Le mariage de Cosme l’Ancien – La naissance du palais de la via Larga
L’exil – Le retour triomphal à Florence
Cosme l’Ancien et la culture
Politique domestique et mort de Cosme
Pierre le Goutteux - Le prestige croissant de Florence
D’où
vient leur nom ? - Giovanni di Bicci
Certains ont pensé
qu’ils s’appelaient ainsi parce qu’un de leurs
ancêtres avait été médecin (en italien
« medico », au pluriel « medici ») :
les six boules rouges en champ d’or qui figurent sur le blason
de la famille seraient donc des pilules ; on sait maintenant
que cette supposition n’est qu’une légende car
il n’existe aucune preuve de la présence d’un
ou de plusieurs médecins dans l’histoire des Médicis.
Pour d’autres, les cercles du blason représentent des
« besants ». Le besant était un poids
d’origine byzantine – d’où son nom –
que les marchands et les banquiers de Moyen Âge utilisaient
pour contrôler les monnaies.
Le premier des Médicis
qui accumule une véritable fortune financière est
Giovanni, fils d’Averardo dit Bicci, et descendant d’un
autre Averardo, ganfolanier au XIVe siècle. Des deux fils
de Giovanni descendent les deux branches historiques de la famille :
la branche aînée, celle de Cosme l’Ancien, grand-père
de Laurent le Magnifique, qui s’éteindra à la
fin de XVIe, et la branche cadette, celle de Laurent l’Ancien,
qui survivra jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Giovanni
est surtout un homme d’affaires, un banquier qui possède
des succursales en Italie et partout en Europe; son influence sur la vie publique florentine
est surtout indirecte. Mécène et ami des puissants,
il accueille à Florence l’anti-pape Jean XXIII tombé
en disgrâce, et, à sa mort, commande à Donatello
et Michelozzo un monument funéraire à l’intérieur
du baptistère, non loin de sa maison de la via Larga. Les
quarante premières années de sa vie sont consacrées
à la gestion de ses affaires ; ce n’est qu’à
partir du début du XVe siècle qu’il commence
à s’intéresser a la politique. En 1402 il est
élu prieur de « l’Arte del Cambio »
(Banquiers), puis réélu en 1408 et en 1411. En 1417,
lorsqu’une terrible épidémie de peste s’abat
sur Florence, il se distingue par sa générosité
dans les secours à la population. Malgré cette catastrophe,
Florence est une ville en pleine expansion, qui traverse une période
d’effervescence dans le domaine des arts. Giovanni
offrira une importante contribution aux initiatives qui fleurissent
un peu partout : en 1419 il finance l’œuvre de
charité de l’Hôpital des Innocents (Brunelleschi
consacrera sept ans à cet édifice) et choisit Brunelleschi
pour reconstruire l’ancienne basilique San Lorenzo en train
de tomber en ruine. Giovanni meurt en 1428 à l’âge
de soixante-huit ans, et le crédit qu’il a su acquérir
en tant qu’homme généreux et éclairé,
représente une base solide sur laquelle reposera la fortune
à venir de la dynastie.
Giovanni de’ Medici (fils d'Averardo dit Bicci) , (Florence,
Offices). Ce portrait, exécuté au XVIe siècle
dans l’atelier de Bronzino, fait partie d’une
série de peintures qui représentent les principaux
membres de la famille. Giovanni de’Medici, fils d’Averardo
di Bicci et de Giacoma degli Spini, épousa Piccarda Bueri,
ditte Naninna, qui lui donna deux fils : Cosimo et Lorenzo.
Basilique San
Lorenzo, 1420 environ, Filippo Brunelleschi (Florence
1377 – 1446). Consacrée en 393 par Saint Ambroise,
évêque de Milan, cette église a servi de cathédrale
jusqu’au VIIIe siècle. Remaniée dans le style
roman et consacrée à nouveau en 1059, elle fut entièrement
rebâtie au cours de la première moitié du XVe
siècle, à la demande de Giovanni di Bicci. Brunelleschi
qui dirigeait alors la construction de la coupole de la cathédrale
entreprend la reconstruction de San Lorenzo en 1420, où il
adopte un plan basilical à trois nefs. Les structures sont
mises en valeur avec la typhique décoration de « pietra
serena », une roche gris foncé dont la dureté
permet la réalisation de colonnes monolithiques qui se détachent
avec arcs et architraves sur l’enduit blanc du mur, procédé
que Brunelleschi réemploiera à plusieurs reprises.
Au pied des marches de l’autel majeur, trois grilles en bronze
marquent l’endroit de la sépulture de Cosme l’Ancien.
