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1 : Le retour de la papauté 3 : Alexandre VI Borgia 5 : Michel-Ange et Jules II
2 : Sixte IV della Rovere 4 : Jules II : "Renovatio urbis" 6 : Léon X Médicis
 

 

3 : ALEXANDRE VI BORGIA

 

Alexandre VI Borgia

Le Pinturicchio à Rome

Bramante et le cardinal Carafa

Michel-Ange, premiers pas à Rome


 

 

Alexandre VI Borgia (1492 - 1503)

La carrière de Rodrigo Borgia (né vers 1431), fut d'abord favorisée par son oncle le pape Calixte III. Il devint rapidement cardinal (1456), archevêque de Valence (1458) et vice-chancelier de l'Eglise (1457). Il conserva cette charge, la plus haute de l'administration pontificale, sans renoncer à aucun de ses bénéfices, jusqu'à son élection. Sensualité et ambition n'étaient pas étrangères à la Curie, mais ce noble aragonais en fit à ce point étalage qu'elles lui valurent un sérieux discrédit. Ses défenseurs soulignent aujourd'hui ses qualités : sens de l'administration, énergie, rectitude doctrinale, pratique dévotionnelle, frugalité personnelle, promotion des études savantes (il apporta son soutien à l'université de Rome). En raison de son hostilité à Ferrante de Naples, Alexandre VI ne découragea pas Charles VIII de France d'envahir l'Italie, mais il ne lui accorda pas d'investiture officielle et il forma, en 1495, une ligue contre lui. Signe de l'autorité suprême de la chrétienté, c'est à lui que revint le privilège de délimiter les zones d'influence espagnole et portugaise dans le Nouveau Monde.

 

Fresque avec des armoiries, sales Borgia, Vatican

Sa famille venait au premier rang de ses préoccupations. Il favorisa la carrière de sa progéniture (il eut quatre enfants de Vanozza Catanei, sa maîtresse de 1474 à 1481). Son fils aîné, Giovanni, duc de Gandia, s'illustra dans le domaine militaire en politique. Par la suite se fut César qui, après avoir renoncé au cardinalat en 1498, joua le rôle de chef, en épousant une Française et en s'assurant de solides soutiens militaires. Le premier mariage de sa fille Lucrèce avec Giovanni Sforza de Pesaro fut annulé par le Pape. Quant à son second époux, Alfonso, duc de Bisceglie, il fut assassiné en mai 1500, probablement à l'instigation de César. Le rôle joué par César à partir de 1498 ne peut avoir à lui seul déterminé la mauvaise réputation d'Alexandre VI; des cardinaux, inquiets, avaient déjà fui Rome, et une expédition punitive avait visé, sans grand succès, les barons Orsini (1496-1407). Alexandre ne fut ni l'incestueux avec sa fille, la controversée Lucrezia, ni le meurtrier que décrit la légende mais il aimait les plaisirs de la chair et eut plusieurs enfants après son accession au pontificat. On lui doit la transformation des ruelles de Rome et il confia la décoration de ses appartements du Vatican au Pinturicchio, qui illustra non seulement sa piété mais aussi son intérêt pour l'astrologie et la mythologie du taureau, emblème de sa famille.

 

Le Retable de saint Pierre, 1506-1509, Titien, (Anvers, Musées royaux). Ce tableau célèbre la victoire navale remportée par Jacopo Pesaro sur les Turcs, en 1502. Le donateur présenté par le pape Alexandre VI, s'agenouille devant son protecteur, saint Pierre. Le portrait du pape Alexandre VI, Rodrigo Borgia,  rappelle la technique de Gentile Bellini, avec ce profil marqué d'un trait graphique précis. Un bas-relief classique, orné d'une scène de sacrifice, sert de piédestal au trône de saint Pierre, pour souligner la suprématie de la foi chrétienne sur les païens. Il se rattache ainsi à la signification d'ensemble d'une célébration de victoire sur les "infidèles". Jacopo Pesaro, avec ses traits modelés par le clair-obscur, brandit l'étendard de la bataille frappé aux armes de la famille ; sur le fond, les navires alignés rappellent la victoire navale de 1502.

