Les « libres communes » et les luttes contre l’Empire
Les Arts Majeurs et les Arts Mineurs
Guelfes et gibelins
Le gouvernement des prieurs
La révolte des « Ciompi »
Les « libres communes »
et les luttes contre l’Empire
Peu après l’an mille,
on assiste dans toute l’Europe à une renaissance
progressive des villes, après une période de déclin
qui correspond au haut Moyen Âge. En Italie, ce nouvel essor
du milieu urbain est beaucoup plus fort. En effet, diverses agglomérations
acquièrent une importance toujours plus grande: les “républiques
maritimes” Venise, Gênes, Pisa et Amalfi, puis Milan,
Bologne, Ferrare, Lucques, et, naturellement, Florence. Ces villes
réalisaient entre elles et avec d’autres villes européennes,
d’importants échanges commerciaux et culturels. L’empire
réagit contre ce développement de l’autonomie
des cités, en particulier au cours du XIIe siècle :
l’empereur germanique Frédéric I Hohenstaufen
dit Barberousse se rend en Italie à fin de réduire
les communes à l’obéissance par la force des
armes. Cette tentative échoue face à leur attitude
décidée : en 1176 les cités lombardes,
qui ont fondé une ligue, parviennent à triompher
des soldats impériaux dans la bataille de Legnano. Au début du XIVe siècle, l’épreuve
de force tend à une conclusion dont le résultat
est favorable aux communes. A Florence ’organisation politique de la commune semble posséder un caractère démocratique, mais certains points demeurent obscurs. Qui sont les « citoyens », c’est-à-dire ceux qui choisissent les huit consuls et les membres du Conseil? On sait que la citoyenneté politique n’est pas accordée à tous les habitants de Florence. En réalité, le pouvoir est exercé principalement par une élite formée de nobles et de riches marchands, qui détiennent le monopole de la culture et qui influencent toute la vie de la cité déjà depuis de nombreuses années.
La basilique Saint Miniato,
Florence. Cette basilique fut bâtie entre 1018
et 1027 par des moines clunisiens. La façade du XIIe rappelle
le baptistère San Giovanni : revêtement à
dessins géométriques en marbre vert et blanc, décorations
d’arcatures en plein cintre, petite fenêtre à
fronton triangulaire, typique du style roman florentin. La partie
supérieure est ornée d’une mosaïque du
XIIIe siècle. L’intérieur où des ajouts
ont été effectués jusqu’à la
période baroque, forme une unité décorative
avec la façade, et est divisé en trois nefs séparées
avec de colonnes d’ordre corinthien soutenant des arcs en
plein cintre avec un beau plancher de marbre marqueté,
décoré des symboles du zodiaque (XI esiècle)
au centre. Le presbytère est constitué par un rare
complexe sculptural roman toscan d’inspiration classique.
La colline sur laquelle elle s’élève a été
fortifiée par Michel-Ange en 1529, lors du siège
de Florence.
Maesta de Santa Trinita,
détail, 1285 – 1286, Cenni di Pepo, dit Cimabue, documenté de 1272 à 1302,
(Florence, Offices). « Cimabue fut en quelque sorte
la cause initiale du renouvellement de la peinture »,
écrit de lui Vasari dans ses « Vies ».
Dans la « Maesta de Sainte-Trinité »,
une des œuvres les plus significatives, quelque peu ultérieure
au « Christ d’Arezzo », une nouvelle
intensité expressive et, notamment chez les anges et les
prophètes, un nouveau sens de l’espace et du volume
corporel s’opposent à la fixité des icônes
byzantines, dont dénotent encore toutefois les visages
et les gestes. Quatre prophètes romans de type mongol semblent
les supports de cette Vierge en majesté. Départ
d’une école non encore définie. Ces vieillards
aux barbes annelées ont la gravité des mages asiatiques,
témoins d’une longue civilisation, terminant un âge
et ouvrant l’ère nouvelle.
Le palais du Podestat,
cour, (actuellement Bargello), Florence.