Depuis l’angle gauche du transept, on accède à
la Vieille Sacristie. Tout l’ensemble est d’une sérénité
et d’une harmonie impeccables. En trouvant une réponse
à la question de la coupole de Santa Maria del Fiore, Brunelleschi
posa en même temps les bases de toute l’architecture
de la Renaissance : il fut l’initiateur d’une nouvelle
technique, apprise à partir des monuments antiques, qui lui
permit d’élever cette grande coupole sans avoir besoin
d’armatures, mais il créa surtout une nouvelle idéologie ;
avec lui, en effet, l’architecte n’est plus le maître
d’œuvre du Moyen Age.
L’hôpital
des Innocents, 1419 – 1425, façade et loggia,
Filippo Brunelleschi (Florence 1377 – 1446).
Personnalité fondamentale du passage historique qui conduit
l’art florentin à la première véritable
expression des idéaux de la Renaissance. En 1419 Brunelleschi
s’est vu confier par l’Arte della Seta les travaux de
l’hôpital des Innocents (financé en grand partie
par Giovanni de Médicis), un refuge pour enfants abandonnés,
qui sera inauguré en 1445. S’inspirant des loges florentines,
l’architecte réalise sur le long côté
d’une place un portique - dans lequel il introduit l’ordre
corinthien - qui donne accès à un ensemble comprenant
un cloître, une église et un dortoir. Les structures
portantes sont mises en valeur par l’utilisation de la « pietra
serena ». En construisant ce portique, l’architecte
pense également la place sur laquelle il ouvre le bâtiment :
celle-ci sera bordée par le portique de la maison des Servites
de Marie, d’Antonio da Sangallo et Baccio d’Agnolo,
tandis que son troisième côté sera marqué
par les arcades de l’église Santa Annunziata, construite
par Michelozzo. Pour la construction de l’Hôpital des
Innocents, Brunelleschi s’inspire du modèle austère
et géométrique de la Rome antique, complètement
différent du modèle gothique, émotif et raffiné.
Brunelleschi trouva un moyen de mesurer rationnellement l’espace,
créant une architecture à dimension humaine, dans
laquelle chaque partie est harmonieusement coordonnée et
proportionnée à tout le reste de l’édifice.
C’est sur ce caractère rationnel que se fonde la pureté
inimitable du langage de Brunelleschi. Andrea della Robbia a réalisé
les bas-reliefs sur la façade de l’édifice,
représentant de petits-enfants emmaillotés.
La guérison
de l’infirme et la Résurrection de Tabita, 1426
– 1427, détails, Tommaso di Cristoforo Fini, dit Masolino
da Panicale (Panicale in Valdarno 1383 – 1440 environ),
(Florence, basilique de Santa Maria del Carmine, chapelle Brancacci).
La peinture de Masolino n’est pas révolutionnaire mais
plutôt une vive modernisation du gotique, est encore basée
sur la ligne mais il ne néglige pas des effets de naturalisme
et de douceur. Ses architectures suivent rigoureusement les nouvelles
règles sur la perspective, mais elles restent de toute façon
un cadre décoratif dans lequel raconter des fables médiévales
avec des charmants personnages. La « Résurrection
de Tabita » introduit le spectateur sur une place de
Florence devant ces maisons du XIVe siècle aux façades
bien distribuées. Les passants, vaquant à leurs affaires,
ne prennent pas garde au prodige accompli sous leurs yeux. Les contrastes
du rêve et de la réalité marquent toute l’histoire
de la fresque. Les fresques de la chapelle Brancacci furent terminées
par le grand Masaccio, peintre au talent révolutionnaire,
de vingt ans cadet de Masolino et qui participa avec lui dans quelques
entreprises picturales importantes.
Le mariage de Cosme l’Ancien
– La naissance du palais de la via Larga
Né en 1389, Cosme
passe les quarante premières années de sa vie à
l’ombre de son père Giovanni, sous la dictature des
Albizzi, par lesquels il sera exilé. À l’âge
de vingt-cinq ans il a épousé une jeune fille de bonne
famille, Contessina de’ Bardi. Naguère encore, les
Bardi étaient la famille la plus riche de Florence, les plus
grands banquiers de toute l’Europe ; puis la fortune
de ces véritables princes de la finance a fondu comme neige
au soleil. Les choses se sont passé ainsi : pour soutenir
une guerre interminable contre la France, qui épuisait depuis
longtemps les ressources de l’Angleterre, le roi Edouard III
demande aux Bardi un prêt d’une telle importance qu’« il
valait un royaume », comme l’écrit un chroniqueur
de l’époque, Giovanni Vallini. Les Bardi font confiance
au roi d’Angleterre : qui peut offrir de meilleures garanties
qu’un roi très chrétien ? Cependant Edouard
III, exaspéré par la conclusion peu brillante du conflit,
finit par nier sa dette. Le mariage de Cosme avec Contessina n’est
donc pas un mariage d’intérêt, puisque la jeune
fille n’apporte guère d’autre dot que la dignité
et la splendeur de son nom. En revanche Cosme ne manque pas de ressources :
les Médicis achètent le palais Bardi, où Cosme
et Contessina vivront jusqu’à la mort de Giovanni ;
c’est là que Piero (surnommé plus tard « Pierre
le Goutteux »), le premier-né du couple, voit
le jour en 1416.
