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1 : Le retour de la papauté 3 : Alexandre VI Borgia 5 : Michel-Ange et Jules II
2 : Sixte IV della Rovere 4 : Jules II : "Renovatio urbis" 6 : Léon X Médicis
 

 

2 : SIXTE IV DELLA ROVERE

 

Sixte IV (Pape de 1471 à 1484)

La chapelle Sixtine

Le Pérugin, Botticelli, Rosselli et les autres


 

 

Sixte IV (Pape de 1471 à 1484)

Né en Ligurie (1414), Francesco della Rovere, moine franciscain, évêque, cardinal, théologien et administrateur modèle tenta dès son élection de mobiliser l'Europe pour la croisade. Dans l'indifférence générale, il parvint à rassembler une flotte qui s'empara de Smyrne avant de se débander dans la discorde. Il entreprit de restaurer définitivement le trône pontifical, ce qui supposait la promotion immédiate de ses proches dans la haute hiérarchie de l'Eglise. En fait les ambitions de ses neveux Riario faillirent compromettre cette tâche gigantesque. Les rivalités qui déchiraient la Curie et les familles patriciennes de Rome exacerbèrent les soupçons de Etats voisins, prêts à s'accommoder d'un pouvoir pontifical incapable de lancer ou de relever un défi. En effet, il favorisa les enfants de sa soeur mariée à Riario, rivaux des Colonna. Il coupa toutes les affaires avec les banques Médicis et transféra ses avoirs aux Pazzi sans doute sur les conseils de Girolamo Riario qui voulait faire de Florence son propre Etat. En 1478 eut lieu la Conjuration des Pazzi avec le soutien du pape, des Riario et de l'évêque de Pise Francesco Salviati, et l'assassinat de Giuliano de Médicis.

La guerre était inévitable. D'abord avec Naples contre Florence (1478-1479) puis contre Naples, à qui Sixte IV avait promis son soutien le temps de reprendre Ferrare. L'Eglise n'en tira aucun bénéfice. Mais les guerres permirent au pape d'asseoir sa réputation de mécène. Il trouva le temps d'enrichir considérablement la Bibliothèque vaticane et fut le vrai fondateur de sa collection d'antiquités. Non seulement il fit bâtir et partiellement décorer la chapelle Sixtine, mais il fonda les choeurs qui devaient faire la gloire de Rome. Avec des visiteurs ou des résidents comme Leto, Argyropoulos et Filelfo, la Ville Eternelle put enfin rivaliser avec Florence et attirer les humanistes du monde entier. À sa tendresse pour Melozzo da Forli, qu'il chargea de décorer sa bibliothèque, nous devons un portrait de groupe où il figure auprès de ses neveux, les très controversés Raffaele, Giuliano (futur Jules II), Girolamo et Giovanni. Dans ce tableau, son bibliothécaire, Platina, attire notre attention sur une inscription qui vante les efforts de Sixte IV pour rebâtir Rome et en restaurer la gloire passée.

 

Sixte IV nommant Platina préfet de la bibliothèque Vaticane, détails, fresque détachée, 1477, Melozzo degli Ambrosi, dit Melozzo da Forli (Forli 1438 - 1494), (Rome, Pinacothèque Vaticane). Platina, qui désigne ici du doigt une inscription commémorant la contribution de Sixte IV à la rénovation urbaine de Rome, est représenté en habits de courtisan, aux côtés de quelques proches parents du pontife.

 

Saint Jérôme, 1475-1476, Domenico Bigordi, dit Ghirlandaio (Florence 1449 - 1494), (Rome, palais du Vatican). Dans les années 1471-1475, le pape Sixte IV avait fait placer la bibliothèque vaticane au rez-de-chausée de l'aile nord construite par Nicolas V près de la cour du Perroquet. Dans ses registres de comptes, Platina, responsable de la bibliothèque, a noté les noms de Domenico et David Ghirlandaio, comme devant s'occuper de la décoration picturale. Dans les lunettes apparaissent douze figures à mi-corps de philosophes antiques et de Pères de l'Eglise médiévale, qui semblent regarder, depuis leur position surélevée, les savants travaillant dans la bibliothèque. Sixte IV appelera Ghirlandaio une seconde fois à Rome, pour peindre à fresque la chapelle du palais pontifical.

 

Les Tentations de Jésus, détail, 1481-1482, Sandro Botticelli et atelier (Rome, Vatican, chapelle Sixtine). Dans cette scène, des nombreux portraits de prélats et de familiers du pontife composent l'assistance; les chênes (rovere en italien) dans le paysage et les feuilles dans la cape du jeune homme font allusion à la famille de Sixte IV.

