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1 : LE RETOUR DE LA PAPAUTE
Introduction
Martin V : le retour de la papauté
Nicolas V, Pape de 1447 à 1455
Les fresques de la chapelle Niccolina
Introduction
Quand les papes, à la fin du XIVe siècle, rentrèrent d'Avignon, Rome était une vile morte. Quelques milliers de misérables campaient au milieu des cirques envahis par la ronce et l'ortie, des aqueducs rompus, des thermes éventrées. Les papes du XVe siècle et ses riches courtisans, surent exploiter toutes les possibilités de propagande qu'offraient l'art et l'architecture. Le faste de l'église terrestre étant censé refléter l'existence céleste de Dieu. La vie artistique, agissait autour de Rome, dans les autres cités libres d'Italie, comme Florence, Venise, Milan, Urbino. C'est Florence et l'Ombrie qui fournissent à la cour romaine le plupart des architectes et des peintres qu'elle réclama pour bâtir et décorer ses églises et palais. Gentile da Fabriano, fra Angelico, Piero della Francesca, Benozzo Gozzoli, Melozzo da Forli, le Pérugin, Botticelli, Michel-Ange. Come Brunelleschi cent ans plus tôt, Bramante vécut dans ses ruines, le compas à la main. L'artiste italien cherche à s'affranchir des formules, à épancher sa liberté. Quand Jules II, le pape artiste et batailleur, s'adresse à Bramante qui doit bientôt lui amener son jeune ami Raphaël, et appelle Michel-Ange moins de deux ans après, l'esprit de l'époque l'inspire. Ils purent étudier les statues mutilées que des fouilles arrachaient tous les jours à la terre et que se disputaient le pape et les princes romains. Ce contact de toutes les heures avec la Rome antique ne pouvait pas ne pas agir sur des sensibilités résumant comme celles-là deux siècles d'attente et d'effort.

Saint Nicolas sauve des naufragés, Polyptyque Quaratesi, 1425, Gentile da Fabriano (Fabriano vers 1370 - Rome 1427), (Rome, Cité du Vatican, Pinacoteca Vaticana). À son séjour florentin, pendant lequel l'artiste entre en contact avec les protagonistes de la Renaissance toscane comme Masaccio et Ghiberti, appartient le polyptyque Quaratesi, réalisé pour l'église San Niccolo Oltrarno, est aujourd'hui dispersé entre divers musées. Lorsqu'il fut appelé à Rome par le pape Martin V pour travailler à la décoration de la basilique de San Giovanni in Laterano, (fresques aujourd'hui perdues), Gentile était déjà l'un des peintres les plus admirés de son temps. Il meurt à Rome en 1427, laissant un nombre important d'élèves qui, entre l'Italie septentrionale et l'Italie centrale, continueront à raconter les merveilles de la vie aimable et courtoise dans l'art.
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Saints Jérôme et Jean-Baptiste, 1428, Tommaso di ser Giovanni di Mone Cassai, dit Masaccio (San Giovanni Valdarno 1401 - Rome 1428), (Londres, National Gallery). Entre 1425 et 1428, Masaccio et Masolino quittent Florence pour Rome appelés par le pape Martin V pour la réalisation du polyptyque de la Madone de la Neige, interrompant ainsi les travaux de décoration de la chapelle Brancacci à Florence. Mais Masaccio acheva seulement la partie gauche du panneau représentant les "Saints Jérôme et Jean-Baptiste", avant qu'il soit mort subitement. La déclaration faite au cadastre par son frère Giovanni, lui aussi peintre, indique qu'il est mort à Rome à l'âge de vingt-sept ans. En effet, l'été 1428 fut particulièrement insalubre et causa la mort de milliers de personnes. De nouveau Masaccio et Masolino devaient oeuvrer ensemble, mais cette fois Masolino dut terminer seul le travail. Ce panneau est le seul témoignage certain des activités du peintre à Rome. Masaccio fut, avec Brunelleschi et Donatello, beaucoup plus âgés que lui, le troisième grand innovateur de l'art de la Renaissance florentine du XVé siècle.
Martin V : le retour de la papauté
Martin V, Pape de 1417 à 1431, revient à Rome le 30 septembre 1420: pour la première fois depuis 1309, un pape résidait dans la ville de saint Pierre et voyait sa légitimité reconnue par toute l'Europe. Le retour de Martin V à Rome visait à restituer son autorité à la papauté: il marqua aussi un tournant décisif dans le destin de la cité. Durant la captivité avignonnaise, Rome avait traversé une longue phase de stagnation, sur le plan économique comme sur le plan artistique. À force de diplomatie et de duplicité, Martin V parvint à maintenir une prudente neutralité entre Florence et Milan toujours en guerre, et confia aux Colonna les rênes de l'Etat. Ce népotisme débridé, qui devait encombrer sérieusement son successeur, Eugène IV, ternit quelque peu son image.
La première commande artistique significative se produit en 1425, lorsque Martin V commanda Masaccio la réalisation du polyptyque de la Madone de la Neige pour la chapelle Colonna à Santa Maria Maggiore. Cette commande marque le départ vers l'assimilation d'une sensibilité humaniste, qui se répandra plus tard dans l'ambiance culturelle romaine. Est important en outre la présence de , témoin du goût néogothique et qui peindra à fresque la nef centrale de la basilique San Giovanni Laterano (Saint-Jean de Latran) en 1427, fresques terminées par Pisanello (aujourd'hui perdues), suite à la mort du maître. L'accentuation des rapports avec la fervente ambiance picturale humaniste florentine se produira peu après, en 1450, à l'occasion du Jubilé, avec la présence entre autres, de l'Angelico. Le successeur de Martin V, le pape Eugène IV, protégea artistes et humanistes; il invita Donatello et Fra Angelico à Rome et employa les humanistes le Pogge et Biondo dans sa chancellerie.
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Le Miracle de la Neige, 1428, Tommaso di Cristoforo Fini, dit Masolino da Panicale (Panicale in Valdarno 1383 - 1440 environ), (Naples, Galeria Nazionale di Capodimonte). Cette œuvre fait partie du polyptyque de "la Madone de la Neige" commandé par le pape Martin V à Masaccio et à Masolino et terminé par ce dernier, suite à la mort de Masaccio. Cette scène représente un étrange événement impliquant le pape Liborio (352-366 après JC). Selon la légende, le pape eut un rêve où deux anges lui ordonnaient de faire construire une église dans le lieu exact où une chute miraculeuse de neige se serait manifestée, dans une chaude journée du mois d'août. Dans cette zone fut ensuite édifiée la basilique Santa Maria Maggiore. Masolino dans sa peinture, représente la scène avec la neige qui tombe d'un nuage grisâtre, gros et allongé, sous lequel sont visibles des nuages plus petits.