Ce palais est un bel exemple d’architecture civile médiévale.
La partie la plus ancienne en façade, surmontée
d’une élégante tour à merlons, fut
édifiée au milieu du XIIIe siècle. Elle accueillit
le Capitaine du Peuple, représentant des classes populaires
dans le gouvernement de Florence, puis le Podestat, premier magistrat,
détenteur des pouvoirs exécutif et judiciaire. La
partie postérieure de l’édifice, plus basse
et d’aspect moins rude, fut élevée dans le
style gothique un siècle plus tard. En 1574, le palais
devint résidence du capitaine de Justice où Bargello
chargé de la police, et fut en partie aménagée
en prison. La cour est l’une des plus belles cours médiévales
d’Italie. Les blasons des podestats qui habitèrent
le palais du XIVe au XVIe lui font une décoration fantaisiste.
Ascension de Saint Jean
Evangéliste, 1315 – 1320, Giotto (Vespignano di Mugello 1267 ? – Florence 1337), (Florence,
Santa Croce, Chapelle Peruzzi). La scène appartient au
cycle de fresques avec les Histoires de Saint Jean-Baptiste et
de Saint Jean Evangéliste, exécuté par Giotto
pour la chapelle Peruzzi dans l’église franciscaine
de Santa Croce, pour laquelle l’artiste décora trois
autres chapelles, dont il reste seulement la chapelle Bardi. La
scène représente l’ascension de l’Evangéliste
et Giotto se sert, comme d’habitude, d’une complexe
structure architecturale, dans laquelle les colonnes servent de
grille idéale dans laquelle on distribue les figures. Cette
composition largement aérée s’anime de formes
et des jeux d’espace mouvants d’une riche invention.
La construction de la chapelle Peruzzi avait été
financé par la famille du même nom, banquiers très
influents de la ville. En 1334, Giotto dessina et fonda le campanile
de la cathédrale de Florence, que d’autres continuèrent.
Comme Dante en poésie, Giotto porta à maturation
le processus de renouvellement du langage pictural italien. Ce
rôle historique lui fut déjà reconnu par ses
contemporains et par Dante lui-même. Il fut disciple de
Cimabue, mais s’était également formé
à Rome sur les modèles du classicisme byzantin intégré
dans la peinture romaine médiévale et de la peinture
paléochrétienne. Plus qu’ailleurs, c’est
à Florence, où la peinture du XIVe siècle
est toute giottesque, que les œuvres de Giotto demeureront
un modèle et une source d’inspiration pour les artistes
de la Renaissance (Masaccio, Michel-Ange).
Vie de la Vierge, « Prière
pour la floraison des verges », détail, (1304
– 1306), Giotto (Vespignano di Mugello
1267 ? – Florence 1337), (Padoue Chapelle des Scrovegni,
dite de l’Arena). La chapelle des Scrovegni de Giotto est
une des réalisations les plus magistrales de l’histoire
de l’art occidental. Ce cycle de peintures murales réalisées
au début du XIVe siècle présente une unité
et une cohérence inouïes, une gamme de couleurs d’une
rare vivacité et des figures dotées d’une
grande force expressive avec quelque chose de naturel, de profondément
humain.
