Florence avant les Médicis Cosme l'Ancien Laurent le Magnifique Florence sans les Médicis  
  Le règne du grand-duc Cosme François Ier de Médicis Les derniers Médicis Le crépuscule de la dynastie  
 

 

Florence avant les Médicis

Les libres communes et les luttes contre l'Empire

Les Arts Majeurs et les Arts Mineurs

Guelfes et gibelins

Le gouvernement des prieurs

La révolte des Ciompi

Giotto, Dante, Boccace

 


 

Les libres communes et les luttes contre l'Empire

Peu après l’an mille, on assiste dans toute l’Europe à une renaissance progressive des villes, après une période de déclin qui correspond au haut Moyen Âge. En Italie, ce nouvel essor du milieu urbain est beaucoup plus fort. En effet, diverses agglomérations acquièrent une importance toujours plus grande: les “républiques maritimes” Venise, Gênes, Pisa et Amalfi, puis Milan, Bologne, Ferrare, Lucques, et, naturellement, Florence. Ces villes réalisaient entre elles et avec d’autres villes européennes, d’importants échanges commerciaux et culturels. L’empire réagit contre ce développement de l’autonomie des cités, en particulier au cours du XIIe siècle : l’empereur germanique Frédéric I Hohenstaufen dit Barberousse, se rend en Italie à fin de réduire les communes à l’obéissance par la force des armes. Cette tentative échoue face à leur attitude décidée : en 1176 les cités lombardes, qui ont fondé une ligue, parviennent à triompher des soldats impériaux dans la bataille de Legnano. Au début du XIVe siècle, l’épreuve de force tend à une conclusion dont le résultat est favorable aux communes. À Florence, l’organisation politique de la commune semble posséder un caractère démocratique, mais certains points demeurent obscurs. Qui sont les « citoyens », c’est-à-dire ceux qui choisissent les huit consuls et les membres du Conseil? On sait que la citoyenneté politique n’est pas accordée à tous les habitants de Florence. En réalité, le pouvoir est exercé principalement par une élite formée de nobles et de riches marchands, qui détiennent le monopole de la culture et qui influencent toute la vie de la cité déjà depuis de nombreuses années.

 

Florence, San Miniato al Monte

Basilique San Miniato, Florence. Cette basilique fut bâtie entre 1018 et 1027 par des moines clunisiens. La façade du XIIe siècle rappelle le baptistère San Giovanni : revêtement à dessins géométriques en marbre vert et blanc, décorations d’arcatures en plein cintre, petite fenêtre à fronton triangulaire, typique du style roman florentin. L'aigle d'or de la riche corporation marchande de Florence du Change et de la Laine (L'Arte di Calimala) trône au sommet. L'église se dresse au sommet d'une colline, bien en dehors des murs de la ville ; c'est désormais le site de l'une des plus jolies églises florentines et l'un des meilleurs endroits pour admirer la vue de Florence.

 

Giotto, Madone Ognissanti

Madonna Ognissanti, détail, vers 1306-1310, Giotto di Bondone, (Florence, Musée des Offices). Si les figures littéraires contribuèrent à bâtir la façade culturelle de Florence, les peintres, les sculpteurs et les architectes jouèrent un rôle tout aussi important. Il est vrai que le renouveau de l'art autour de 1300 fut d'abord le fait de Rome et d'Assise, mais c'est un Florentin, Giotto (vers 1267-1337), que Boccace attribuait la véritable renaissance de l'art.

 

Florence, cour du Bargello

Cour du palais du Bargello, Florence. Bel exemple d’architecture civile médiévale, la partie la plus ancienne en façade, surmontée d’une élégante tour à merlons, fut édifiée au milieu du XIIIe siècle. Elle accueillit le Capitaine du Peuple, représentant des classes populaires dans le gouvernement de Florence, puis le Podestat, premier magistrat, détenteur des pouvoirs exécutif et judiciaire. La partie postérieure de l’édifice, plus basse et d’aspect moins rude, fut élevée dans le style gothique un siècle plus tard. En 1574, le palais devint résidence du capitaine de Justice où Bargello chargé de la police, et fut en partie aménagé en prison. La cour est l’une des plus belles cours médiévales d’Italie. Les blasons des podestats qui habitèrent le palais du XIVe au XVIe lui font une décoration fantaisiste. À l'apogée de son pouvoir, le podestat se vit confier l'exécutif de la commune. Il assuma cette charge, avant tout judiciaire, directement ou par l'entremise des juges.