Cosme voudrait cependant
vivre dans un palais qui ne soit qu’à lui, conforme
au prestige dont il jouit. Pour concrétiser son désir,
il s’adresse d’abord a Brunelleschi, qui, bien qu’il
soit occupé par plusieurs chantiers (entre autres celui de
la basilique San Lorenzo) trouve le temps d’élaborer
un projet. Cosme prend peur lorsqu’il le voit : l’idée
est tellement grandiose que, si elle est exécutée,
la noblesse florentine risque de la prendre comme un signe d’arrogance
intolérable, et le peuple comme une insulte à sa misère.
C’en est trop même pour l’ambition de Cosme, qui
renonce à réaliser cette construction colossale. Un
projet beaucoup plus modeste, mais non moins innovateur, est présenté
par la jeune Michelozzo Michelozzi, qui entreprend les travaux avec
ardeur. Mais ce palais semble aussi excessif aux familles nobles
qui soutiennent la dictature de Rinaldo degli Albizzi. On cherche
alors un prétexte pour éloigner les Médicis
de Florence, surtout à cause de leur prestige croissant et
du profond ascendant qu’ils exercent sur le peuple.
Retable de Bosco
ai Frati, 1450, Guido di Pietro dit Fra Angelico (Viccio,
Florence vers 1395 – Rome 1455), (Florence, musée de
San Marco). Ce magnifique retable fut commandé à l’artiste
par Cosme l’Ancien vers 1450, à l’époque
où celui-ci finançait la reconstruction du couvent
de San Bonaventura di Bosco ai Frati, dans le Mugello. On reconnaît
Cosme et Damien, les saints protecteurs des Médicis. Fra
Angelico avait conscience d’essayer de jeter les bases d’une
forme moderne d’art sacré, suivant les schémas
de la Renaissance mais sur un ton authentiquement religieux. On
remarque une simplification croissante des formes qui, en parfait
accord avec l’architecture épurée de Michelozzo,
offre des solutions d’une sereine austérité
monastique. Fra Angelico met en relief la beauté idéale
des hommes et des choses, non entachées de mal, plongée
dans une lumière diaphane qui prend un caractère transcendantal.
Ses couleurs lumineuses, le ton contemplatif des scènes,
l’analyse minutieuse de chaque aspect de la création
ne sont donc pas des restes de la tradition gothique, mais le fruit
de l’interprétation mystique d’une culture très
à jour. La qualité spirituelle de son œuvre
picturale et sa réputation de sainteté lui vaudront
le surnom d’Angelico.
Autoportrait ;
Histoire d’Abraham et d'Isaac, détail, 1425
– 1452, Porte du Paradis, Lorenzo Ghiberti,
(Florence 1380 – 1455), (Florence, Baptistère). En
1425 fut commandée à Ghiberti la troisième
porte du baptistère, celle que Michel-Ange appela « Porte
du Paradis », terminée en 1452, avec des « Histoires
bibliques » réparties dans dix panneaux, suivant
un choix suggéré par l’humaniste Leonardo Bruni.
Tout lien avec l’art médiéval ayant été
abandonné, les solutions choisies à niveau de la composition
de la troisième porte révèlent la mise à
jour de Ghiberti, par rapport aux orientations de la culture humaniste
et aux principes de la représentation de la perspective.
Les «Episodes de la vie de Joseph » contiennent
une allusion voilée au rôle de Cosme dans l’économie
florentine et à son œuvre de conciliation entre les
Eglises grecque et romaine. Comme la plupart des maîtres florentins,
Lorenzo Ghiberti fera son apprentissage dans les ateliers des orfèvres.
Il sera l’élève de Bartolo di Michelo. Il comptera
parmi les premiers sculpteurs-orfèvres du Quattrocento qui
associeront étroitement la sculpture et la peinture. Ghiberti,
pourtant inconnu, remportera en 1401 le concours de la seconde porte
en bronze du Baptistère de Florence – aux dépens
de Brunelleschi et Jacopo Della Quercia. Ce concours sera considéré
comme l’acte fondateur de la Renaissance artistique. Après
son voyage à Rome en 1416, Ghiberti s’était
montré plus réceptif à l’art antique.
