Patrick Caulfield et le pop art anglais

Caulfield : Les lignes noires

Se décrivant lui-même comme un « artiste formel », Patrick Caulfield (1936-2005) s’est forgé une réputation grâce à une série d’œuvres surprenantes, rendues par des formes simplifiées. Mais derrière la préférence de l’artiste pour les lignes épurées et les vastes aplats de couleur pure se cachait une dimension faussement ambiguë et énigmatique. En plus de ses nombreuses œuvres s’inspirant de l’histoire et des traditions de l’art européen, Caulfield s’est également fait connaître pour une série d’intérieurs publics vides qui ont apporté une touche romantique et élégiaque à son répertoire. Bien qu’il soit difficile de se méprendre sur une œuvre de Caulfield, sa timidité et sa réticence générale à s’engager dans les aspects commerciaux du monde de l’art l’ont peut-être empêché d’atteindre les sommets vertigineux de la renommée dont jouissaient certains de ses contemporains.

Café Interior: Afternoon, 1973, Patrick Caulfield
Café Interior: Afternoon, 1973, Patrick Caulfield, Collection privée.

Les premières œuvres de Caulfield se distinguent par leurs lignes noires épaisses qui encadrent ses champs lumineux de peinture brillante (sur panneau). Ses tableaux, qui jouent souvent avec la perspective traditionnelle, ne comportent que rarement des figures humaines, bien qu’ils suggèrent régulièrement une présence humaine « hors champ ». Son art de cette période a été comparé à celui de Roy Lichtenstein, icône du Pop Art américain.

« Oh Helen, I roam my room », 1973, Patrick Caulfield
« Oh Helen, I roam my room », 1973,
Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Contrairement à ses amis et collègues associés à l’essor du mouvement pop art britannique, Caulfield évitait l’imagerie commerciale et se tournait plutôt vers des genres artistiques traditionnels tels que les paysages, les natures mortes et les intérieurs domestiques. Il est vrai que, comme les artistes pop, il s’intéressait à l’idée d’appropriation. Mais plutôt que des objets et des icônes issus de la culture de consommation, l’art de Caulfield s’inspirait davantage de maîtres européens tels que Juan Gris, Eugène Delacroix, Francisco de Zurbaran et Pablo Picasso.

Coulored Stil Life, 1967, Patrick Caulfield
Coulored Stil Life, 1967, Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Parmi les œuvres les plus emblématiques de Caulfield figurent ses intérieurs de restaurants ou des espaces vides et immobiles rendus par un trait simplifié et dominées par des couleurs saturées, qui dégagent une atmosphère mélancolique, invitant le spectateur à s’interroger sur les interactions humaines qui ont eu lieu auparavant (ou qui sont encore à venir).

Patrick Caulfield, Sun Lounge, 1975 ; Springtime : Face à la mer, 1974
Sun Lounge, 1975; Springtime : Face à la mer, 1974, Patrick Caulfield, Collection privée.

Caulfield a déclaré à propos de son art : « J’essaie de ne pas trop surpeindre, car j’aime la surface plane. J’aime l’idée que les choses soient réalisées de la manière la plus minimaliste possible, sans que l’on ne cesse d’ajouter des éléments ».

Enfance et formation initiale

Patrick Caulfield est né en 1936 de parents issus de la classe ouvrière dans la banlieue londonienne de South Acton (un quartier qu’il surnommera plus tard « Bagwash City », car plusieurs habitants y tenaient des blanchisseries de fortune dans leurs garages). Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Patrick et son frère aîné, John, déménagèrent avec leurs parents dans leur ville natale de Bolton, dans le nord de l’Angleterre. À l’approche de la fin de la guerre, les Caulfield sont retournés à Londres où Patrick a fréquenté l’Acton Central Secondary Modern School. Il a quitté l’école à l’âge de 15 ans, ses parents étant dans l’incapacité de financer ses études. Âgé de 17 ans, Caulfield s’engagea dans la Royal Air Force (RAF) où il passa trois ans. Stationné à Northwood, au nord de Londres, suivit pendant cette période, des cours du soir de dessin à la Harrow School of Art. En 1956, il a été admis à la Chelsea School of Art, où il a étudié le graphisme avant de rejoindre le département des beaux-arts. À Chelsea, il s’est essayé à différents styles, allant d’œuvres inspirées du style naïf d’Henri Rousseau et de peintures schématiques et stylisées d’immeubles d’habitation, jusqu’aux tendances abstraites lancées par le mouvement français du tachisme.