Les philosophes d'Alexandrie (Scènes de la vie de sainte Catherine) détail, 1428-1430, Masolino da Panicale, (Rome, San Clemente). Cette scène représente la discussion entre la sainte et les philosophes païens d'Alexandrie, devant l'empereur. La fresque située dans la chapelle Branda Castiglione, du nom de son commanditaire, est dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie. La chapelle a été probablement commencée autour de 1425, année où le cardinal est revenu à Rome. En 1435, Masolino était à Castiglione d'Olona (près de Varese) où il décora la voûte de la collégiale illustrant la "Vie de la Vierge" ainsi qu'une autre chapelle, toujours pour le cardinal Branda, représentant des "Scènes de la vie de Baptiste". L'oeuvre de Masolino à San Clemente de Rome et à Castiglione d'Olona confirme que cet artiste délicieux fut particulièrement sensible à l'originalité du gothique international.

Tabernacle du Sacrement, 1432-1433, Donato di Niccolo di Betto Bardi, dit Donatello (Florence 1386 - 1466), (Rome, Vatican, Basilique Saint Pierre). Après un premier séjour à Rome, Donatello, cette fois avec Michelozzo s'est rendu à la ville éternelle à la demande du pape Eugène IV. L'artiste réalisa ce tabernacle en s'inspirant de l'architecture romaine, notamment des arcs de triomphe, et de la sculpture antique. L'image de la Vierge au centre est attribuée à Lippo Memmi. Donatello réalisa aussi la pierre tombale Crivelli à l'Aracoeli. À son retour à Florence il exécuta son chef-d'oeuvre, le "David" en bronze (Musée du Bargello).