 

Florence, Vue Santa Maria Novella Florence, Santa Maria Novella, clautre

Vue de Florence, détail représentant Santa Maria Novella, gravure, (Florence, "Firenze com'era") ; Santa Maria Novella, le clautre Vert. À Santa Maria Novella, étaient réunies les valeurs profanes et les chefs-d'œuvre religieux d'un monde alors à son apogée. Dans le cloître vert, on peut admirer les fresques de Paolo Uccello, et dans la salle capitulaire, les fresques d'Andrea de Bonaiuto (Andrea da Firenze). C'est un aristocrate florentin, Giovanni Rucellai, qui prend à son compte les frais d'achèvement du revêtement en marbre. En 1458, il s'adresse à Léon Battista Alberti qui adapte les voûtes ogivales de la partie basse pour en faire une façade majestueuse, comportant de nombreuses citations architectoniques de l'âge classique.

 

Saint Pierre guérissant l'infirme, détail, vers 1425, Masolino da Panicale, (Florence, Santa Maria del Carmine, chapelle Brancacci). C'est l'époque des débuts de Masolino et Masaccio, qui vont marquer toute une époque, surtout l'innovateur Masaccio. Le décor dans lequel sont placés les épisodes bibliques évoque idéalement une place florentine du XVe siècle.

 

Les Arts Majeurs et les Arts Mineurs

Le phénomène des Arts a un poids énorme dans la vie économique et civile de Florence. Les Arts sont des corporations libres ; chacune d’entre elles a son capitaine ou gonfalonier, son blason et son saint patron. Les Arts Majeurs sont au nombre de sept : Juges et Notaires, Drapiers, Changeurs, Lainiers, Médecins et Pharmaciens, Soyeux et Merciers, Pelletiers et Fourreurs. Les Arts Mineurs, eux, sont au nombre de quatorze ; on y trouve entre autres les Bouchers, les Cordonniers, les Forgerons, les Hôteliers, les Serruriers, les Boulangers et les Marchands de Vin. Le prestige croissant des corporations témoigne du développement, particulièrement sensible entre le XIIIe et le XIVe siècle, de la classe marchande et des artisans dans différentes villes d’Italie, et en particulier à Florence. La bourgeoisie, qui se donne le nom de « popolo », commence à vouloir compter davantage dans la vie politique de la commune et désire voir diminuer l’influence de la noblesse. Ainsi naissent les institutions populaires. Les habitants de Florence sont regroupés par quartiers en vingt compagnies. En cas de conflit, ces dernières doivent constituer une milice populaire : c’est une nouveauté radicale, car pendant tout le Moyen Âge féodal la noblesse avait maintenu le « monopole » de la guerre. La population est commandée par un capitaine aux attributions multiples : il porte la bannière ; il donne l’ordre de sonner la cloche de la tour des Leoni, proche du Ponte Vecchio, pour rassembler les Florentins en cas de danger ; il assiste le podestat en tant que défenseur des droits du peuple.

 

Andrea Pisano, Le tissage

Le tissage, 1337 – 1342, Andrea Pisano (Pontedera, vers 1295 – Orvieto 1348), (Florence, musée de l’œuvre de la Cathédrale). À Pisano, ont lui doit l’exécution, avec quelques collaborateurs, des dix-sept panneaux en marbre, illustrant, dans des cadres hexagonaux, des épisodes de l’activité humaine. L’exaltation de la peine et du travail de l’homme, au sein d’un vaste cycle de la Rédemption, programmé pour le décor du campanile, prend la signification d’une orgueilleuse célébration des arts et de leur rôle dans la société florentine de l’époque. C’est grâce à la représentation attentive des instruments de travail et des gestes de personnages, et surtout à la clarté et à la solennité des images, qui mêlent motifs classiques et apports propres de Giotto.