Les modèles ne sont jamais copiés, mais sont plutôt
exploités comme source inépuisable d’inspiration,
et transformés en une lecture plus moderne et dynamique.
Palais Medici-Riccardi,
1444 –1459, Michelozzo Michelozzi (Florence
1396 – 1472). Construit sur commande de Cosme l’Ancien,
modulé à l’extérieur par le changement
du revêtement, de bossage rustique à bossage arrondi
et enfin à la maçonnerie lisse du dernier étage,
est allégé à l’intérieur par l’élégante
cour à arcades. Avec cet édifice à échelle
humaine Michelozzo formula la typologie du palais florentin à
laquelle les architectes allaient faire référence
tout au long du siècle. Les villas médicéennes
de Trebbio, de Cafaggiolo et de Careggi sont une interprétation
Renaissance du château médiéval. Michelozzi
avait commencé son activité, comme collaborateur de
Donatello. Toutefois, ses véritables capacités se
révélèrent pleinement lorsque Cosme l’Ancien
le chargea de la réfection de l’Eglise et du Couvent
de San Marco (1436-1443), passés depuis peu aux Dominicains;
il réalisa là, sous l’influence de Brunelleschi
la sacristie, et trouve de nouvelles solutions formelles pour le
Couvent (le couloir des cellules) et pour la bibliothèque,
une des pièces les plus caractéristiques de l’architecture
de la Renaissance.
L’exil – Le
retour triomphal à Florence
Niccolo da Uzzano, le chef
le plus écouté des oligarques, se déclare contre
l’exil des Médicis. À sa mort (1432), les partisans
les plus extrémistes des Albizzi ont le champ libre et redoublent
leurs attaques contre les Médicis, accusés de vouloir
supplanter leurs concitoyens. Peu après Cosme est incarcéré,
comme il craint sérieusement pour sa vie, il refuse la nourriture
des détenus pendant toute la durée de son séjour
en prison ; à cette époque un peu de poison est
vite administré. Il demande alors – et obtient –
de recevoir ses repas de chez lui. Officiellement on devrai l’empêcher
de communiquer avec l’extérieur, mais son geôlier,
Federico Malavolti, montre envers les exigences du prisonnier une
tolérance à laquelle l’intérêt
n’est sans doute pas étranger. L’argent est peut-être
également le moteur d’un soulèvement populaire
en faveur des Médicis, qui pousse le gouvernement à
commuer l’emprisonnement en exil. La famille doit quitter
le palais de la discorde. Cosme s’établit d’abord
à Padoue, puis à Venise (1433), où s’est
déjà réfugié son frère Lorenzo.
Désormais, à
Florence, les temps sont mûrs pour un retournement de la situation
politique. En l’espace d’une année la dictature
du parti des Albizzi entre en crise et les autorités rappellent
Cosme à Florence. La ville, comme le souligne Machiavel,
le reçoit avec tous les honneurs : « Il n’est
pas arrivé souvent qu’un citoyen, revenant triomphant
d’une victoire, soit accueilli dans sa patrie par une telle
foule et par de telles manifestations de sympathie ».
Confirmant sa réputation d’homme prudent et équilibré,
Cosme n’abuse pas du grand pouvoir dont il dispose. Pas même
le décret qui bannit les Albizzi et leurs partisans les plus
proches de Florence n’est directement son œuvre. À
partir de ce moment, Cosme jouera le rôle d’arbitre
de la politique florentine et, opérant dans les coulisses
avec la plus grande discrétion, parvient à conquérir
tant la faveur des classes populaires que celle de la haute bourgeoisie.
Cosme obtient prestige et succès également sur le
plan international : il réussit à faire en sorte
que le concile convoqué par le pape Eugène IV afin
de réunir les catholiques d’Occident et les orthodoxes
d’Orient soit déplacé de Ferrare à Florence.
Un accueil magnifique est réservé au patriarche de
Constantinople, et toute la durée du concile est égayée
par des fêtes, des bals et des spectacles d’une splendeur
inouïe.