 

Les Tentations de Jésus, détails, 1481-1482, Sandro Botticelli et atelier (Rome, Vatican, chapelle Sixtine). La scène souligne le lien entre le décor et le pontife qui l'a commandé : y apparaissent en effet quelques membres de la cour papale, et l'édifice au second plan n'est autre que l'hôpital di Santo Spirito, institution de bienfaisance fondée par Sixte IV lui-même à l'intention des malades et des pèlerins. Le travail de la Sixtine permit à Botticelli de prendre conscience de l'importance de l'architecture romaine antique, à laquelle il aura recours à partir de cette date, chaque fois que les exigences iconographiques de ses peintures demanderont un contexte d'imposante solennité.

 

L'Annonciation, 1485, Antonio Aquili, dit Antoniazzo Romano (Rome, activité documentée de 1461 à 1508), (Rome, église Santa Maria sopra Minerva). Lié, à ses débuts, à la manière de l'Angelico et de Benozzo Gozzoli, Antoniazzo participa, de 1475 à 1481, à la décoration de la bibliothèque Vaticane. Les influences reçues de ses maîtres, il les traduisit en une version particulièrement archaïsante, qui se diffusa largement dans le Latium. Cette fresque fut exécutée pour la chapelle de l'Annonciation de Santa Maria sopra Minerva, et commissionnée par le cardinal Juan de Torquemada dont on peut le voir dans la peinture présentant les trois jeunes filles à la Vierge.

 

La chapelle Sixtine

La Chapelle Sixtine prend son nom du Pape Sixte IV della Rovere qui fit restaurer l'ancienne Cappella Magna entre 1477 et 1480; Jules II della Rovere, neveu de Sixte IV, décida de modifier en partie la décoration. En 1508, il confia les travaux à Michel-Ange Buonarroti qui executa la voûte et les lunettes en haut des murs. Dans l'esprit de Sixte IV, la culture antique n'était pas un modèle adapté à la société chrétienne. À l'exemple de ses prédécesseurs des XIIe et XIIIe siècles, Sixte IV donna une splendeur nouvelle à l'art de la Rome paléochrétienne, en faisant restaurer de nombreuses églises de cette époque. C'est ce même style qui fut promu dans la structure architecturale et dans la décoration de sa plus importante réalisation, la chapelle Sixtine. À l'intérieur, les murs furent décorés de fresques figurant, au-dessus de tentures en trompe-l'oeil, des scènes tirées de la vie de Moïse et de celle du Christ. La partie supérieure était ornée de représentations des trente premiers papes, reproduisant en cela le schéma décoratif des basiliques paléochrétiennes. Le thème central de programme iconographique de la Sixtine est celui de la papauté des origines, comme on le voit dans la "Remise des clés" du Pérugin. Les arcs de triomphe de l'arrière-plan font délibérément allusion, par leur richesse décorative, à la culture de la Rome antique.

 

La chapelle Sixtine vue de l'extérieur

Deux documents seulement nous renseignent sur l'exécution des peintures qui décorent les parois de la Sixtine. Le premier est un contrat daté du 27 octobre 1481, signé entre, d'une part, le maître d'oeuvre, Giovanni de'Dolci et, d'autre part, Sandro Botticelli, Pérugin, Domenico Ghirlandaio et Cosimo Rosselli. Le second est une expertise du 17 janvier 1482, où il est question de la rémunération qu'ils ont reçue pour leur travail. Le contrat établit notamment que les peintres doivent achever dix fresques avant le 15 mars 1482, avec l'aide de leurs ateliers respectifs. L'entreprise fut donc menée collectivement, sans que la délimitation des tâches soit très clairement définie. Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio et Rosselli supervisent l'exécution des deux cycles consacrés à Moïse et au Christ. Mais ils laissent à leurs collaborateurs beaucoup de liberté. C'est ainsi que Ghirlandaio confia entièrement à Biagio d'Antonio, qui avait déjà travaillé à Florence avec lui et avec les trois autres peintres, "Le Passage de la mer Rouge".

 

La Remise des clés à saint Pierre, détails, 1481-1482, le Pérugin (Citta della Pieve, Pérouse 1445/50 - Fontignano, Pérouse 1523), (Rome, Vatican, chapelle Sixtine). Cette fresque considérée comme le chef-d'oeuvre du Pérugin est une des plus belles réalisations de la Chapelle Sixtine.

 

La scène représente l'épisode de la remise des "clefs du Royaume des Cieux" à saint Pierre, agenouillé aux pieds du Christ. Derrière se dresse la masse imposante du Temple de Jérusalem, représenté avec une architecture renaissance, par une construction octogonale en coupole, flanquée de part et d'autre de deux arcs de triomphe rappelant ceux de Constantin à Rome. Au deuxième plan, deux autres épisodes évangéliques: le paiement de taxes et la tentative de lapidation du Christ. Le personnage à la chevelure fournie coiffé d'un béret noir serait un autoportrait du Pérugin.