Les Arts Majeurs et les Arts Mineurs
Le phénomène des
Arts a un poids énorme dans la vie économique et
civile de Florence. Les Arts sont des corporations libres ;
chacune d’entre elles a son capitaine ou gonfalonier, son
blason et son saint patron. Les Arts Majeurs sont au nombre de
sept : Juges et Notaires, Drapiers, Changeurs, Lainiers,
Médecins et Pharmaciens, Soyeux et Merciers, Pelletiers
et Fourreurs. Les Arts Mineurs, eux, sont au nombre de quatorze ;
on y trouve entre autres les Bouchers, les Cordonniers, les Forgerons,
les Hôteliers, les Serruriers, les Boulangers et les Marchands
de Vin. Le prestige croissant des corporations témoigne
du développement, particulièrement sensible entre
le XIIIe et le XIVe siècle, de la classe marchande et des
artisans dans différentes villes d’Italie, et en
particulier à Florence. La bourgeoisie, qui se donne le
nom de « popolo », commence à vouloir
compter davantage dans la vie politique de la commune et désire
voir diminuer l’influence de la noblesse. Ainsi naissent
les institutions populaires. Les habitants de Florence sont regroupés
par quartiers en vingt compagnies. En cas de conflit, ces dernières
doivent constituer une milice populaire : c’est une
nouveauté radicale, car pendant tout le Moyen Âge
féodal la noblesse avait maintenu le « monopole »
de la guerre. La population est commandée par un capitaine
aux attributions multiples : il porte la bannière ;
il donne l’ordre de sonner la cloche de la tour des Leoni,
proche du Ponte Vecchio, pour rassembler les Florentins en cas
de danger ; il assiste le podestat en tant que défenseur
des droits du peuple.
Du Bon et Mauvais Gouvernement,
détail, fresque, Ambrogio Lorenzetti (Sienne 1285 – 1348), (Sienne, Palazzo Publico, salle de
la Paix). En Toscane, du XIIe au XIVe siècle,
les salles des conseils des palais communaux (éléments
importants de l'architecture urbaine) s'enrichissent de cycles
décoratifs, tandis que les décors des palais privés
célèbrent la gloire de leurs propriétaires.
L'expansion des ordres mendiants suscite le même essor dans
le domaine religieux (décoration des églises dans
le dessein d'éduquer les fidèles et les religieux
eux-mêmes: représentation de la Cène dans
les réfectoires), tandis que les marchands se font construire
des chapelles. Lorenzetti a dédié au gouvernement
de la ville de Sienne qui siége précisément
au Palazzo Publico, les deux grandes compositions qu’il
exécuta entre 1335 et 1340 et qui illustrent les Effets
du Bon et du Mauvais Gouvernement. Le Bon Gouvernement avec les
vertus cardinales (Tempérance, Justice, Force et Prudence),
en compagnie de la Magnanimité et de la Paix, sont assises
à ses côtés (cette dernière, l’une
des plus belles figures de la fresque, vêtue de blanc et
nonchalamment accoudée, un rameau d’olivier à
la main). Au-dessus volent les vertus théologales (Foi,
Espérance et Charité) ; la Justice est figurée
une seconde fois, majestueuse sur son trône ; à
ses pieds est assise la Concorde, allusion à l’égalité
qui doit régner entre les citoyens représentés
en rang et tous tenant des cordes, symboles de leur entente (détail
en bas).
Effets du Bon Gouvernement
en ville, détails, Ambrogio Lorenzetti
(Sienne 1285 – 1348), (Sienne, Palazzo Pubblico).
En Italie, l’essor des riches cités-Etats par la
croissance du commerce permet le développement politique
et artistique de la Renaissance. À l’intérieur
des murs de Sienne, figurée telle quelle se présentait
au Moyen Age, toute hérissée de tours, dans une
taverne des jeunes gents jouent, un maître d’école
professe sa leçon du haut de sa chaire, des maçons
construisent une maison, de jeunes filles dansent, le savetier
travaille dans son échoppe, des charpentiers finissent
une toiture. Lorenzetti a réalisé une œuvre
avant tout didactique, unique à l’époque médiévale
par son inspiration profane, est d’une remarquable valeur
artistique et présente pour nous un inestimable intérêt
documentaire.
Guelfes et gibelins
Au cours de la première
moitie du XIIIe siècle, Frédéric II, empereur
germanique et roi d’Italie, entre en guerre contre les communes.