 

domus

Domus Aurea (maison de Néron), fresques, Rome. Sixte IV se préoccupa surtout de préserver les monuments de la Rome paléochrétienne. Vers la fin du siècle toutefois, un intérêt plus particulier pour les antiquités commença à se faire jour, ce qui donna une impulsion à de véritables recherches archéologiques. L'émouvante découverte du palais de Néron, la Domus Aurea, vers 1490, avec sa décoration de peintures encore visible, offrit aux artistes du temps un vocabulaire nouveau d'éléments décoratifs d'inspiration antique.

 

Allegorie de l'Astrologie, fresque, 1492-1494, Bernardino di Betto, dit le Pinturicchio, (Rome, Vatican, palais Pontifical, appartements Borgia) .

 

Le Pinturicchio à Rome

Bernardino di Betto, dit il Pinturicchio, né à Pérouse en 1454 et mort à Sienne en 1513, avait suivit le Pérugin chargé de la décoration de la chapelle Sixtine, et gagna l'estime de la Curie. A Rome en particulier, il décora le palais della Rovere, dit des Penitenciers, et travailla dans l'église de l'Aracoeli (chapelle Buffalini); pour le cardinal Carafa à Santa Maria Sopra Minerva (chapelle Carafa) et à Santa Maria del Popolo dans diverses chapelles. Mais l'oeuvre la plus prenante de la période romaine, sont les peintures pour le Pape Alexandre VI Borgia qui ont été exécutées entre 1492 et 1494, d'un complexe programme iconographique, sont basées sur des thèmes des encyclopèdies médiévales, ajoutant une couche eschatologique célébrant l'origine prétendu divin des Borgia. Pour cette vaste entreprise, réalisée en un temps relativement court, le peintre a eut recours à un certain nombre de collaborateurs, bien que le programme et le modèle global doivent avoir été la responsabilité de Pinturicchio. Fidèle au style du XVe siècle, il refusa les multiples innovations artistiques des années 1500. D'où l'hostilité de Vasari qui attribue à son éphémère assistant Raphaël, les cartons de sa grand dernière réalisation, la Libreria Piccolimini de Sienne, dont le contrat fut signé en 1502. Il revint à Rome en 1507 décorer pour Jules II, le choeur de Santa Maria del Popolo, avant de regagner Sienne où il travailla jusqu'à sa mort.

 

Mort de saint Bernardin, fresque, 1487-1489, Bernardino di Betto, dit le Pinturicchio (Pérouse 1454 - Sienne), (Rome, Santa Maria Aracoeli, chapelle Bufalini). Les fresques de la chapelle Bufalini méritent une attention spéciale parce qu'ils sont caractéristiques de la peinture du Pinturicchio avec un haut degré d'accomplissement. Il traite ici une nouvelle iconographie, la vie de saint Bernardin. La scène de la mort du saint est représentée sur une place de forme irrégulière, entourée d'édifices d'une architecture contemporaine et élégante, qui rappellent la fresque du Pérugin le "Christ remettant les clés à saint Pierre" dans la chapelle Sixtine. L'agencement des figures semble presque accidentel, avec de petites scènes dispersées partout qui offrent un amusement visuel, traitées avec une efficacité particulière.

 

Triomphe de saint Thomas d'Aquin sur les Hérétiques, 1489-1491, fresque, Fiippino Lippi, (Rome, Santa Maria sopra Minerva). Cette fresque a été peinte par Lippi aidé de son assistant Raffaellino del Garbo. La scène a été inspirée par le livre de saint Thomas d'Aquin le "Compendium contra Gentiles". Elle est située dans un cadre architectural très raffiné, avec au centre une construction inspirée d'un monument funéraire antique. Au fond, on aperçoit des vues de la basilique saint Jean de Latran avec le monument équestre à Marc Aurélien, (aujourd'hui sur la colline du Capitole) et une vue du Tibre. Ceci peut faire référence à la guerre du cardinal Carafa contre les Ottomans, parce qu'il était parti du Tibre pour combattre les Turcs et quand il est revenu à Rome, en janvier 1473 il est rentré par la Porta San Giovanni. Dans la fresque, Thomas d'Aquin est entouré par quatre figures de femme représentant la philosophie, l'astronomie, la théologie et la grammaire. Au premier plan en bas sont représentés les hérétiques vaincus, avec devant eux, les livres abandonnés par terre.