L'Adoration des Mages, vers 1438, Fra Angelico et Benozzo Gozzoli, (Florence, couvent de San Marco). Cette fresque se trouve dans une des pièces réservées à Cosme de Médicis dans le couvent de San Marco (cellule 39), où le pape Eugène IV passa la nuit pendant son séjour à Florence.
Nicolas V (Pape de 1447 à 1455)
Né en 1397, Tommasso Parentuccelli, qui avait fait ses études à Bologne, fut le premier pape humaniste. Ami de Cosme de Médicis, de Bruni et de Pogge, persuadé que le mécénat et la reprise par le Vatican des magnificences mondaines contribueraient à la restauration de l'autorité papale, il multiplia les commandes auprès de Fra Angelico et de Gozzoli et commanda à Piero della Francesca ses fresques, perdues, pour le Vatican. Auteur d'un vaste projet de rénovation urbaine agrandit le Castel San Angelo et fit construire le Capitole. Avec un souci de modernité, il entreprit la destruction de la séculaire basilique de Saint-Pierre dont il souhaitait la reconstruction. Nicolas V s'attacha les services d'Alberti pour la restauration du palais papal et dans celle de l'aqueduc romain de "Acqua Vergine" qui débouchait dans un bassin dessiné par l'architecte, qui sera plus tard remplacé par la fontaine de Trevi. Sur le pontificat de Nicolas V, Alberti travailla à Rome comme archéologue et restaurateur de monuments anciens (Sainte-Marie-Majeure, Santo Stefano Rotondo, San Teodoro) et urbaniste, et il écrivit sur le modèle du texte de Vitruve le "De re aedificatoria".

Colisée, dessin du XVe siècle
Mécène et humaniste, Nicolas V encouragea la traduction d'Aristote, des historiens grecs et des Pères de l'Eglise. Bibliophile invétéré, il fut le véritable fondateur de la bibliothèque Vaticane. Vespasiano da Bisticci écrit que "tous les savants du monde vinrent à Rome à l'époque du Pape Nicolas, certains d'entre eux de sa propre initiative et d'autres sur invitation du souverain pontife qui désirait les voir à sa cour". Il se montra aussi généreux avec les érudits grecs en exil. Le sort voulut aussi que le triomphe des Grecs à sa cour coïncidât avec la chute de Constantinople aux mains des Ottomans. Il lança en septembre 1453 un appel à la croisade. Les dix-huit mois qui lui restaient à vivre lui permirent de constater que son appel n'avait éveillé aucun écho.

Basilique Santa Marie Majeure, Rome. Alberti travailla à Rome comme archéologue et restaurateur de monuments anciens, architectures auxquelles il s'inspira pour son "Traité" . Les différentes méthodes de représentation et l'engagement rennovateur d'Alberti serviron aux architectes et aux dessinateurs du Quattrocento à affronter l'étude des ruines et s'en inspireront pour la création d'une architecture nouvelle.


L'Ordination de Saint Laurent, 1447-1449, Guido di Pietro, dit Fra Angelico (Vicchio, Florence vers 1395 - Rome 1455), (Vatican, Chapelle de Nicolas V). La scène se déroule dans une basilique en colonnes, cinq de chaque côté qui aboutissent à une niche placée derrière. Les personnages ne sont pas centralisés et la seule partie de la scène qui est représentée sur un plan vertical à travers le point de fuite est le calice que le Pape Saint Sixte II tend au Saint agenouillé. Le Pape est représenté avec les traits de Nicolas V et ceci constitue un précédent pour tous les portraits de Papes incorporés dans la Stanza della Segnatura et ailleurs dans le Vatican.
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Vierge à l'Enfant bénissant, étendard de soie, Benozzo Gozzoli (Florence 1420 - Pistoia 1497), (Rome, église Santa Maria sopra Minerva). Gozzoli commença sa carrière comme collaborateur de Fra Angelico d'abord dans les fresques du couvent de San Marco à Florence et ensuite à Rome pour travailler à la décoration de la chapelle de Nicolas V. Vasari mentionne d'autres travaux de Gozzoli pendant son séjour à Rome, qui ont pour la plupart été détruits ou disparus. Cependant, cet étendard peint sur soie, à présent restauré, existe toujours dans l'église Santa Maria Sopra Minerva, ce qui l'a rendu lisible et a confirmé son attribution. La Vierge apparaît derrière la balustrade de l'élégant tabernacle de forme gothique, regarde avec tendresse le Sauveur, qui n'a pas l'aspect d'un enfant, avec son vêtement solennel, mais il semble un adulte en miniature. L'Enfant représenté comme Sauveur du Monde, tient le globe terrestre dans sa main, sur lequel sont écrits les noms des continents connus à ce moment-là, "ASIA, EVROPIA et AFRICA".
Les fresques de la chapelle Niccolina
Dans la deuxième moitié de l'année 1445, fra Angelico fut convoqué à Rome par le Pape Eugène IV pour entreprendre des fresques au Vatican. Pendant son séjour à Florence, le Pape avait assisté à la consécration de San Marco. Que l'"Adoration des Mages" fut terminée ou non à l'époque de la visite du Pape, Eugène connaissait sûrement le peintre et son oeuvre à Florence. En 1445, Rome, n'est plus la ville dévastée que le Pape Martin V avait trouvé. Les monuments de la ville portaient l'empreinte des artistes du nord et du centre de l'Italie - Masaccio et Masolino à San Clemente et à Santa Maria Maggiore, Gentile da Frabiano et Pisanello à la basilique de Saint Jean de Latran, Donatello et Filarete à Saint Pierre. Cependant le Vatican n'était pas encore le foyer de l'activité des artistes dans la cité papale et l'oeuvre d'Angelico dans le palais représente la première étape d'une campagne de décoration et d'amélioration qui se poursuivra jusqu'au sac de Rome.