C’est alors que commencent à circuler deux mots qui
demeureront dans le lexique politique : « guelfe »
et « gibelin ». On appelle gibelines les
communes alliées à Frédéric, guelfes
ses adversaires, soutenues dans ce combat par la papauté
(les deux termes sont d’origine germanique). On peut se
demander pourquoi les communes se divisent de cette façon
au lieu de s’unir contre Frédéric. C’est
que les antagonismes entre les différents clans nobiliaires
ou entre les communes ne se sont jamais apaisés. Parmi
les Florentins, certains sont guelfes, d’autres gibelins,
et les deux « partis » se donnent chacun
un siège – le « palagio di parte Guelfa »
de Florence existe encore – une armée, ainsi que
des organes politiques. Leur opposition donne lieu à une
lutte sans quartiers qui dure pendant tout le XIIIe siècle
et ne cesse qu’au début du siècle suivant.
À la fin du XIIIe siècle, un autre conflit rend
la lutte politique encore plus féroce. Le « parti »
guelfe se divise en deux factions : les « Noirs »
et les « Blancs ». Cette division reflète
la rivalité entre deux groupes d’importantes familles
de la classe dirigeante : d’une part les Donati et
les Spini (les Noirs), de l’autre les Cerchi et leurs partisans
(les Blancs). L’enjeu est, comme on l’imagine aisément,
le gouvernement de la ville. Les Noirs sont soutenus par le pape
Boniface VIII ; les Blancs, eux, n’ont pas de protecteur
aussi puissant. Comme naguère, dans la lutte entre guelfes
et gibelins, les haines et les vengeances sont monnaie courante.
Guido Riccio da Flogiano 1328, détail, Simone Martini (1280/85
Sienne, 1344 Avignon), (Sienne, Palazzo Pubblico). Cette fresque
représente le général siennois Guido Riccio
da Fogliano, sur un fond de paysage entre les deux places fortes
dont, en 1328, il étouffa la rébellion. Le condottiere,
fièrement juché sur un cheval, paré d’une
somptueuse étoffe dont les motifs sont minutieusement détaillés,
il est dépeint avec un certain réalisme et représente
une des premières scènes commémoratives connues,
dans un vaste programme horizontal panoramique, avec les tentes
des soldats au fond. « Très noble et très
célèbre peintre », dit de lui Ghiberti,
faisant également allusion au jugement des contemporains
de Martini qui le considéraient comme « le meilleur »
de la ville. Influencé par Giotto dans la représentation
de l’espace tridimensionnel, il fut influencé aussi
par les sculptures de Giovanni Pisano dans la cathédrale
de Sienne.
Légende de Saint-Martin,
1317, fresque, Simone Martini (1280/85 Sienne,
1344 Avignon), (Assise, basilique inférieure de Saint-François).
La « Légende de Saint-Martin » peinte
sur commande du cardinal Gentile de Montefiore, est un cycle de
fresques qui montrent des scènes de la vie du saint et
l’on y voit encore l’intérêt pour l’art
gothique français et le sens de la splendeur chevaleresque
qui distinguent l’art de Simone Martini. Ce thème
de la vie du saint chevalier permit à l’artiste de
donner naissance à cette histoire sacrée veinée
d’éléments profanes et courtois, (ici on voit
comme sont payés les services d’un chef de guerre)
qui sera l’un des aspects les plus fascinants de la civilisation
gothique tardive, art de cour très caractéristique
de Simone Martini. Mais c’est avec « L’Annonciation »
(Florence, Offices) que Martini réalise l’un des
plus grands succès de l’art italien du XIVe siècle
élaborant harmonieusement et de manière très
originale la ligne gothique. Il s’établit en Avignon
en 1340 (où il finira ses jours) comme peintre à
la cour pontificale. Il y rencontre Pétrarque dont il devient
l’ami, et illustre pour le poète le frontispice d’un
codex de Virgile, le « Vergilius cum notis Petrarcae ».
Il peint un portrait (perdu) de Laure, ce qui constitue un fait
d’un intérêt capital, puisqu’il s’agit
de l’un des premiers portraits peints que l’on connaisse
au Moyen Age.