Patrick Caulfield, portrait, 1965, Collection privée.

Pendant ses études à Chelsea, Caulfield a eu pour professeur Lawrence Gowing qui a beaucoup soutenu Caulfield, l’encourageant à poursuivre ses études au Royal College of Art (RCA). Avant d’intégrer le RCA, Caulfield a voyagé à l’étranger pour la première fois. Il a pris le train pour la Grèce avec sept camarades, parmi lesquels la peintre Pauline Boty, et est rentré chez lui en faisant du stop jusqu’à Londres, en passant par l’Italie et la France. Au cours de son voyage, il a collectionné des cartes postales des fresques minoennes en Crète. Il admirait ces fresques pour leur simplicité et leur qualité décorative, mais lorsqu’il arriva en Crète, Caulfield remarqua quelque chose de différent : les lignes noires sur les reproductions des cartes postales avaient en fait été ajoutées par l’imprimeur. Néanmoins, ces cartes postales laissèrent une forte impression sur Caulfield : « ces cartes m’ont frappé par leur aspect très amusant et leur imagerie assez forte. J’ai donc pensé à utiliser des lignes autour de mes propres œuvres ».

Vases of Flowers, 1962, Patrick Caulfield
Vases of Flowers, 1962, Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Lorsqu’il commença officiellement ses études au Royal College of Art à l’automne 1960, Caulfield rejoignit des artistes tels que David Hockney, Derek Boshier et R. B. Kitaj, qui faisaient partie d’une promotion d’étudiants d’un an ses aînés. Alors qu’il était encore à la RCA, Caulfield participa à l’exposition « Young Contemporaries », une vitrine annuelle des œuvres des étudiants présentée dans les galeries de la Royal Society of British Artists (RBA). Ce fut une occasion rare pour de jeunes artistes comme Caulfield, dont les œuvres furent présentées lors des expositions de 1961 à 1963. Après avoir terminé ses études en 1963, Gowing proposa à Caulfield un poste d’enseignant à temps partiel au département de peinture de la Chelsea School of Art (son ancienne école). Parmi le personnel figuraient les artistes Mick Moon et John Hoyland. Le trio allait devenir des amis pour la vie.

Période de maturité

À partir de 1963, l’art de Caulfield reflétait son intérêt pour les thèmes romantiques et exotiques, pour lesquels il puisait souvent son inspiration chez le grand peintre romantique français Eugène Delacroix. Les ruines délabrées en arrière-plan du tableau La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi (1828), par exemple, devinrent le sujet de l’estampe View of the Ruins (1964), tandis que des objets exotiques tirés de l’œuvre du peintre français, tels que des poignards moghols et des poteries turques, furent repris par Caulfield dans des natures mortes, notamment Still Life with Dagger (1963) et Still Life with Necklace (1964).

Still Life with Dagger, 1963, Patrick Caulfield
Still Life with Dagger, 1963, Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Le tableau de Delacroix, qui imaginait une scène de dévastation à la suite d’une attaque ottomane ayant ravagé la ville grecque, a été réduit par Caulfield à un style aux contours nets, composé de formes aux couleurs plates et de lignes noires, ce qui donnait à l’image l’apparence d’une affiche. Caulfield n’a jamais vu le tableau original et n’a travaillé qu’à partir d’une photographie en noir et blanc ; ainsi, l’œuvre qui en résulte nie non seulement la dextérité de Delacroix au pinceau, mais tempère également son utilisation de la couleur, réputée pour sa sophistication.

La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi, Patrick Caulfield
La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi, Patrick Caulfield, 1963, Londres, Tate.

