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  La naissance d'un réalisme pictural Jan van Eyck Rogier van der Weyden Les successeurs de Jan van Eyck
  La peinture flamande en France La Flandre et l'Italie Vers un art hispano-flamand
 

 

CHAPITRE VI : VERS UN ART HISPANO FLAMAND

 

La naissance d'un art hispano-flamand

Le réalisme flamand dans la peinture catalano-aragonaise

Le mécénat d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon

Le peintre portugais Nuño Gonçalves


 

La naissance d'un art hispano-flamand

Très sensibles à l'art flamand, la Péninsule, et la couronne catalano-aragonaise en particulier voient peu à peu naître un style hispano-flamand, incarné par des maîtres comme Lluís Dalmau ou Jaume Huguet, où le conservatisme catalan s'abandonne progressivement aux innovations septentrionales. Vers le milieu du siècle, les peintres oeuvrant aussi bien dans le royaume d'Aragon que dans celui de Castille développent un art fort marqué par les nouvelles tendances. Alors que la peinture catalane dans les premières décennies du XVe siècle était très italianisante, elle se tourne par la suite vers un réalisme d'inspiration septentrionale tout en conservant souvent des souvenirs des inflexions du gothique international. Ainsi le "Saint Michel" (Londres, National Gallery) de Bartolomé Bermejo, rappelle les oeuvres flamandes contemporaines de Petrus Christus et, peut-être d’Hans Memling. Le Catalan Jaume Huguet c'est le peintre le plus complet de la deuxième moitié du XVe siècle non seulement en Catalogne mais aussi en Aragon et en Castille. Il semble, pour sa part, avoir connu surtout l'exemple des tapisseries flamandes, dont il conserve, dans ses peintures, la densité des groupes de personnages. En Castille, le peintre qui travaille vers 1455 pour le marquis de Santillana, Jorge Inglés qui était originaire d'Angleterre (inglés, anglais) il aurait été formé en Flandre. C'est dans son sillage qui se sont inscrits à Salamanque, Fernando Gallego et le Maître de Saint Ildefonse, oeuvrant à Tolède. Autour de ces artistes notables une myriade de peintres, le plus souvent anonymes, travaillent dans un esprit voisin associant des sources flamandes ou parfois germaniques (connues par la diffusion de gravures) à un tempérament plus sévère propre à l'Espagne. La diffusion du goût flamand pourrait-elle en tout cas, portée essentiellement au compte des commerçants valenciens et catalans qui entretiennent alors des liens constants avec les territoires du duc de Bourgogne.

 

Triptyque de la Vierge de Montserrat, vers 1485, (détails de la partie centrale et des volets), Bartolomé Bermejo et Rodrigo Osona, (Acqui Terme - Piémont, Cathédrale). Ce "Triptyque de la Vierge de Montserrat", Vierge très vénérée en Catalogne, fut commandé à Bermejo par le marchand piémontais Francesco della Chiesa et destiné à l'église de sa ville natale d'Acqui. Dans ce retable, l'artiste abandonne l'usage du fond doré et prend la liberté d'y inclure un paysage atmosphérique, démontrant ainsi son remarquable talent de paysagiste. Les volets sont attribués au peintre de Valence, Rodrigo Osona.

 

Pietà, détail, 1490, Bartolomé Bermejo (Cordoue vers 1440 - activité documentée jusqu'en 1495), (Barcelone, cathédrale). Personnalité dominante du XVe siècle espagnol, il vécut et travailla à Daroca à Saragosse, à Valence et à Barcelone. Influencé par les grands artistes flamands, son oeuvre présente toutefois un accent méditerranéen prononcé (dû peut-être à sa formation napolitaine) qui le rapproche par certains aspects, de celles des peintres provençaux contemporains. Cette "Pietà" fut peinte pour LLuís Desplá (en détail), chanoine de la cathédrale de Barcelone, mais aussi éminent homme de lettres. À cette date, le fait de peindre en arrière-plan un paysage détaillé éclairé par la lumière du soleil ne constituait plus une exception.

 

     

Saint Vincent devant Dacien, vers 1458, 117 x 106 cm, Jaume Huguet, (Barcelone, Museu Nacional d'Art de Catalunya). Cette scène fait partie du retable réalisé par Huguet pour l'église Sant Vicenç de Sarrià (Barcelone). Plusieurs éléments d'architecture sont tirés de modèles flamands, mais les visages individualisés de ses figures et la composition spatiale des groupes indiquent qu'il était le premier peintre espagnol à trouver ses propres concepts formels et donc "une voie espagnole" à la Renaissance.