Giovani
Acuto, détail, fresque, 1436, Paolo di
Dono, dit Uccello (Casentino 1397 - Florence 1475),
(Florence, cathédrale). Après avoir participé
à la guerre de Cent Ans à la solde d'Edouard III,
le condottiere John Hawkwood (Giovanni Acuto) passa au service de
la Seigneurie de Florence jusqu'à sa mort en 1394. Premier
grand chef-d'oeuvre de Paolo Uccello, il témoigne d'une maitrise
rigoureuse de la perspective, tandis que la figure du condottiere
à cheval est définie avec une précisition géometrique
et synthétique. En 1456 Uccello peint la "Bataille de
San Romano". Les trois grands
panneaux se trouvaient dans une des principales pièces du
palais Médicis appelée « Camera Grande
Terrena » dite « salle de Laurent »,
cités en 1492 à la mort du Magnifique dans son inventaire
posthume. Cette œuvre est le témoignage le plus éloquent
de la peinture de Paolo Uccello qui y invente des images paradoxales,
presque futuristes, qui auront des suites jusque chez les peintres
cubistes ou les surréalistes. Les Florentins donneront au
peintre le nom d’Uccello (Paul les Oiseaux) à cause
du grand nombre d’oiseaux et de bêtes peints qui remplissaient
sa maison. Il était trop pauvre pour nourrir des animaux
ou pour se procurer ceux qu’il ne connaissait pas. Vasari,
son seul biographe, signalera des bizarreries, des négligences,
des obsessions dans l’œuvre du peintre. Il estimera,
cependant, qu’il méritait de figurer parmi les « eccellentissimi »
créateurs de son temps.
Niccolo da Uzzano,
1430, terre cuite polychrome, Donato di Niccolo di Bardi,
dit Donatello (Florence 1386 – 1466), (Florence,
musée national du Bargello). Le défenseur de Cosme,
apparaît vêtu en orateur romain ; sur son visage,
extraordinairement vivant, la fierté se mêle à
une ironie subtile, supérieure. Cette effigie de Niccolo
da Uzzano a été réalisée par Donatello
en 1430 et probablement à partir d'un moulage. La singularité
de ce portrait est si captivante, qu'elle permet de considérer
le visage comme un contenu à part entière. Donatello
fut le créateur et le plus grand représentant de l’humanisme
classique florentin, dont il sut dépasser, en même
temps, les limites stylistiques et culturelles : il interprète
toujours l’inspiration classique avec une extraordinaire liberté
et sans aucun préjugé, en un rapport dialectique et
profond avec la réalité humaine et politique de Florence
et de son peuple. Profondément touché par les événements
historiques, Donatello sut saisir, dans les œuvres de la maturité
et celles plus tardives, les symptômes de la crise des idéaux
de l’humanisme, laissant à sa mort des problèmes
nouveaux qu’affronteront d’une manière différente
Léonard et Michel-Ange. Donatello exécuta le
"David" (Florence, musée national du Bargello)
pour Cosme l’Ancien en 1430, peu avant que ce dernier ne soit
condamné à l’éxil.
L'Adoration
des Mages, vers 1438, Fra Angelico et Benozzo Gozzoli,
(Florence, couvent de San Marco). Cette fresque se trouve dans une
des pieces réservées à Cosme de Médicis
dans le couvent de San Marco (cellule 39). Pour son jeune collaborateur,
Fra Angelico représenta le trait d'union avec la génération
artistique qui dans les premières décennies du XVe
siècle avait apporté dans les différents domaines
de l'architecture, de la sculpture et de la peinture cette vague
de nouveautés d'une qualité élevée grâce
auxquelles, le début du XVe siècle à Florence
marque le commencement d'une ère nouvelle et splendide de
la culture artistique, la Renaissance.
Cosme l’Ancien et
la culture
Avec Cosme Florence traverse
une saison unique : un chantier n’est pas achevé
que déjà il s’en ouvre un autre. Tous les grands
peintres et architectes de l’époque sont surchargés
de travail. Michelozzo doit en même temps terminer le palais
de la via Larga et redessiner le petit couvent de St-Marc, dans
lequel Cosme s’est réservé deux cellules pour
y méditer dans les moments de forte tension politique. Luca
della Robbia, Fra Angelico, Andrea del Castagno, Paolo Uccello et
Domenico Veneziano sont à son service. L’intérêt
profond qu’il éprouve pour le développement
culturel et artistique de la ville l’amène à
fonder en 1444 la première bibliothèque publique d’Europe,
avec environ trente ans d’avance sur la bibliothèque
Vaticane. La bibliothèque médicéenne est entreposée
d’abord dans le palais de la via Larga, avant d’être
installée dans un local dessiné et réalisé
exprès pour elle par Michelozzo, à côté
de la basilique San Lorenzo. Le fonds, très riche dès
le départ, comprend encore aujourd’hui la copie originale
des « Pandectes » de Justinien, ainsi que
des manuscrits de Cicéron, Tacite, Virgile, Pline l’Ancien,
Dante, Pétrarque et tous les auteurs florentins des XIIIe
et XIVe siècles. Pour la première fois à Florence,
Cosme crée une sorte de cour dont les protagonistes sont
avant tout des érudits et des artistes: Donatello, Brunelleschi,
Politien, Vespasiano da Bisticci, Pic de la Mirandole et bien d’autres
encore.