 

L'arithmétique, 1492-1494, fresque, Pinturicchio (Rome, Vatican, palais Pontifical, appartements Borgia). La description de l'arithmétique, une des arts libéraux, figure dans la sale dédiée au thème des sept Arts Libéraux, dans les appartements Borgia.

 

Le prophète Hosea et la Sibylle Delphique, fresque,1492-1494, Pinturicchio (Rome, Vatican, palais Pontifical, appartements Borgia). Les figures sont entourées de phylactères avec des inscriptions en latin.

 

Bramante et le cardinal Carafa

Donato Bramante né en 1444 près d'Urbino et mort à Rome en 1514, fondateur incontesté de l'architecture romaine de la Haute Renaissance, se forma aux techniques du trompe l'oeil élaborées par Andrea Mantegna. C'est à Milan, à la cour de Ludovic le More qu'il se tourna vers l'architecture; à travers de Léonard de Vinci, qui s'y trouvait, il connut les réalisations et les expérimentations de Brunelleschi (la tribune de Santa Maria delle Grazie évoque, sous ses proportions colossales, l'Ancienne Sacristie de Brunelleschi à San Lorenzo de Florence) dans le domaine des églises à plan central, ainsi que ses souvenirs d'Urbin et sa fréquentation des églises construites par Alberti à Mantoue. L'intérêt croissant de Bramante pour le langage de ordres architecturaux, évident dans les cloîtres fut accentué à Rome et son contact direct avec l'Antiquité.

Le richissime cardinal napolitain Oliveiro Carafa qu'avait chargé en son temps Filippino Lippi de décorer la chapelle familiale des Carafa à l'église Santa Maria sopra Minerva de Rome, prit sous sa protection l'architecte Bramante, qui arrivait de Milan en 1499 à la chute de Ludovico le More. Il s'agit là d'un tournant fondamental dans l'évolution de l'architecture romaine, qui fit plus résolument référence à l'Antiquité classique. Le nom de Carafa figure en bonne place dans l'inscription de style antique du cloître de Santa Maria della Pace. Le Tempietto circulaire de San Pietro in Montorio (1502), premier édifice à réutilizer le dorique pur. Sous le pontificat de Jules II, Rome connut de profondes transformations. En 1506 fut posée la première pierre de la nouvelle basilique Saint-Pierre. Du plan à croix grecque de Bramante, seule la partie centrale fut construite ; mais les conceptions de l'architecte eurent une influence déterminante sur l'évolution de l'édifice et de nombreuses autres églises italiennes.

 

Santa Maria della Pace, cloître, 1500-1504, Donato di Pascuccio di Antonio, dit Bramante (Monte Asdruvaldo, près de Fermignano 1444 - Rome 1514), (Rome, Santa Maria della Pace). Tirant son inspiration du Colisée, Bramante combine ici, dans le même édifice, les quatre ordres romains. Cette innovation de la plus haute importance contient les prémices de ce goût pour l'ornement qui marquera la maturité de la Renaissance. C'est à Rome que Bramante mit au point ses théories innovatrices sur l'utilisation des ordres antiques, théories qui trouvèrent à s'exprimer librement sous Jules II.

 

Assomption et Annonciation, détail, fresque, 1489-1491, Filippino Lippi (Rome, Santa Maria sopra Minerva, chapelle Carafa). Comme bien d'autres mécènes romains, le cardinal Carafa, lui aussi, voulut un artiste florentin pour la décoration de sa chapelle privée. Laurent de Médicis lui conseilla de faire appel à Filippino Lippi, lequel accepta, interrompant l'exécution de fresques de la chapelle Strozzi, en l'église Santa Maria Novella de Florence, Lippi a commencé la décoration de la chapelle Carafa en 1489, consacrée à la Vierge et à saint Thomas d'Aquin. En 1472 Carafa avait commandé la flotte papale dans la bataille contre les Turcs. La décoration a trois thèmes principaux: Carafa comme prince de l'église; Carafa comme protecteur de l'ordre des Dominicains (il prétendait être un descendant de la famille de saint Domingue), et une célébration de ses qualités. Sur la voûte figurent les emblèmes des Médicis et des Carafa, symbolisant les liens étroits entre les deux familles.