 

Retable de Saint Jérôme, 1455, Jorge Inglés, (Valladolid, Museo Nacional). Un bon exemple du style flamand, déjà répandu en Catalogne et en Aragon, c'est la peinture de Jorge Inglés, premier représentant en Castille du réalisme flamand. Dans ce retable sur le thème de saint Jérôme, les panneaux latéraux contiennent l'histoire du saint et l'espace central nous montre saint Jérôme dans son studio. Nous sommes là devant un modèle de représentation diffusé à partir des ateliers de Van Eyck ou des enlumineurs tel que le Maître de Boucicaut.

 

Le réalisme flamand dans la peinture catalano-aragonaise

La couronne d'Aragon désigne l'ensemble des territoires qui étaient au Moyen Âge sous la domination des rois d'Aragon, tout en gardant chacun un statut juridique propre. On date généralement l'apparition de la couronne d'Aragon avec l'union en 1137 du royaume d'Aragon et du comté de Barcelone par le mariage de Petronila d'Aragon et de Ramon Berenguer IV de Barcelone. L'union des deux couronnes d'Aragon et de Castille en 1479 donnera naissance à la monarchie espagnole. Au XVe siècle la couronne d'Aragon comprenait les territoires du royaume d'Aragon, du royaume de Majorque, du royaume de Valence, du royaume de Sardaigne, et la principauté de Catalogne d'où dépendaient le comté de Barcelone, du Roussillon et de Cerdagne entre autres. Il faut noter que les royaumes de Sicile et de Naples, conquis respectivement en 1282 et 1442, n'ont jamais été intégrés à la couronne d'Aragon, et que les souverains de la couronne qui y ont régné portaient le titre de "roi d'Aragon et de Sicile". La diffussion de l'art flamand dans ces territoires est due principalement à l'importante activité maritime des ports comme Barcelone ou Valence, et aux échanges accrus entre les marchands des Flandres et leurs homologues italiens, français et espagnols. Cette diffusion des modèles flamands est portée aussi par l'intérêt des cours européennes et pour la passion des collectionneurs royaux des royaumes d'Aragon et de Castille. En Aragon, si le roi Alphonse V a été un grand amateur de l'art septentrional, il s'est intéressé essentiellement à ses possessions italiennes et c'est à Naples qu'il conservait ses collections, même si c'est à Valence qu'il avait acheté le "Saint Georges", réputé de van Eyck. Il faudra attendre son petit-fils Ferdinand d'Aragon, époux d'Isabelle de Castille, pour reprendre la tradition inaugurée par Alphonse. À défaut du roi, en Aragon, le chancelier et archevêque de Saragosse, Dalmacio de Mur, eut un rôle décisif : il acquit une importante série de tapisseries flamandes qu'il légua, par son testament daté du 21 septembre 1456, à la cathédrale. Ces oeuvres remarquables devaient offrit des exemples importants aux artistes aragonais et catalans.

 

Tête de prophète, 1457, Jaume Huguet, (Madrid, Museo del Prado)

Lluís Dalmau fut l'un des premiers représentants de l'art hispano-flamand dans le royaume d'Aragon. On trouve la première trace de sa présence en 1428, alors qu'il était au service d'Alphonse d'Aragon avant que celui-ci ne se tourne vers Naples, lequel manifestait un intérêt certain pour les oeuvres des Primitifs flamands. Le Roi envoya Dalmau en Flandre en 1431 où il a eu la possibilité de se familiariser avec les récentes oeuvres des artistes flamands et sans doute eut-il des contacts assez étroits avec Van Eyck à Bruges. Il retourna à Valence probablement une ou deux années plus tard. Cette ville devint rapidement alors un centre de la peinture hispano-flamande. Le peintre brugeois Lluis Alimbrot y ouvrit un atelier en 1436 et, en 1448, le peintre Joan Reixach i fit l'acquisition d'une oeuvre de Jan van Eyck, "Saint François recevant les stigmates". En 1442, suite au départ d'Alphonse pour Naples, Dalmau s'installa à Barcelone où, en 1443, il reçut du conseil municipal la prestigieuse commande pour peindre "La Vierge des Conseillers" destinée à l'oratoire de l'hôtel de ville. Le grand maître du portrait Jaume Huguet, fut un des plus grands artistes catalans du XVe siècle. Son art lié à la culture méditerranéenne, associe des motifs du gothique international avec des éléments italiens et flamands, tendant vers des aspects naturalistes. Il est probable que les leçons de l'art nordique ont été transmises à Huguet et son atelier par des oeuvres de Dalmau à présent disparues.