Tribune des
chantres (Cantoria), détail, 1431 – 1438,
Luca della Robbia (Florence vers 1400 – 1482),
(Florence, musée de l’œuvre de la Cathédrale).
Après une crise politique dans laquelle eut une interdiction
des dépenses de 1428 à 1431, la construction de la
cathédrale de Florence a repris. Les autorités ont
commandé une galerie de chant appelé « cantoria »,
d’un sculpteur relativement inconnu, Luca della Robbia, probablement
parce que Donatello et Michelozzo étaient à Rome.
La configuration architecturale avait peut-être été
conçue sur le conseil de Brunelleschi. Les dix reliefs représentent
de concerts d’enfants et d’adolescents jouant divers
instruments, chantant et/ou dansant, illustrant le psaume 150. Hédonisme
serein et profonde humanité sont exprimés avec bonheur
dans ces reliefs, articulés sur de délicats passages
de clair-obscur et agencés selon de subtiles correspondances
rythmiques entre les divers éléments. L’idéal
humaniste d’un purisme classique est constamment présent
dans la très vaste production de Luca della Robbia. Il est
la figure la plus importante de la famille de sculpteurs et de céramistes
Della Robbia travaillant aux XVe et XVIe siècles, connu surtout
comme initiateur de la célèbre production de terres
cuites émaillées et considéré comme
ayant un rôle de premier ordre dans la sculpture florentine
du XVe siècle.
Vierge à
l'Enfant avec les saints Lucie, François, Jean-Baptiste
et Zénobe, 1445-48, Domenico di Bartolomeo, dit
Domenico Veneziano (Venise, début du XVe
s. - Florence 1461), (Florence, Offices). Ce retable au calme
solennel est ouvert sous un portique du style de la Renaissance
dont la perspective atteint presque la perfection. La lumière
diffuse qui s'étend sur toute la peinture et que prend
sa source en haut à droite, ainsi que ses couleurs claires
et tendres et le non emploi de l'or dans ce type de peinture religieuse,
fait de ce retable un des premiers chefs-d'oeuvre du nouvel art
de la Renaissance. Cette oeuvre fut commandée à
Veneziano pour l'église Santa Lucia de'Magnoli. On ne sait
rien sur sa formation ni des activités initiales de l'artiste,
si c'est n'est qu'une lettre du mois d'avril 1438, quand Veneziano
alors à Pérouse, était en train de peindre
les fresques de la Casa Baglioni. Il envoya une lettre à
Pierre de Médicis lui sollicitant la commande d'un retable
montrant qu'il était au courant des événements
artistiques de Florence. Il y aurait séjourné probablement,
en entrant en contact avec le nouvel art toscan, en particulier
avec les oeuvres de Fra Angelico.
Politique domestique et
mort de Cosme
Tout en s’occupant
de la vie politique de la ville et de ses propres affaires, Cosme
de Médicis se montre avisé et fortuné également
dans sa vie privée. Contessina de’ Bardi est une excellente
épouse, qui se consacre entièrement aux soins domestiques
et à l’éducation des enfants : Piero (né
en 1416) et Giovanni (né en 1421). Pour leur permettre de
lui succéder avec bonheur tant dans le domaine public que
dan celui de la finance, Cosme tente de leur donner la meilleure
instruction possible pour l’époque. Au début
les résultats ne semblent pas correspondre à son attente :
ses deux fils ne se révèlent guère brillants.
Pierre a une santé délicate, minée dès
l’enfance par des fièvres rhumatismales ; Giovanni,
indolent et « épicurien », semble préférer
une existence faite de plaisirs culturels et mondains. Cette manière
de vivre fait le désespoir de son père, que Giovanni
précède d’ailleurs d’une année
dans la tombe (1463). En dépit des chagrins que ce fils lui
a causés, la douleur ressentie à sa mort est immense.
Cosme passe sa dernière année dans la triste attente
d’une fin annoncée et peut-être désirée,
malgré le réconfort que lui apporte la présence
pleine de vie, attentive et affectueuse, du jeune Laurent, fils
de Pierre et de Lucrezia Tornabuoni, qui tient de son grand-père
son talent pour gouverner et son art de vivre. Le premier août
1464 le « père de la patrie » florentine
s’éteint dans sa villa tant aimée de Careggi.