Rome, chapelle Niccolina
Eugène IV meurt le 23 février 1447, et son successeur, Nicolas V, est élu le 6 mars. Il n'y a aucun témoignage direct quant à la tâche à laquelle Angelico fut occupé entre 1445 et 1446. En revanche, les documents concernant le travail d'Angelico sur le nouveau Pape sont très explicites: entre le 9 mai et le 1er juin 1447, trois documents concernent des paiements pour la seule oeuvre d'Angelico à Rome qui ait survécu, les fresques de la chapelle de Nicolas V au Vatican. Ces fresques remplissent trois côtés d'une petite pièce, et se composent de trois lunettes représentant six scènes de la vie de Saint Etienne et de trois autres fresques rectangulaires en dessous représentant cinq scènes de la vie de Saint Laurent. Les fresques son bordées sur les murs latéraux par cinq personnages grandeur nature représentant les Pères de l'Eglise, et les quatre Evangélistes ont été représentés sur le plafond.


Saint Etienne prêchant et Saint Etienne s'adressant au Concile, 1447-1449, Guido di Pietro, dit Fra Angelico (Vicchio, Florence vers 1395 - Rome 1455), (Vatican, Chapelle de Nicolas V). Dans la scène de "Saint Etienne prêchant" les personnages sont déployés sur toute la profondeur de l'espace et met en contraste la partie droite de la fresque dans laquelle la scène de "Saint Etienne s'adressant au Concile" a lieu dans une salle basse close par un rideau sur le mur du fond.

L'ordination de saint Etienne et saint Etienne faisant l'aumône, (détail), 1447-1449, Guido di Pietro, dit Fra Angelico, (Vatican, Chapelle de Nicolas V). L'ordination de saint Etienne a un caractère nettement romain. Les ciboires au-dessus de l'autel devant lequel saint Etienne est agenouillé ainsi que la basilique en colonnes représentée en arrière plan sont typiquement romains.


L'Expulsion et la Lapidation de Saint Etienne, 1447-1449, Guido di Pietro, dit Fra Angelico, (Vatican, Chapelle de Nicolas V). Dans les fresques pour la petite chapelle de Nicolas V, le dernier chef d'oeuvre de l'Angelico, le récit atteint un caractère à la fois épique et serein, dans un cadre architectural d'inspiration sobrement antiquisante. Dans "L"Expulsion et la Lapidation de Saint Etienne", la fresque est divisée verticalement au centre par un mur qui a une double fonction en ce qui concerne les deux parties de la scène.

Saint Laurent face à Decius et Martyre de saint Laurent, 1447-1449, Fra Angelico et Benozzo Gozzoli, (Vatican, Chapelle de Nicolas V). Les scènes des vies de Saint Etienne et de Saint Laurent furent peintes par Fra Angelico entre 1447 et 1449. Il y avait parmi ses assistants, Benozzo Gozzoli, dont certains travaux peuvent être identifiés dans ces fresques. L'on attribue communément à Benozzo les parties décoratives du soubassement et des embrassures des fenêtres et, dans les scènes principales, une partie des personnages (par exemple, Decius et les autres spectateurs dans le haut du "Martyre de saint Laurent".
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