Un exemple rare de portrait réalisé par Caulfield est le Portrait de Juan Gris de 1963. Il rend hommage au cubiste espagnol que Caulfield admirait beaucoup et qui a eu une influence majeure sur ses débuts en tant que peintre. Le portrait est basé sur une photographie de Gris prise par Man Ray, tandis que Caulfield a demandé à un ami de poser en costume trois pièces pour l’aider à obtenir l’effet d’un gentleman (loin de l’image clichée de l’artiste bohème de Montmartre). Les contrastes de couleurs des lignes autour du personnage apportent une touche d’humour à l’œuvre, car ils jouent sur le nom « Gris », qui signifie « gris » en espagnol et en français. Il s’agit de l’un des premiers cas où Caulfield a adopté le contour noir comme moyen de délimiter la forme et sa position spatiale implicite.

Portrait de Juan Gris, 1963, Patrick Caulfield
Portrait de Juan Gris, 1963, Patrick Caulfield, Collection privée.

En 1964, la participation de Caulfield à l’exposition « New Generation » à la Whitechapel Gallery, où il exposait aux côtés d’artistes tels que David Hockney, Derek Boshier et Patrick Procktor, lui valut une attention considérable, notamment de la part du marchand d’art londonien Robert Fraser, qui le prit sous son aile et organisa sa première exposition personnelle en 1965. Il présenta le tableau Pony et fut associé au mouvement du Pop Art britannique. Caulfield réfuta ce lien et se considérait comme un artiste ancré dans la tradition moderniste européenne des débuts, et comme l’héritier d’artistes comme Juan Gris et Fernand Léger. Ici, Caulfield s’inspire de la tradition britannique de la peinture équestre, en particulier de l’œuvre du peintre du XVIIIe siècle Georges Stubbs, tandis que la pose immobile de l’animal rappelle la tradition de l’art de l’Égypte antique. Pony a également été peint à l’aide de matériaux et de techniques traditionnels, ce qui témoigne de la volonté de l’artiste de rester fidèle à la tradition européenne.

Pony, 1964, Patrick Caulfield
Pony, 1964, Patrick Caulfield, Collection privée.

Le tableau dans le tableau

Dès le début des années 1970, Patrick Caulfield peignait presque exclusivement à la peinture acrylique sur toile. Il planifiait soigneusement à l’avance ses peintures d’intérieurs, caractérisées par des lignes noires sur des fonds de couleur unie. Le tableau After Lunch marque une nouvelle étape dans l’œuvre de Caulfield, où il mélange plusieurs styles picturaux au sein d’une même œuvre, créant ainsi un « tableau dans le tableau ». Il combine une représentation hyperréaliste d’un château suisse au bord d’un lac et un intérieur de restaurant rendu dans le style d’un dessin technique.

Le tableau représente un service après le déjeuner avec, à l’arrière-plan, la silhouette solitaire du maître d’hôtel vêtu de son uniforme (y compris un nœud papillon noir). La silhouette du maître d’hôtel s’inspire d’un des amis de l’artiste, tandis que l’objet inhabituel en forme d’étrier suspendu au plafond a été copié d’une photographie que Caulfield avait découverte dans un magazine de design. Les références délibérées aux stéréotypes suisses – le caquelon à fondue, l’intérieur en bois, l’image du château – suggèrent que le restaurant, en réalité, ne se trouve peut-être pas en Suisse.

After Lunch, 1975, Patrick Caulfield
After Lunch, 1975, Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Dans le tableau, un rayon de lumière illumine une pièce marquée par une nuance de bleu plus pâle. Cependant, ce rayon est interrompu par la lumière naturaliste de l’image du château, soulignant ainsi les éléments contradictoires au sein de l’œuvre. Cette idée est encore soulignée par la présence de l’aquarium (une référence à Intérieur avec un bocal à poissons rouges (1914) d’Henri Matisse) qui fait allusion à la notion de transparence avec sa structure de verre et d’eau. Ces incohérences rappellent que l’image naturaliste du château est, à l’instar du tableau dans son ensemble, illusoire. After Lunch est étroitement lié à une œuvre antérieure, Paradise Bar (1974), qui constituait la première tentative de Caulfield de fusionner deux styles en un seul tableau. Il déclarait : « L’une des raisons pour lesquelles je choisis des intérieurs de restaurants, est qu’ils offrent davantage de possibilités d’introduire l’espace et les objets que dans un cadre de design classique ».