 

Saint Michel pesant les âmes, vers 1450, Jaime Baço, dit Jacomart (Valence, activité documentée de 1410 à 1461), (Reggio nell'Emilia, Galleria Parmeggiani). La sereine monumentalité de l'archange témoigne bien l'influence que l'Italie exerça sur le grand peintre valencien, qui se rendit dans ce pais dans plusieurs reprises. Peintre préféré du roi Alphonse d'Aragon, qui l'appelle "notre fidèle maître Jacomart", il travaille à Valence jusqu'en 1442, date à laquelle il part pour Naples, où il exerce une influence notable sur les peintres du temps, parmi lesquels Colantonio. Malgré ces raports avec l'Italie, (il se rend à Rome et à Tivoli, où il entre en relation avec le cardinal Alfonso Borgia, futur pape Calixte III) son style reste lié à la tradition flamande ainsi qu'à ce qui se passe parallèlement en Catalogne et, plus généralement, sur les "routes méditerranéennes" de la culture artistique.

 

Consécration de saint Augustin (Retable de Blanquer), entre 1463-1480, Jaume Huguet (Valls-Tarragone, vers 1415 - Barcelone 1492), (Barcelone, Museu Nacional d'Art de Catalunya). Ce fragment d'un retable monumental commandé par la confrérie des tanneurs de Barcelone pour l'église Sant Agustí Vell, les figures comptent parmi les exemples les plus impressionnants du portrait de la péninsule Ibérique du XVe siècle. Le peintre harmonise de façon très raffiné l'humanité et le recueillement des personnages avec le côté abstrait des fonds dorés et des détails décoratifs. Le style de Jaume Huguet se diffuse largement dans sa région, en Catalogne et jusqu'en Corse et en Sardaigne, les grandes îles méditerranéennes où le goût pour les retables dorés persiste bien avant le XVIe siècle.

 

 

La Vierge des Conseillers, 1445, LLuís Dalmau (activité documentée de 1428-1460), (Barcelone, Museu Nacional d'Art de Catalunya). Cette oeuvre est riche de citations provenant de l'autel de Gand des Van Eyck. Les anges chantant de chaque côté du trône de la Vierge sont des hommages directs à Van Eyck. L'architecture gothique, le trône sculpté, la belle figure de saint André sont des"remplois" flamands. Faisant face à saint André, et pourtant elle aussi la croix, on voit sainte Eulalie, vierge et martyre du IVe siècle et patronne de Barcelone. Dalmau est considéré comme l'initiateur du style hispano-flamand en Catalogne : dans son oeuvre, en effet,  le subtil goût flamand pour les détails se marie avec le goût pour une représentation vigoureuse et réaliste.

 


Scènes de la vie de Saint Esteban, vers 1494-1500, Los Vergós, (Barcelone, Museu Nacional d'Art de Catalunya). Los Vergós, famille de peintres dont ses membres s'étaient formés dans le prolifique atelier de Jaume Huguet à Barcelone. Sa peinture que l'on peut située dans la seconde moitié du XVe siècle, montre un compromis de fidélité avec les modèles d'Huguet ; cette influence se laisse sentir avec une plus grande intensité avec le Retable de saint Esteban. La peinture des Vergós constitue une expression tardive de la monumentalité et somptuosité qui caractérisent l'oeuvre d'Huguet.

 

Le mécénat d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon

Après l'unification de l'Espagne par son mariage en 1469, les nouveaux souverains espagnols Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, se sont intéressés très tôt à l'art septentrional. Toutefois, ce n'est seulement qu'à la fin du siècle que les Rois Catholiques en constituent une véritable collection et attirent à leur service deux artistes septentrionaux, Michael Sittow et Juan de Flandes. Parallèlement des artistes flamands étaient venus chercher fortune en Espagne et, en s'y fixant, ont influencé la création locale que l'on qualifie souvent de peinture hispano-flamande. La première peinture flamande parvenue le plus tôt en Espagne doit être le "Triptyque de la Vierge" dit "Triptyque de Miraflores", qui provient de la chartreuse du même nom (aux abords de Burgos) de Rogier van de Weyden, aujourd'hui conservé dans les musées de Berlin. Il avait été donné à ce monastère par Jean II de Castille qui lui-même l'avait reçu, du légat du Pape, le cardinal Pierre de Foix. Henri IV eut des générosités analogues pour le couvent de Parral à Ségovie : il lui offrit "La Fontaine de Vie", aujourd'hui au Prado, qui est inspiré de l'art eyckien. Il avait offert également, au même couvent, une "Veronica de Flandes" - un visage de Christ, peint en Flandres - dans laquelle on peut soupçonner l'une des copies du tableau perdu de Jan van Eyck.