Au-delà des affaires strictement commerciales, les corporations jouaient un rôle central dans l'activité religieuse et les œuvres de charité. Chacune participait aux grandes fêtes religieuses de la ville, et avait la responsabilité de la célébration de la fête de son saint patron. Elles veillaient également sur les principales églises de la ville, dont elles avaient la charge financière, ainsi que sur la trentaine d'hospices, à la fois hôpitaux au sens moderne et institutions de bienfaisance. Imaginer Florence sans ses corporations, se serait voir une ville privée de sa force financière et de son humanité.

 

Florence, offrande des étndards

L'offrande des étendards, détail, XVe siècle, attribuée à Rossello di Jacopo Franchi, (Florence, musée national du Bargello). Cette scène qui provient d'un coffre de mariage, illustre l'offrande des étendards, qui avait lieu à la Saint-Jean, auquel est dédié le Baptistère, qu'on aperçoit dans l'image. Pour protéger l'assistance du soleil estival, des équipes d'ouvriers tendaient sur des cordes accrochées aux murs des maisons le vélum en soie, à douze mètres de hauteur orné du lis de la commune et des insignes des corporations.

 

Guelfes et gibelins

Au cours de la première moitie du XIIIe siècle, Frédéric II, empereur germanique et roi d’Italie, entre en guerre contre les communes. C’est alors que commencent à circuler deux mots qui demeureront dans le lexique politique : « guelfe » et « gibelin ». On appelle gibelines les communes alliées à Frédéric, guelfes ses adversaires, soutenues dans ce combat par la papauté (les deux termes sont d’origine germanique). On peut se demander pourquoi les communes se divisent de cette façon au lieu de s’unir contre Frédéric. C’est que les antagonismes entre les différents clans nobiliaires ou entre les communes ne se sont jamais apaisés. Par exemple, après 1220, Pise et Sienne se font gibelines pour s'opposer à Florence guelfe, qui aspire à affirmer son hégémonie sur toute la Toscane. En particulier Florence et Sienne se disputent le Val d'Elsa, territoire vital pour l'approvisionnement en blé et traversé par d'importantes voies de communication. L'apparition de ces factions rend la vie politique de plus en plus compliquée. Parmi les Florentins, certains sont guelfes, d’autres gibelins, et les deux « partis » se donnent chacun un siège – le « palagio di parte Guelfa » de Florence existe encore – une armée, ainsi que des organes politiques. Leur opposition donne lieu à des luttes qui durent pendant tout le XIIIe siècle et ne cessent qu’au début du siècle suivant. En 1260, à Montaperti, les troupes de Pise, Sienne et Pistoia, cités gibelines, triomphent de l'armée florentine guelfe, si bien que pendant six ans, la ville sera dominée par le parti gibelin. La situation est renversée en 1266, lorsque Manfred, héritier de Frédéric II, est battu à Bénévent par Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, allié à la papauté. Trois ans plus tard les gibelins toscans subissent de nouveau une grave défaite à Colle Val d'Elsa. À la fin du XIIIe siècle, un autre conflit rend la lutte politique encore plus féroce. Le « parti » guelfe se divise en deux factions : les « Noirs » et les « Blancs ». Cette division reflète la rivalité entre deux groupes d’importantes familles de la classe dirigeante : d’une part les Donati et les Spini (les Noirs), de l’autre les Cerchi et leurs partisans (les Blancs). L’enjeu est le gouvernement de la ville. Les Noirs sont soutenus par le pape Boniface VIII ; les Blancs, eux, n’ont pas de protecteur aussi puissant. Comme naguère, dans la lutte entre guelfes et gibelins, les haines et les vengeances sont monnaie courante. En 1301, Dante Alighieri est banni de Florence en tant que Blanc ; il mourra en exil à Ravenne sans avoir revu sa patrie.

