giovanni Stradano décora le pourtour du plafond avec les « Histoires d’Ulysse ». Il collabora avec Giorgio Vasari pour la décoration du « studiolo» de François I, fils de Cosme, en diffusant le style de la tradition nordique au sein du maniérisme florentin. Il développa aussi une grande activité comme graveur et dessinateur de cartons pour la manufacture médicéenne de tapisseries: « Scènes de l’histoire des Médicis » et « Chasses » pour la villa de Poggio a Caiano (actuellement conservées au palais de la Seigneurie).

 

Giovanni de Médicis, 1549, Agnolo Bronzino (Florence, Uffizi). Ce joli portrait de Giovanni enfant Bronzino l'avait réalisé avec les autres portraits des enfants de Cosme et d'Eléonore. La mort prémature de Giovanni à l'âge de dix-neuf ans, fut un coup terrible pour le duc. Une bonne partie de ses projets reposait sur la personne de son fils.

 

Le mariage de François et le titre de grand-duc – Les affaires privées de Cosme

Désormais les attentes de Cosme dépendent toutes, en ce qui concerne la cour pontificale, de la carrière ecclésiastique de son fils Ferdinand, né en 1549, que le Saint-Père nomme cardinal en 1563. Pour le seigneur de Toscane, c’est une nouvelle étape vers le titre de grand-duc. Cosme conclut un accord matrimonial avec l’empereur Maximilien II : son autre fils François épousera l’archiduchesse Jeanne d’Autriche, fille du feu Ferdinand Ier et sœur de Maximilien. Le mariage est célébré comme d’habitude à San Lorenzo au début de 1565 ; les deux époux choisissent comme résidence le palais de la Seigneurie, rénové et redécoré à cette occasion. Cosme saura obtenir toute la confiance de nouveau pape Pie V, et l’investiture tellement attendue. En 1570 se présente la grande occasion : tous les regards sont tournés vers le Nord de l’Europe, plutôt que vers les Etats italiens. L’empereur Maximilien est encore aux prises avec les conflits entre catholiques et protestants, ainsi que la France ; la monarchie espagnole est occupée par la guerre contre les Pays-Bas et l’Angleterre ; cette dernière tente de profiter de la situation dramatique de la France pour étendre ses territoires de l’autre côté de la Manche. Dans ces circonstances, le pape publie la bulle dans laquelle il accorde à Cosme le titre de grand-duc de Toscane : la cérémonie solennelle du couronnement a lieu à Rome en février 1570.

Après le mariage de François, le nouveau grand-duc décide de laisser la plupart des affaires intérieures entre les mains de son fils, et commence à mener une existence de plus en plus privée, à l’intérieur du palais Pitti. Vers 1571 il épouse en secondes noces Camilla Martelli, une Florentine d’origine modeste, qui lui a donné une fille, Virginie, trois ans auparavant. Les enfants de Cosme refuseront toujours de reconnaître Camilla comme l’épouse légitime de leur père, car ils considéreront leur union comme une sorte de mariage morganatique. Comme tous les nobles, les Médicis avaient toujours eu des enfants naturels ; cependant, jusqu’alors, il n’était jamais arrivé qu’une maîtresse se transforme en épouse. D’où la réaction indignée au geste de Cosme, qui abandonne toutes les affaires publiques pour se retirer avec sa nouvelle femme dans la villa de Castello. Il meurt le 21 avril 1574, laissant à François une Toscane profondément transformée. De petite république ruinée financièrement par les guerres, Florence est devenue la capitale d’un Etat régional plutôt riche et bien administré, ce qui paraît d’autant plus positif si l’on pense qu’à cette époque, l’Italie traverse une phase de déclin politique et économique.

 

François de Médicis, 1551, Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence 1503-1572), (Florence, Offices). Fils aîné de Cosme et d’Eléonore, François (Florence 1541-1587) héritier du trône, il est devenu en 1574 le deuxième grand duc de Toscane. Ce portrait fut exécuté par Bronzino en 1551 avec les portraits de sa sœur Marie et de son jeune frère Giovanni. François est représenté tenant une lettre, déja comme connaisseur de son prochaine rôle.

 

Feux d’artifice sur la place de la Seigneurie, 1561-1562, Giovanni Stradano, nom italianisé de Jan van der Straet ou Straten (Bruges 1523 – Florence 1605), (Florence, palazzo Vecchio, salle de la Gualdrada). Le palais de la Seigneurie prit le nom de palazzo Vecchio après que la famille du grand-duc se fut installée au palais Pitti, abandonnant cette demeure à Jeanne d’Autriche et à François.

 

Jeanne d'Autriche, 1568, Alessandro Allori (Florence 1535 - 1607), (Florence, palais Pitti, musée de l'Argenterie). Ce portrait de la Jeanne d'Autriche servit de modèle à d'autres oeuvres représentant la duchesse.

 

Chasse au Cerf, Federico Zuccari (Sant’Angelo in Vado, Urbin 1542/43 – Ancône 1609), (Florence, Offices, cabinet des Dessins et des Estampes). Le mariage de François avec Jeanne d’Autriche, célébré en 1565, fut accompagné de spectacles de toutes sortes. Federico Zuccari réalisa cette « Chasse au Cerf » pour le rideau d’une comédie de Francesco Ambra. Il termina les fresques laissées inachevées par Vasari dans la coupole de la cathédrale de Florence et il travailla pour différentes cours européennes, notamment en Espagne ou il peignit pour Philippe II « l’Adoration des Mages » et « l’Adoration des bergers » pour le maître-autel de l’Escorial. Théoricien d’art avec son œuvre « L’idée des sculpteurs, peintres et architectes », défend une conception de l’œuvre artistique fondée sur le primat du « dessin », en tant que moment de sélection intellectuelle.

 

Tête en terracote, IIe siècle av. J.C., (Florence, musée Archéologique). Cosme I de Médicis parvient à racheter de nombreuses œuvres d’art perdues au cours des pillages que le palais de la via Larga avait subis en 1494 et en 1527, tandis que les fouilles archéologiques qu’il avait commandées mettaient au jour d’anciennes agglomérations étrusques. En 1553, les fouilles ordonnées par Cosme près d’Arezzo portèrent à la découverte de la « Chimère » (Ve-IVe siècle av. J.C.)

 

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