 

Saint Michel et Saint François, Juan de Flandes (New York, Metropolitan Museum)

C'est cependant la reine Isabelle de Castille, qui succéda à Henri IV en 1474, et son époux Ferdinand d'Aragon, qui constituèrent une véritable collection de peintures flamandes, encore conservée pour l'essentiel à la Capilla Real de Grenade, réunissant notamment des oeuvres de Dieric Bouts, Hans Memling et Albert van Ouwater. Le couple royal eut également le mérite de faire travailler deux maîtres septentrionaux de grande qualité. Il s'attacha d'abord un peintre originaire d'Estonie, mais formé à Bruges, Michael Sittow, longtemps connu sous le nom de Maître Michiel, qui fut à son service de 1492 à 1501. Portraitiste remarquable, il a également participé à la réalisation des nombreuses scènes que comportait l'oratoire de la reine Isabelle, avec le second artiste flamand de la cour, Juan de Flandes. De ce dernier, actif entre 1496 et 1519, on ne connaît pas l'origine exacte, mais il pourrait provenir également du milieu brugeois.

 

Jésus-Christ et la Samaritaine, vers 1496, Juan de Flandes (Gand? 1450 - Palencia vers 1519), (Madrid, Museo del Prado). D'origine flamande, Juan de Flandes arrive en Espagne par l'Italie, où il s'était probablement rendu à la suite de Juste de Gand. A partir de 1496, il est au service d'Isabelle la Catholique, pour laquelle il réalise un retable avec des scènes de la vie de Jésus-Christ, aujourd'hui démembré, était composé de quarante-six panneaux. Sa peinture est caractérisée par la minutie analytique typique de la tradition flamande et par le traitement de la couleur et de la lumière : ces qualités, sensibles surtout dans l'iconographie sacrée, s'expriment en une série de scènes délicieuses tirées de l'Evangile, qui témoignent de remarquables capacités d'invention dans la composition et l'interprétation poétique de ses sujets.

 

     

Portrait de Diego de Guevara, 1515/18, Michel Sittow (Tallinn 1469-1522), (Washington, National Gallery). Né dans la cité hanséatique de Reval, aujourd'hui Talinn, en Estonie, Sittow se forma à Bruges, auprès d’Hans Memling, dont il diffusa le style. Il se distingua surtout en tant que portraitiste dans les cours princières d'Europe. Il entama une carrière en Espagne, à la cour d'Isabelle la Catholique. Après la mort de la reine, en 1504, il travailla aux Pays-Bas pour Philippe le Beau et Marguerite d'Autriche, tout en séjournant de temps en temps à Reval. Manifestement familiarisé avec le portrait à la Memling, la variation la plus brillante de Sittow sur les portraits de Memling, est ce "Portrait de Diego de Guevara", moitié d'un diptyque de dévotion, où la continuité spatiale avec le panneau correspondant de la "Vierge à l'Enfant" (Berlin, Germäldegalerie) est concrétisée par le rebord recouvert d'un tapis sur lequel repose la main du modèle, procédé typique de Memling.

 

L'Epiphanie, vers 1480, détail, Fernando Gallego (Salamanque vers 1440/45 - activité documentée jusqu'en 1507), (Toledo, Ohio, (Toledo Museul of Art). Gallego travailla en Castille et fut parmi les peintres les plus représentatifs de la deuxième moitié du XVe siècle espagnol. Sa peinture revèle une parfaite assimilation du langage flamand mais qui conserve le caractère emotif propres à la tradition espagnole.

 

     

Les Noces de Cana, 1495-1497, Maître des Rois Catholiques (actif en Castille de 1485 à 1500), (Washington, National Gallery). Cette représentation des Noces de Cana constitue une allégorie du mariage célébré en 1496 entre Jean de Castille, fils des Rois Catholiques et Margaret d'Autriche. Le peintre combine dans cette scène de banquet d'éléments issus de la peinture flamande comme les musiciens dans la galerie, les domestiques dans la cuisine éloignée et la ville nordique qu'on entrevoit par la fenêtre au fond de la scène. Les traits durs et angulaires des visages de quelques figures mâles, les riches tonalités brunes et rouges, et les costumes des personnages, sont plus typiques de la peinture castillane.