Le Jugement dernier,
détail, Giotto di Bondone (Vespignano,
Vicchio di Mugello 1267? - Florence 1337), (Bargello chapelle
du Podestat, Florence). En 1301, Dante Alighieri (dans l'image
au milieu) est banni de Florence en tant que Blanc ; il mourra
en exil à Ravenne en 1321 sans avoir revu sa patrie.
Le gouvernement des prieurs
Déjà au cours de
la première moitié du XIVe siècle se profile
dans l’Italie des communes la tendance qui conduira au déclin
des systèmes démocratiques et à la naissance
des « seigneuries », c’est-à-dire
d’une forme de gouvernement basée sur le pouvoir
exclusif d’une famille, sur la suprématie d’un
« seigneur ». Il faut cependant préciser
qu’à Florence le terme « seigneurie »
n’indique pas un pouvoir personnel, mais désigne
le nouveau gouvernement de la ville, qui est une émanation
de la bourgeoisie : celui des « prieurs »,
huit en tout, dont six représentent les Arts Majeurs et
les deux autres les Arts Mineurs. Au début les prieurs
ne restent en fonctions que deux mois, qui deviendront six par
la suite. Ils élisent leur « gonfalonier »,
dont le rôle est de simple représentation. Pour gouverner,
les prieurs sont tenus de consulter deux Conseils : les « Douze
Buonomini » et les « Seize Gonfaloniers ».
Parmi les autres magistratures collectives, les « Huit
de Garde » forment une véritable police secrète,
tandis que les « Six du Commerce » veillent
sur les activités économiques. Les membres de ces
organismes sont eux aussi nommés par tirage au sort. En
outre, il arrive que le peuple soit consulté directement :
en temps de guerre, lorsque les décisions importantes doivent
être prises, tous les hommes âgés de plus de
quatorze ans sont réunis sur la place de la Seigneurie
au son de la cloche du palais.
La tour du palais de la
Seigneurie, 1296 – 1302, Arnolfo di Cambio (actif 1232 – 1302). Le palais de la Seigneurie est
une masse cubique pure, dont l’élan vertical se termine
par la tour génialement conçue. Pour bâtir
cet édifice Arnolfo di Cambio dut faire démolir
une des nefs de l’église San Piero a Scheraggio,
parce que les prieurs refusèrent que leur résidence
se construise sur le terrain des Uberti, famille gibeline chassée
de la ville. Comme sculpteur, Arnolfo di Cambio s’inspira
du nouveau style gothique français, aux lignes élégantes,
qu’il fut l’un des premiers à connaître
en Italie. De ces expériences naquirent entre autres le
« Charles I d’Anjou » (Rome, musée
du Capitole) et le « Saint Pierre » en bronze
de la basilique du Vatican. En outre, on lui attribue à
juste titre des projets pour différents édifices
florentins notamment la basilique de Santa Croce qu’il commença
officiellement le 3 mai 1294 en posant la première pierre
et réalisant un des chefs d’œuvre du style
gothique italien.
Agnus dei, (Florence,
musée de l’œuvre de la Cathédrale).
L’œuvre de la Cathédrale fut créée
pour diriger la construction de Santa Maria del Fiore, entreprise
en 1296 et achevée en 1378. Le patronage de l’institution,
confié dans un premier temps à l’ensemble
des Arts Majeurs, fut ensuite l’apanage de la corporation
des Lainiers, dont l’emblème, l’Agnus Dei,
devint également le symbole de l’œuvre.
Florin d’or, (Florence,
musée national du Bargello). La monnaie florentine frappée
à partir de 1252, devint en quelques années l’espèce
la plus appréciée dans toute l’Europe.
Le tissage, 1337
– 1342, Andrea Pisano (Pontedera, vers
1295 – Orvieto 1348), (Florence, musée de l’œuvre
de la Cathédrale). A Pisano, ont lui doit l’exécution,
avec quelques collaborateurs, des dix-sept panneaux en marbre,
illustrant, dans des cadres hexagonaux, des épisodes de
l’activité humaine. L’exaltation de la peine
et du travail de l’homme, au sein d’un vaste cycle
de la Rédemption, programmé pour le décor
du campanile, prend la signification d’une orgueilleuse
célébration des arts et de leur rôle dans
la société florentine de l’époque.