Paradise Bar, 1974, Patrick Caulfield
Paradise Bar, 1974, Patrick Caulfield,
Londres, Tate.

En août 1981, Patrick Caulfield a présenté sa première grande rétrospective (comprenant 48 œuvres) à la Walker Gallery de Liverpool. Véritable succès, l’exposition a ensuite été transférée à Londres avant de partir en tournée au Japon. Cette exposition a marqué un tournant dans sa carrière. En 1983, Caulfield a cessé d’utiliser les contours noirs tant dans ses peintures que dans ses gravures, choisissant à la place des aplats de couleur, pour créer un jeu dynamique entre la lumière et l’ombre et jouer sur la relation entre les deux et les trois dimensions. Caulfield a encore élargi son répertoire lorsqu’il a accepté une commande pour les décors et les costumes du ballet Party Game de Michael Corder, dont la première a eu lieu au Royal Ballet de Londres en 1984. En 1986, la National Gallery invita Caulfield à organiser une exposition de son œuvre, qu’il intitula The Artist’s Eye. Cette exposition personnelle fut présélectionnée pour le prix Turner l’année suivante.

Caulfield : Période tardive

Patrick Caulfield continua de connaître le succès professionnel tout au long des années 1990. Sa deuxième rétrospective, qui se tint à la Serpentine Gallery en 1992, présenta certaines de ses œuvres les plus emblématiques datant de 1963. En 1994, il fut chargé de concevoir la rotonde de l’extension du Musée national du Pays de Galles à Cardiff. Le résultat fut Flowers, Lily Pad and Labels, une mosaïque faisant référence aux peintures de nénuphars de Claude Monet exposées dans la galerie adjacente. En 1995, il a conçu les décors et costumes de la nouvelle production du Royal Ballet avec Rhapsody de Frederick Ashton. La troisième rétrospective de la carrière de Caulfield a été inaugurée avec grand succès à la prestigieuse Hayward Gallery en février 1999. L’exposition, organisée par la galerie et le British Council, a ensuite fait l’objet d’une tournée au Luxembourg, au Portugal et aux États-Unis.

Flowers, Lily Pad and Labels, 1994, Patrick Caulfield
Flowers, Lily Pad and Labels, 1994, Patrick Caulfield, Jean-Paul Landreau,
Collection privée.

En 1999, Caulfield a réalisé le tableau Hemingway Never Ate Here, un intérieur intégrant plusieurs références à la culture hispanique. Cette œuvre était en partie motivée par des raisons personnelles. Caulfield souhaitant célébrer le mariage de son fils avec une Espagnole. L’artiste s’est inspiré de la collection de la National Gallery en reprenant le motif central de l’œuvre Une tasse d’eau et une rose sur un plateau d’argent (vers 1630) de Francisco de Zurbarán, peintre espagnol du XVIIe siècle, tout en rendant avec soin la tasse et l’assiette en argent, il a apporté une modification au motif de Zurbarán en remplaçant la rose par une rondelle de citron vert. L’idée d’intégrer une tête de taureau lui est venue lors d’un séjour à Madrid en 1998, où il en avait vu une accrochée dans un bar près de la Plaza Mayor. Pour en reproduire fidèlement les traits, Caulfield s’est procuré une tête de taureau empaillée à Londres. En effet, les descriptions de l’Espagne par Hemingway dans des livres comme Fiesta ont contribué à populariser l’image des toreros courageux et des buveurs invétérés.