 

Cronica Giovanni Villani

Les Florentins au pied des murs de Sienne, miniature d'après la "Cronica" de Giovanni Villani, vers 1300, (Rome, Bibliothèque du Vatican). Pendant la guerre qui culminera à Montaperti, Villani nous rapporte que, derrière l'armée, les Florentins portèrent le "carroccio" avec la cloche appelée "Martinella" qui furent perdus lors de la déroute finale. Ce char de guerre portait, outre la cloche, un "étendard aux armes de la commune, à moitié blanc et à moitié vermeil". Cette fois-là, Florence eut comme allié Volterra, mais aussi Lucques, Prato, San Gimignano et Colle Val d'Elsa. Giovanni Villani, l'auteur de la "Cronica" était un marchand florentin et occupa d'importantes charges publiques. Il eut l'idée d'écrire sa "Cronica" (de l'époque de la tour de Babel à 1346) lorsqu'en 1300 il se rendit à Rome pour le jubilé.

 

Le gouvernement des prieurs

Déjà au cours de la première moitié du XIVe siècle se profile dans l’Italie des communes la tendance qui conduira au déclin des systèmes démocratiques et à la naissance des « seigneuries », c’est-à-dire d’une forme de gouvernement basée sur le pouvoir exclusif d’une famille, sur la suprématie d’un « seigneur ». À Florence le terme « seigneurie » n’indique pas un pouvoir personnel, mais désigne le nouveau gouvernement de la ville, qui est une émanation de la bourgeoisie : celui des « prieurs », huit en tout, dont six représentent les Arts Majeurs et les deux autres les Arts Mineurs. Au début les prieurs ne restent en fonction que deux mois, qui deviendront six par la suite. Ils élisent leur « gonfalonier », dont le rôle est de simple représentation. Pour gouverner, les prieurs sont tenus de consulter deux Conseils : les « Douze Buonomini » et les « Seize Gonfaloniers ». Parmi les autres magistratures collectives, les « Huit de Garde » forment une véritable police secrète, tandis que les « Six du Commerce » veillent sur les activités économiques. Les membres de ces organismes sont eux aussi nommés par tirage au sort. En outre, il arrive que le peuple soit consulté directement : en temps de guerre, lorsque les décisions importantes doivent être prises, tous les hommes âgés de plus de quatorze ans sont réunis sur la place de la Seigneurie au son de la cloche du palais.

 

Palais de la Seigneurie (tour), 1296 – 1302, Arnolfo di Cambio (actif 1232 – 1302). Le palais de la Seigneurie est une masse cubique pure, dont l’élan vertical se termine par la tour génialement conçue. Pour bâtir cet édifice Arnolfo di Cambio du faire démolir une des nefs de l’église San Piero a Scheraggio, parce que les prieurs refusèrent que leur résidence se construise sur le terrain des Uberti, famille gibeline chassée de la ville.

La complexité de l'appareil gouvernemental est celui qui fournit les meilleures garanties contre le danger d'une tyrannie personnelle : ce régime républicain freinera pendant près d'un siècle la puissance des Médicis. Cosme l'Ancien, Laurent le Magnifique seront les citoyens les plus importants et les plus influents de Florence, mais ils n'occuperont pas la charge de chef de l'exécutif. Ce n'est qu'en 1569, lorsque Cosme Ier sera proclamé grand-duc de Toscane, que le gouvernement de Florence deviendra une monarchie héréditaire reconnue. Avant de tomber, les institutions démocratiques connaissent une longue période de crise. Le pivot de la coalition guelfe est le roi de Naples, Robert d'Anjou (Florence et ses alliés guelfes sont alors en guerre contre les seigneurs gibelins d'Italie du Nord et du Centre, comme les Visconti à Milan, les della Scala à Vérone et Castruccio Castracani à Lucques). Le roi de Naples persuade les Florentins d'accepter sa nomination temporaire dans le but d'unifier le commandement des forces armées guelfes en Toscane. Avec lui, la ville inaugure une forme de gouvernement individuel. La seigneurie de Robert d'Anjou est suivie en 1325 par celle de son fils Charles, duc de Calabre. À la mort du duc en 1327, la ville revient à son ancien système et les autorités décident de ne plus confier le pouvoir à qui que ce soit. Mais quinze ans plus tard en 1342, dans l'espoir de redresser une situation compromise par plusieurs expéditions militaires malheureuses, Florence fait appel à un autre seigneur étranger, le Français Gautier de Brienne, duc d'Athènes, ancien lieutenant de Charles de Valois. D'un côté, cette dictature sans lendemain tente de gagner la faveur du peuple : Gautier remet en vigueur de nombreuses fêtes traditionnelles, en invente de nouvelles et autorise la constitution d'une nouvelle Corporation dite "Arte dell'Agnolo", destinée à accueillir le "popolo minuto", c'est-à-dire les ouvriers de l'industrie de la laine ; d'un autre côté elle recourt sans mesure à la terreur policière pour réduire ses adversaires au silence. En 1343 une révolte populaire met fin au gouvernement éphémère du Français.