Ses dispositions testamentaires, interdissent des funérailles
d’Etat. Ses obsèques se limitent donc à une
longue procession, de Careggi à la basilique San Lorenzo.
Dans cette église, l’homme qu’on peut considérer
à juste titre comme le premier seigneur de Florence est enterré
avec les plus grands honneurs. Sur sa pierre tombale est gravée
une inscription qui témoigne de l’amour et de l’estime
que les Florentins éprouvaient à l’égard
du défunt : « Cosmus Medices hic
situs est decreto publico pater patriae » (« Ci-gît
Cosme de Médicis, surnommé par décret public
père de la patrie »).
Naissance de
saint Jean-Baptiste, fresque, Domenico Bigordi,
dit Ghirlandaio (Florence 1449 – Florence
1494, (Florence, Santa Maria Novella, chapelle Tornabuoni). En 1486
Giovanni Tornabuoni, un homme dont la richesse, la puissance et
sa descendance noble, assure une position aux cotées des
Médicis (la mère de Laurent est une Tornabuoni) commande
à Ghirlandaio la décoration de la grande chapelle
de sa famille à Santa Maria Novella, selon les thèmes
imaginés par les Dominicains qui ont construit l’église :
une série de peintures illustrant les vies de la Vierge Marie
et de saint Jean-Baptiste. Ghirlandaio et son atelier auraient terminé
les travaux en 1490. En utilisant les pilastres et les entablures
classiques, l’artiste a divisé les deux énormes
murs en six zones rectangulaires. Du côté gauche a
représenté la vie de la Vierge et du côté
droite la vie de saint Jean-Baptiste. Les images magnifiques et
les espaces atmosphériques bien équilibrés
dans les parties inférieures, suggèrent que Ghirlandaio
lui-même les ait peints. Les images supérieures d’une
moindre qualité ont été peintes probablement
par ses frères où plusieurs étudiants, (on
pense au jeune Michel-Ange, bien que ceci ne puisse pas être
prouvé) car un travail si étendu ne se réalisait
pas en quatre ans pour une seule personne. Cette œuvre magnifique
est un exemple important de décoration de chapelle à
la fin du Quattrocento, et la plus célèbre et la plus
célébrée de l’artiste, sa réputation
étant basée principalement sur elle. Les fresques
ont été restaurées en 1996. On reconnaît
dans la « Naissance de Saint Jean-Baptiste »
Lucrezia, mère de Laurent (la première en détail
à droite), qui était déjà morte depuis
quelques années au moment où la fresque fut exécutée. Sa réserve force le respect.
Portrait d’un
inconnu, 1474-1475, Alessandro di Mariano dei Felipepi,
dit Sandro Botticelli (Florence 1445 – 1510),
(Florence, galerie des Offices). Dans cette très belle peinture,
le jeune homme tient une médaille portant le profil de Cosme
l’Ancien et la légende « Cosmus Pater Patriae ».
La médaille c’est un moule de plâtre collé
sur bois, et dérive d’une autre médaille en
or frappée entre 1456 et 1469 en l’honneur de Cosme
de Médicis. La dénomination de "père de
la patrie" fut attribuée à Cosme après
sa mort, par décret de la république florentine.
Pierre le Goutteux - Le prestige croissant de
Florence
À la mort de Cosme,
Pierre il a quarante-huit ans et comme son père, souffre
de la goutte mais sous une forme beaucoup plus douloureuse et plus
violente, à tel point qu’il passera à la postérité
sous le nom de « Pierre le Goutteux ». Et
tout comme son père, il a eu de la chance dans le choix de
son épouse, Lucrezia Tornabuoni. Fille d’une famille
de l’aristocratie florentine alliée des Médicis
depuis toujours. Lucrezia est une compagne sage et fidèle,
qui aime les lettres et les arts, si bien qu’elle remplace
souvent son mari dans le rôle de mécène. Elle
aura cinq enfants : Laurent, Julien, Maria (qui épousera
Leonetto de’ Rossi), Bianca (future femme de Guglielmo de’
Pazzi) et Lucrezia dite Naninna (mariée à Bernardo
Rucellai). Pierre le Goutteux se trouve à la tête d’un
héritage politique très lourd. Au cours des cinq ans
que durent son gouvernement (1464-1469), il doit affronter plus
d’une tempête, mais parvient à s’en sortir
de façon plutôt brillante. Deux ans après la
mort de Cosme, Diotisalvi Neroni, son conseiller politique, participe
a une conspiration contre les Médicis, ourdie par Luca Pitti
et par Agnolo Acciaiuoli. Mais au lieu d’un homme seul sans
défense, les sicaires se trouvent en présence de son
fils Laurent, qui, à la tête d’un groupe de soldats,
met les agresseurs en déroute. Pierre meurt au début
de décembre 1469. Sa dépouille est inhumée
dans la sacristie San Lorenzo, près de son frère Giovanni ;
le monument funéraire commandé par ses fils Laurent
et Julien est l’œuvre de Verrocchio.