 

Le Pérugin, Botticelli, Rosselli et les autres

Le programme décoratif de la chapelle Sixtine vise à glorifier l'Eglise institué par le Christ et comporte deux cycles parallèles: l'un sur la vie de Jésus et l'autre sur celle de Moïse considéré comme le précurseur du Christ. À l’origine, les Histories du Christ comprenaient huit panneaux surmontés d'une frise portant leurs titres. Elles commençaient par la Nativité exécutée par le Pérugin sur le mur de l'autel, mais l'oeuvre fut détruite pour faire place au "Jugement Dernier" de Michel-Ange. La paroi Sud de la chapelle est consacrée aux épisodes de la vie de Moïse: "La Circoncision du fils de Moïse", Pérugin et atelier; "Les Epreuves de Moïse", Sandro Botticelli et atelier; "Le Passage de la mer Rouge", Cosimo Rosselli et atelier; "Le Châtiment de Coré, Datan et Abiram", Sandro Botticelli et atelier; "Les Derniers Actes de Moïse", Luca Signorelli, Bartolomeo della Gatta et probablement Sandro Botticelli.

 

Chapelle Sixtine, paroi Nord

Aux six scènes de l'Ancien Testament correspondent celles du Nouveau Testament sur la paroi Nord: "Le Baptême de Jésus", Pérugin et atelier; "La Tentation de Jésus", Sandro Botticelli et atelier; "La Vocation des apôtres", Domenico Ghirlandaio, David Ghirlandaio et atelier; "Le Sermon sur la montagne", Cosimo Rosselli et atelier; "La Remise des clés à saint Pierre", Pérugin et atelier; "La Cène", Cosimo Rosselli, Biagio d'Antonio et atelier. À chaque panneau des histoires correspond une tenture en trompe l'oeil, située au-dessous avec les entreprises de Sixte IV. Des baies en plein cintre flanquées de niches en trompe l'oeil abritent la série des "Papes". La voûte, accueillant aujourd'hui les fresques de Michel-Ange, était peinte d'un ciel étoilé réalisé par Pier Matteo d'Amelia.

 

Les Epreuves de Moïse, détails, 1481-1482, Botticelli et atelier (Rome, Vatican, chapelle Sixtine). On reconnaît la figure de Moïse à sa tunique jaune et à son manteau vert, disposé sur plusieurs plans: Moïse tue l'Egyptien qui tourmentait un jeune Hébreu; au centre, après avoir chassé les bergers qui avaient agressé les filles de Jéthro, il puisse de l'eau pour elles; en haut, à gauche, il retire ses sandales (Botticelli s'inspire ici de la pose d'une statue antique célèbre: le "Tireur d'Epine" copie romaine d'un original hellénistique, parvenue au palais du Capitole en 1471) et s'agenouille devant le buisson ardent. Cette narration harmonieuse est ponctuée de portraits et de belles figures féminines, notamment les filles de Jéthro, proches des trois Grâces de l'"Allégorie du Printemps".

 

Les Derniers Actes de Moïse, 1481-1482, détail, Luca Signorelli, Bartolomeo della Gatta et probablement Sandro Botticelli, (Rome, Vatican, chapelle Sixtine). Cette dernière fresque a pour sujet le Testament et la mort de Moïse après être arrivé en vue de la Terre Promise. Le nom de Luca n'apparaît pas parmi le groupe de peintres de Toscane et Ombrie (Pérugin, Botticelli, Ghirlandaio et Cosimo Rosselli) qui en octobre 1481 signèrent le contrat pour la décoration des murs latéraux de la célèbre chapelle. Mais Vasari est absolument sûr de sa participation et indique que Signorelli fut appelé par le pape pour le mettre en concurrence avec le travail des autres peintres. En tout cas, sa main est évidente dans beaucoup de détails de l'énorme scène. Parmi les nombreuses figures qui peuplent la scène, il y en a dont les descriptions anatomiques pleines d'énergie, donnent des émotions puissantes: par exemple l'homme avec son bâton se penchant contre le trône de Moïse. La main de Luca Signorelli semble tout à fait évidente dans ce détail, et dans beaucoup d'autres.

 

La Cène, détails, 1481-1482, Cosimo Rosselli, Biagio d'Antonio et atelier, ( Rome, Vatican, chapelle Sixtine). Cette fresque appartient au cycle sur la vie du Christ et elle est située dans le sixième compartiment sur la paroi Nord de la chapelle Sixtine. Le calice mis en valeur se tenant sur la table devant le Christ souligne le sacrement de l'Eucharistie et le symbole de l'engagement entre Dieu et l'humanité. Dans le fond de la scène s'ouvrent trois fenêtres avec trois représentations de la Passion: la "Prière au jardin des oliviers"; la "Arrestation du Christ" et la "Crucifixion". Ce travail serait l'oeuvre de Biagio d'Antonio Tucci, peintre florentin qui aurait collaboré avec Rosselli dans l'exécution de "La Cène".

 

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