 

Orcagna, Expulsion duc Athènes

Expulsion du duc d'Athènes, fresque, Andrea di Cione, dit Orcagna (1308?-1368), (Florence, palazzo Vecchio). Cette fresque provient de l'ancienne prison des Stinche où l'un des peintres florentins en vogue est appelée pour représenter la commémoration de ce fait. La ville de Florence est protégée désormais par la sainte Vierge qui soutient ses troupes agenouillées à ses pieds et ses institutions représentées par le palais de la Seigneurie, siège du gouvernement. Un ange expulse le duc désarmé.

 

La révolte des Ciompi

Vers la fin du XIVe siècle, quelques années avant l’apparition des Médicis sur la scène politique et économique de Florence, il se produit un événement significatif qui pendra le nom de « révolte des Ciompi » (1378). Les « Ciompi » étaient dans la Florence du XIVe siècle, des salariés des corporations artisanales, en particulier ceux de la laine. Au temps du pape Boniface VIII (1294 – 1303) les grands marchands et financiers avaient atteint le contrôle de la Commune de Florence, mais toute la masse de salariés non seulement étaient exclus du gouvernement, mais devaient affronter une situation économique désastreuse. Pendant l’été 1378 éclata la révolte des « Ciompi » guidés par Michele di Lando. Les « Ciompi » obtinrent que Michele di Lando fût élu gonfalonier (chef du gouvernement communal) et la création de trois nouveaux Arts Mineurs, dont les représentants participeront désormais au gouvernement de la ville. Cependant la nouvelle orientation politique doit subir l’hostilité des grands marchands, qui apportent le chômage et la faim parmi les ouvriers. Ces derniers tentent de riposter en formulant un programme encore plus radical, qui envisage leur présence directe dans le gouvernement, mais ils sont abandonnés par les Arts Mineurs et par le nouveau gonfalonier de Justice. C’est d’ailleurs lui, le « transfuge » Michele di Lando, qui attirera les « Ciompi » dans un guet-apens : le 31 août, les émeutiers sont massacrés sur la place de la Seigneurie dont toutes les voies d’accès ont été bloquées. Quatre ans plus tard, tous les Arts Mineurs, les plus anciens comme les plus récents, seront supprimés. La triste fin de la cause populaire a une signification politique précise. La grande bourgeoisie marchande et financière domine désormais la ville ; et d’ici peu, c’est de ses rangs que sortira la famille destinée à gouverner Florence. Un Médicis, Jean de Bicci entre discrètement sur la scène politique.

 

Agnolo Gaddi, Santa Croce

Le Retour de la Croix à Jérusalem, détail, fresque, XIVe siècle, Agnolo Gaddi, (Florence, église Santa Croce)

 

Florence, boutique lainier XIVe

Boutique de lainier, enluminure tirée du "Libro delle gabelle" rédigé par Antonio di Ventura au XIVe siècle. Le travail des batteurs, des cardeurs et des peigneurs de laine, qui n'avaient que leurs bras pour vivre était aléatoire ; ce sont les prolétaires qui s'insurgeront lors de la révolte des Ciompi. Les fileurs et les tisserands travaillaient chez eux et avaient parfois à leur service des aides et des apprentis, mais ils dépendaient financièrement du lainier qui leur prêtait ou leur vendait le métier à tisser. La dernière étape a lieu dans l'atelier du lainier : pour l'apprêt, l'emballage, le contrôle et le label de qualité ; le produit fini est enfin vendu au détail dans une boutique ou exporté. En 1338 le nombre d'ateliers servant à Florence au traitement de la laine était de trois cents.