Les dissensions internes et les convoitises externes semblent définitivement apaisées. Florence voit sa population et son prestige augmenter, tandis que sa réputation s’étend dans toute l’Europe ; l’effervescence artistique et intellectuelle de l’époque de Cosme n’a jamais cessé. À propos de l’art, c’est précisément pendant les cinq ans où Pierre le Goutteux reste au pouvoir que commence à se distinguer un jeune peintre promis à un grand avenir. Il s’appelle Sandro Filipepi, mais il deviendra célèbre sous le nom de «Botticelli ». Pierre, qui l’estime beaucoup, l’aime également comme un fils ; de nombreux chefs-d’œuvre de l’artiste naîtront d’ailleurs à la suite de commandes des membres de la famille Médicis. Dans « Adoration des Mages » réalisée à la demande d’un partisan des Médicis pour son tombeau dans l’église Sana Maria Novella, l’artiste honore ses puissants protecteurs en les représentant sous les traits des Rois mages : Cosme l’Ancien, au centre du tableau, est saisi au moment où il baise les pieds de l’Enfant Jésus ; Pierre, enveloppé dans un somptueux manteau écarlate, est agenouillé à côté de son frère Giovanni, vêtu d’une tunique blanche. Le jeune Laurent, fils aîné de Pierre, est peint tête nue, en armes, tel qu’il s’était présenté devant les conspirateurs qui attentèrent à la vie de son père.
Voyage des Rois
Mages, Gaspar, 1459, détail, Benozzo di Lese, dit
Gozzoli, (Florence 1420– Pistoie 1497), (Florence,
Chapelle du Palais Médicis Riccardi). Au centre du palais
construit par Michelozzo, Pierre de Médicis aménagea
pour sa femme, Lucrèce, un oratoire éclairé
aux lumignons. Le « Voyage des trois Rois Mages »
se déroule sur trois pans de muraille, descendant de collines
au fin profil, coupé de roches vives, que jalonnent des cyprès
en files. Veillant à ne paraître qu’un simple
citoyen, Cosme l’Ancien lui-même retient son humble
mule. Sous plus riche appareil, son fils, Pierre le goutteux (ici
le premier à droite) est précédé d’un
valet guidant sa monture. Tous les regards se tournent vers le petit-fils,
Laurent, déjà magnifique, montant le palefroi du tournoi
qu’il vient de courir. Entremêlés, amis et clients
se serrent, se pressent pour suivre leur chef. Fidèle photographe,
Benozzo assure une survie à nombre de gens fiers de figurer
en si noble compagnie. Le peintre se représente parmi les
bonnets rouges qui ponctuent la verdure des arbres étagés
dans le val d’Arno. La cavalcade s’avance. Jean VII
Paléologue, patriarche de l’empire grec d’Orient,
rend visite aux cavaliers d’Occident en route vers un âge
plus parfait, la Renaissance.
Madone du Magnificat,
vers 1484, Alessandro di Mariano dei Felipepi, dit Sandro
Botticelli (Florence 1445 – 1510), (Florence,
Offices). Ce célèbre tondo représente la Vierge
avec l'Enfant et cinq anges, dans une belle composition d'un équilibre
inouï qui souligne la forme circulaire de l'image. La main
de la Vierge se pose sur un livre qui s'ouvre sur la page contenant
le "Magnificat", alors que deux anges soutiennent sa couronne. Le
Magnificat est un cantique à la Vierge (Evangile selon saint
Luc, I). Cette coutume s'établit dès la fin du Moyen
Age et depuis grand nombre de compositeurs ont traité le
texte (Palestrina, Bach, entre autres).
Tondo Pitti,
détail, Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange
(Caprese 1475 – Rome 1564), (Florence, musée national
du Bargello). Ce splendide relief de Michel-Ange, doit son nom de
« Tondo Pitti » à la famille qui le
commanda pour ses dévotions domestiques. Il fut exécuté
à Florence entre 1504 et 1508, après le retour de
Rome de l’artiste où il avait sculpté la « Pietà »
du Vatican. Ce Tondo Pitti ainsi que le « Tondo Taddei »
(Londres, Royal Academy), rappellent par leur modelé délicat
et fondu les exemples donnés par Léonard de Vinci.
L’image de la Vierge a une force presque prophétique,
en raison de sa taille, qui éclate en dehors de la structure
du relief.