C’est grâce à la représentation attentive
des instruments de travail et des gestes de personnages, et surtout
à la clarté et à la solennité des
images, qui mêlent motifs classiques et apports propres
de Giotto. Sa première œuvre connue est la porte
sud, en bronze, du baptistère de Florence. Effectivement,
en 1330 Pisano fut choisi pour poursuivre le chantier du campanile
de Santa Maria del Fiore, devenant responsable comme maître
des travaux du chantier de la cathédrale. On lui doit aussi
la modification du registre inférieur du campanile, qui
dévient ainsi plus élancé.
La révolte des « Ciompi »
Vers la fin du XIVe siècle,
quelques années avant l’apparition des Médicis
sur la scène politique et économique de Florence,
il se produit un événement significatif qui pendra
le nom de « révolte des Ciompi »
(1378). Les « Ciompi » étaient dans
la Florence du XIVe siècle, des salariés des corporations
artisanales, en particulier ceux de la laine. Au temps du pape
Boniface VIII (1294 – 1303) les grands marchands et financiers
avaient atteint le contrôle de la Commune de Florence. Mais
toute la masse de salariés non seulement étaient
exclus du gouvernement mais devaient affronter une situation économique
désastreuse. Pendant l’été 1378 éclata
la révolte des « Ciompi » guidés
par Michele di Lando. Les « Ciompi » obtinrent
que Michele di Lando fût élu gonfalonier (chef du
gouvernement communal) et la création de trois nouveaux
Arts Mineurs, dont les représentants participeront désormais
au gouvernement de la ville. Cependant la nouvelle orientation
politique doit subir l’hostilité des grands marchands,
qui apportent le chômage et la faim parmi les ouvriers.
Ces derniers tentent de riposter en formulant un programme encore
plus radical, qui envisage leur présence directe dans le
gouvernement, mais ils sont abandonnés par les Arts Mineurs
et par le nouveau gonfalonier de Justice. C’est d’ailleurs
lui, le « transfuge » Michele di Lando,
qui attirera les « Ciompi » dans un guet-apens :
le 31 août, les émeutiers sont massacrés sur
la place de la Seigneurie dont toutes les voies d’accès
ont été bloquées. Quatre ans plus tard, tous
les Arts Mineurs, les plus anciens comme les plus récents,
seront supprimés. La triste fin de la cause populaire a
une signification politique précise. La grande bourgeoisie
marchande et financière domine désormais la ville ;
et d’ici peu, c’est de ses rangs que sortira la famille
destinée à gouverner Florence.
Exaltation de l’œuvre
des Dominicains dans l’Eglise, 1365 –1367,
fresque, détails, A. Bonaiuti dit Andrea da Firenze (documenté entre 1343 et 1377), (Florence, Santa Maria
Novella, chapelle des Espagnols). Avec un sens du détail
méticuleux, Andrea da Firenze développe dans ces
fresques, une intéressante iconographie qui reflète
la vie de l’époque et les thèses doctrinales
de l’ordre des Dominicains. Cet ordre était très
important à Florence et fut un des modèles du pouvoir
de l’Eglise dans la société. Le nom de chapelle
des Espagnols a été donné après successives
dénominations, lorsqu’en 1566 devient lieu de culte
de l’apôtre saint Jacques de Compostelle de la colonie
espagnole qui vivait à Florence, à la demande d’Eléonore
de Tolède, femme du grand-duc Cosme I de Médicis.
Santa Maria Novella fut construite précisément sur
commande des Dominicains et la décoration de la salle capitulaire,
appelée aujourd’hui « chapelle des Espagnols »
fut commandée à Andrea da Firenze, peintre essentiellement
connu pour cette œuvre. Il est documenté pour la
dernière fois en 1377, travaillant aux fresques « Légendes
de saint Rainier » dans le cimetière de Pise.