 

Giotto, Dante et Boccace

Pendant la longue période qui précède l'arrivée de la famille Médicis dans l'histoire de Florence, on assista à une floraison d'œuvres architectoniques, sculpturales, picturales et littéraires. Ces activités furent regroupées en un Art puis désignées par les expressions de Beaux Arts ou Arts Libéraux et enfin, avec l'acception actuelle du terme, par le seul mot Arts au pluriel. Deux génies se distinguèrent : Giotto et Dante. Le premier fut peintre et architecte, le second, poète. Ils influencèrent directement la culture d'un peuple sensible aux thèmes du bien-être et de la beauté. Aux noms de ces deux personnalités hors du commun, il faut ajouter celui de Giovanni Boccacci, plus connu sous le nom de Boccaccio (Boccace). Il s'affirma par la capacité innovatrice de son esprit. Dans le domaine de la peinture, c'est Giotto qui lui a conféré un langage universel capable de restituer chaque aspect de la réalité. Il a, en outre, élaboré une iconographie nouvelle, dotée d'une thématique originale. Ces innovations correspondent, du point de vue historique, à une réflexion sur l'humanisme qui semble anticiper les valeurs de la Renaissance ; Giotto, accorda à l'homme une place de choix dans ses représentations. Il abandonna les styles de l'art grec et byzantin pour récupérer les valeurs du classicisme latin. Giotto visa à former une école homogène capable de transposer, sur tableaux ou sur fresques, ses idées d'avant-garde. Le résultat fut si brillant qu'on vit fleurir une grande quantité d'artistes dénommés "Giottesques". Parfois répétitifs, mais toujours de bon niveau, ils firent du nom de leur chef de file une sorte de marque de fabrique garantissant une qualité picturale supérieure.

 

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Six poètes toscans, 1544, Giorgio Vasari, (The Minneapolis Institute of Arts). On reconnaît Dante en compagnie de Boccace, Cavalcanti, Ficin, Landino et Pétrarque.

 

Florence, Santa Croce, chapelles

Eglise Santa Croce, Florence. L'église franciscaine de Santa Croce fut construite à la fin du XIIe siècle pour répondre à l'accroissement de la population. Les travaux furent financés en partie par la ville, avec une aide importante de certaines familles sous forme de décoration et de dotation de chapelles. Piété, honneur et plaisir : ces motifs, en proportions variables, ont guidé les dépenses publiques que les familles florentines ont consacrées aux œuvres d'art et à l'architecture.

Ascension de Saint Jean Evangéliste, 1315 – 1320, Giotto, (Florence, Santa Croce, Chapelle Peruzzi). La scène appartient au cycle de fresques avec les Histoires de Saint Jean-Baptiste et de Saint Jean Evangéliste, exécuté par Giotto pour la chapelle Peruzzi dans l’église franciscaine de Santa Croce, pour laquelle l’artiste décora trois autres chapelles, dont il reste seulement la chapelle Bardi. La construction de la chapelle Peruzzi avait été financé par la famille du même nom, banquiers très influents de la ville. En 1334, Giotto dessina et fonda le campanile de la cathédrale de Florence, que d’autres continuèrent. Comme Dante en poésie, Giotto porta à maturation le processus de renouvellement du langage pictural italien. Ce rôle historique lui fut déjà reconnu par ses contemporains et par Dante lui-même.

 

Le Retour de la Croix à Jérusalem, détail, fresque, XIVe siècle, Agnolo Gaddi, (Florence, église Santa Croce, chapelle majeure). Le langage de Giotto s'était immédiatement imposé comme principal modèle de référence pour les peintres de son temps. L'église Santa Croce devint ainsi un pôle d'attraction pour presque tous ses élèves et ses émules florentins qui vinrent y travailler pour y apprendre son style.