 

Tempietto de San Pietro in Montorio, 1502, Bramante, (Rome). Ce temple commencé en 1502 mais terminé seulement vers la fin des années 1510, se trouve dans l'endroit exact ou saint Pierre suivit son martyre. Il fut conçu comme partie centrale d'une vaste cour entourée d'une colonnade qui aurait fait écho à celle du temple et en aurait amplifié le rythme circulaire. Les différents éléments architecturaux comme les colonnes, l'entablure et la voûte reconnaissent une dette aux structures classiques et représentent un nouveau type d'édifice d'architecture chrétienne.

 

Michel-Ange, premiers pas à Rome

Michel-Ange avait fait son apprentissage dans les jardins de San Marco où Laurent de Médicis, dans un climat grandissant de collectionnisme d'objets antiques, avide mais de plus en plus raffiné aussi, le Magnifique avait commencé à rassembler, au début des années 1470, divers fragments et antiquailles. Le jardin était ouvert aux visiteurs, mais aussi à l'étude et au travail de jeunes artistes prometteurs. Cet apprentissage avait été décisif pour Michel-Ange, faisant naître en lui une vocation qui s'était affirmée au contact immédiat de l'antique. De cette époque datent plusieurs oeuvres de Michel-Ange : la copie perdue d'une antique "Tête de faune", qui l'avait fait remarquer; "la Vierge à l'escalier", qui est un hommage à Donatello; "le Combat des Lapithes et des Centaures", oeuvre annonciatrice de solutions à venir. Après la mort de Laurent et la chuté des Médicis, en 1494 Michel-Ange passe une année à Bologne où il travaille à l'importante commande d'un "Ange-candélabre", d'un "Saint Pétrone" et d'un "Saint Proclus" pour l'église San Domenico.

Peu après, âgé de vingt ans à peine, Michel-Ange est actif à Rome et il vient d'achever une oeuvre perdue, son "Cupidon", vendu frauduleusement comme une pièce antique sur un marché romain fréquenté par des collectionneurs à la recherche de vestiges rares provenant de fouilles. Acheté comme tel par le cardinal Riario, qui s'en débarrassa une fois mis au courant, le "faux" devint la propriété de César Borgia, lequel le donna à Isabelle d'Este. Le cardinal n'en favorisa pas moins la carrière de son auteur en lui passant commande du "Bacchus et le jeune satyre" (1496-1497), aujourd'hui conservé au Bargello de Florence, qui alla rejoindre peu après la célèbre collection d'objets antiques du banquier Jacopo Galli. Celui-ci se portera garant de la commande suivante, celle de la "Pietà, faite à Michel-Ange. Avec le "Bacchus", Michel-Ange s'impose avec la force d'appropriation, d’une reformulation conceptuelle et formelle du thème, qui était apparue dans les premières oeuvres florentines de son auteur. Quelques années seulement après, cette force s'exprimera de nouveau avec beaucoup d'intensité dans la "Pietà" de Saint-Pierre.

 

     
 

La Pietà, 1497-1499, Michelangelo Bounarroti, dit Michel-Ange (Caprese 1475 - Rome 1564), (Rome, basilique Saint-Pierre). La pureté des formes et la pénétration psychologique de cette oeuvre, qui appartient à la première période de la longue carrière de Michel-Ange, en ont fait l'une des images les plus connues de l'art de tous les temps. "Michel-Ange fut si passionné par son travail que - ce qu'il n'a jamais fait dans aucune autre de ses oeuvres - il grava son nom sur la ceinture qui enveloppe la robe de la Madone. La raison en fut qu'un jour en entrant dans le local où on l'avait mise, il y trouva une foule d'étrangers, des Lombards qui en faisaient grand éloge; l'un d'eux demanda à un autre qui l'avait faite et la réponse fut : "Notre Bossu de Milan". Michel-Ange ne dit rien, mais trouva singulier qu'on attribuât son ouvrage à un autre. Une nuit, il se laissa enfermer avec une petite lampe et les ciseaux qu'il avait apportés et y sculpta son nom"; Vasari, Vies.

 

Bacchus, 1496-1497, Michel-Ange, (Florence, Museo Nationale du Bargello). Ce jeune dieu ivre, à la chair un peu molle et à l'équilibre instable, qui se traîne derrière sa peau de tigre, avec à ses côtés le personnage avide et souriant du petit satyre au visage entouré de grappes de raisin, va au-delà d'une confrontation orgueilleuse, en matière de raffinement technique, avec les modèles de l'Antiquité.

 

 

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