 

Portrait d'une Infante (Catherine d'Aragon), 1496, Juan de Flandes, (Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza). Catherine d'Aragon, la plus jeune des filles des Rois Catholiques, est née à Alcalá de Henares en 1484 et morte à Kimbolton en 1536. En 1501 elle épouse Arthur, prince de Gales, mais il est mort quelques mois après le mariage. En 1509 elle épouse son frère Henry VIII, avec qui elle a eu une fille, Maria. Henry VIII a divorcé de Catherine (occasionnant ainsi le Schisme d'Angleterre) pour épouser en 1533 une des dames de la reine, Anne Boleyn. En sa qualité de peintre de cour, Juan de Flandes exécute les portraits officiels de Jeanne la Folle et de Philippe le Beau à l'occasion de leur mariage, préalable à l'union des couronnes d'Espagne et d'Autriche dans l'empire habsbourgeois.

 

Retable de la Sainte Famille avec les saintes Madeleine et Cathérine d'Alexandrie, détail, portrait idéalisé de la reine Isabelle de Castille, vers 1520, école flamande, attribué à Gerard David, (Zamora, Santa Maria la Mayor).

 

Ezéquias, vers 1482, Pedro Berruguete (Paredes de Nava 1450/55 - Avila vers 1504), (Paredes de Nava, Palencia, église Santa Eulalia). Quoique formé dans le cercle de Fernando Gallego, dès ses premières oeuvres, Berruguete se montre sensible à l'influence flamande, surtout à celle de Van Eyck. En 1474 il part pour l'Italie et réside à Urbino, où il collabore avec Juste de Gand à la décoration du palais de Federico da Montefeltro. Rentré en Espagne en 1483, Berruguete retourne à son goût des fonds dorés et des décors somptueux, ainsi qu'en témoigne le retable de l'église Sainte-Eulalie, consacré à la vie de la Vierge et exécuté entre 1490 et 1500.

 

Le peintre portugais Nuño Gonçalves

L'école de peinture portugaise s'étale sur plusieurs siècles, paisible et discrète, sans avoir l'éclat de sa voisine espagnole. Le "polyptyque de Saint Vincent" a vu le jour dans un contexte artistique riche et complexe. Bénéficiant d'échanges culturels avec la Bourgogne et les artistes flamands au premier rang desquels Jan van Eyck, l'"ars nova" impose au Portugal son naturalisme minutieux et sa lumière subtile. Attribuée aujourd'hui à Nuño Gonçalves, peintre du roi Alphonse V de Portugal, cette magistrale oeuvre de six panneaux, d'une grande richesse stylistique a été le source d'inépuisables querelles d'attribution et d'interprétation de leur mystérieuse iconographie. De dizaines de personnages saisissants s'étalent sur les six panneaux, beaucoup d'entre eux sont visiblement de très haut rang. Accompagnés d'autres dignitaires, ils entourent respectueusement la figure centrale d'un saint qui porte une éblouissante dalmatique rouge, et qui est dédoublée sur les deux panneaux centraux. Cette œuvre d'art de la peinture portugaise du XVe siècle d'un style sec prononcé mais d'un puissant réalisme, dépeint les personnages de la cour portugaise de l'époque, où l'on peut voir l'ensemble de la société, depuis la noblesse et le clergé jusqu'au peuple.

 

     

Retable de saint Vincent, (panneau de l'Infante), vers 1460, attribué à Nuño Gonçalves (Lisbonne, Museu Nacional de Arte Antiga). Le nom du peintre Nuño Gonçalves fut enregistré en 1463 comme peintre de cour du roi Alphonse V de Portugal (vers 1438-1481). Le portrait d'Henri le Navigateur, reconnu avec certitude, permet de proposer d'autres identifications des membres de la famille royale, unis dans leur vénération de l'"Infante Santo". Deux rois (dont les bottes portent la signature du peintre) et une reine i sont figurés. La frise de personnages au dernier plan du "Panneau de l'Infante", doivent être des bourgeois de Lisbonne, parmi lesquels on recrutait les officiers de justice et du gouvernement de la ville.