 

Dante Alighieri (Florence 1265 - Ravenne 1321)

Le plus grand des poètes italiens se mesura, dès sa prime jeunesse, avec la langue vulgaire voulant l'élever au noble rang d'une langue poétique. Il s'y était déjà essayé dans la composition du Dolce Stil Nuovo. C'est elle qu'il choisira pour écrire le chef-d'œuvre absolu de la poésie de tous les temps : "La Divine Comédie". Et pourtant, un homme de cette envergure connut des vicissitudes politiques que seules l'incertitude et la confusion de l'époque pouvaient provoquer. Bien qu'exclu de la politique jusqu'en 1295 en vertu des Ordonnances de Justice, il profita d'un décret imposant à quiconque voulait faire de la politique, l'obligation d'être inscrit à un Art : il choisit l'Art des Médecins et Apothicaires. Son entrée au gouvernement de la ville fut relativement facile et de 1295 à 1302 il assuma diverses charges. Il fit partie du Conseil des cent (1296) et devint même prieur (1300). Alors qu'il occupait cette fonction, il participa à la mise au ban des chefs querelleurs des deux factions guelfes, bien que figurât parmi les Blancs son grand ami Guido Cavalcanti. Désapprouvant la mauvaise conduite morale et politique du Pape, il fut envoyé, avec deux autres ambassadeurs, auprès de Boniface VII. Ses collègues de mission revinrent à Florence, mais lui n'y fit jamais retour. Condamné par contumace en 1302, il fut contraint à l'exil. Les Noirs qui venaient de reprendre le pouvoir le défièrent de rentrer en lui adressant d'explicites menaces de mort. Après bien de pérégrinations, Dante s'installa à Ravenne où il mourut à la cour de Guido da Polenta.

Dante Alighieri, fresque, vers 1450, Andrea del Castagno, (Florence, Offices)

 

Boccace (Giovanni Boccaccio) (Florence ? 1313 - Certaldo 1375)

C'est le fils d'un riche marchand de Certaldo qui deviendra Consul de sa corporation, en 1317. Sa famille entretiendra des rapports privilégiés avec les Bardi de Florence. Grand voyageur, son père dut souvent se déplacer pour son travail. Ses différentes missions le menèrent plusieurs fois à Paris, ville avec laquelle les Florentines avaient d'intenses rapports d'affaires. Le métier de son père explique pourquoi un être aussi peu porté pour les affaires pratiques comme Giovanni, fut poussé et engagé dans le milieu marchand. Son père lui trouva en effet du travail à Naples dans une maison de commerce. C'est à cette occasion qu'il connut, en 1331, Fiammetta. Cette rencontre favorisa son éloignement du monde des affaires qu'il abandonna pour se dédier aux lettres. Bien que l'œuvre poétique de Boccace soit plus près de la vie que celle de Dante et Pétrarque, son "Décaméron" (très critiqué dans tous les sens du terme) témoigne d'une très grande valeur littéraire. La redécouverte et l'étude des textes classiques, qui constituèrent la matrice de l'Humanisme de la Renaissance, semble avoir fortement contribué à la formation du génie littéraire de Boccace. Les écrits les plus célèbres de son ami Pétrarque dont la formation fut identique, confortent la thèse sur les origines de l'Humanisme. Parmi les ouvrages les plus importants de Boccace : "Filoloco", "Filostrato", "Bucolicum Carmen", "De casibus deorum illustrorum", "De claris mulieribus", "De genealogia deorum" vaste encyclopédie de la mythologie antique à laquelle il travailla jusqu'à sa mort. Il remplit aussi de charges publiques importantes, notamment celle d'ambassadeur du pape Urbain V. Il séjourna à cette occasion à Gênes, à Nice, et à Avignon où il connut des amis de Pétrarque. En 1370 il retourna à Naples. En 1373, il fut invité à Florence pour donner, dans l'église de Santo Stefano, une lecture publique de la Divine Comédie. C'était reconnaître ainsi ses qualités d'interprète et officialiser sa réconciliation avec Dante.