Hemingway Never Ate Here, 1999, Patrick Caulfield
Hemingway Never Ate Here, 1999,
Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Avec Les Demoiselles d’Avignon vues de derrière de 1999 – un hommage audacieux et plein d’humour – Caulfield a créé une estampe qui représente l’inversion du célèbre prototype cubiste de Picasso du même nom. L’estampe reprend les éléments clés du tableau de Picasso, mettant en valeur les corps hautement stylisés des femmes à travers des formes angulaires et des couleurs vives. À la fois, Caulfield a rejeté certains éléments de l’œuvre de Picasso. Il a préféré son style détaché caractéristique aux coups de pinceau expressifs de l’artiste et a omis des détails marquants tels que la coupe de fruits au premier plan du tableau. Malgré ces importants changements stylistiques, la référence reste reconnaissable et l’artiste confronte ainsi le spectateur à ce qu’il a un jour décrit comme « le choc du familier ». Son interprétation de l’œuvre de Picasso était motivée par un lien personnel avec le tableau : « Ce tableau m’a hanté toute ma vie et j’avais besoin d’exorciser ce fantôme ».

Les Demoiselles d'Avignon vues de derrière,1999, Patrick Caulfield
Les Demoiselles d’Avignon vues de derrière,1999,
Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Patrick Caulfield continua à travailler malgré son combat contre la maladie, achevant son dernier tableau, Braque’s Curtain, en 2005, à peine deux semaines avant sa mort. L’artiste y explore les jeux d’ombre et de lumière dans un décor d’intérieur. À travers ses formes plates peintes dans des couleurs non modulées, il crée un effet de superposition qui rend difficile la distinction entre l’objet réel et son ombre. Il s’agissait d’un hommage à l’une de ses principales sources d’inspiration artistique, le peintre cubiste Georges Braque.

Braque's Curtain, 2005, Patrick Caulfield
Braque’s Curtain, 2005, Patrick Caulfield, Londres, Tate.

Caulfield s’est inspiré des mouvements cubistes dès le début de sa carrière, mais comme le note l’historienne Sarah Whitfield, « à mesure que ses peintures gagnaient en complexité, son appréciation des subtilités du cubisme s’est également affinée, en particulier celle des intérieurs de Braque du milieu des années 1930 ». Comme le suggère le titre, le rideau jaune s’inspire d’éléments tirés de deux tableaux de Braque, Le Duo (1937) et Le peintre et son modèle (1939). Dans les deux cas, Caulfield s’est concentré sur l’ornementation géométrique de Braque à travers les panneaux de papier peint jaune à motifs en arrière-plan. Caufield est décédé en septembre 2005 à son domicile de Belsize Square, à l’âge de 69 ans.

L’héritage de Patrick Caulfield

Malgré leurs similitudes esthétiques évidentes, Caulfield s’est distancié du mouvement pop art britannique. Il était à la recherche de thèmes qui s’inscrivaient dans la continuité plutôt que de rompre avec les traditions de la peinture européenne. Il a assimilé les fluctuations de l’art du XXe siècle à sa manière originale et authentique, mais sa maîtrise du dessin peut être comparée à celle d’Ingres, sa palette à celle de Matisse et des Fauves, et l’établissement des règles de son propre univers à celui de Picasso et des cubistes. Patrick Caulfield était « un peintre de peintres, un artiste dont l’œuvre révélait une grande profondeur lorsqu’on la contemplait ».

Caulfield accordait rarement des interviews, et cette réserve, qui se traduisait par une tendance à fuir la publicité et les occasions de promotion, l’a sans doute empêché d’atteindre le même niveau de renommée que certains autres artistes britanniques de sa génération. Néanmoins, la place de Caulfield parmi les peintres britanniques les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle est aujourd’hui incontestée. En effet, l’héritage de son imagerie d’une simplicité trompeuse, se retrouve dans l’œuvre de l’artiste conceptuel irlandais Michael Craig Martin, ainsi que dans l’art de la génération suivante d’artistes britanniques, Gary Hume et Julian Opie.

Bibliographie

  • Marco Livingstone. Patrick Caulfield: Paintings Hardcover. Lund Humphries Ltd., 2005
  • Mel Gooding. Patrick Caulfield: The Complete Prints 1964-1999. Alan Cristea Gallery, 1999
  • Andreas Papadakis. Patrick Caulfield Paintings 1963-1992. St. Martins Pr. 1993
  • Patrick Caulfield. Patrick Caulfield, paintings 1963-81. Londres, Tate Gallery, 1981