Paul Nash

Paul Nash et le néo-romantisme

Paul Nash (Londres 1889 – Boscombe, Hampshire 1946), formé à la Slade School de Londres (1910), il débute par des œuvres romantiques qui évoquent le caractère visionnaire des tableaux de William Blake, de Samuel Palmer et des préraphaélites. Artiste officiel sur le front de l’Ouest en 1917, il illustre la destruction de la nature par l’homme en des paysages de désolation proches de l’univers infernal de Dante. Actif représentant de l’avant-garde entre les deux guerres, Nash fonde le groupe « Unit One » en 1933 et participe à l’exposition internationale du surréalisme à Londres (1936).

Paul Nash, 1943, William MacQuitty,
Collection particulière.
Maison bleue sur le rivage (Blue House on the Shore), c. 1930-31, Paul Nash
Maison bleue sur le rivage (Blue House on the Shore), c. 1930-31, Paul Nash,
Londres, Tate
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Ses tableaux, marqués par Cézanne et De Chirico, sont des paysages représentant une imagerie de rêve (Paysage de rêve) et une juxtaposition irrationnelle d’objets réels et inventés (Paysage nocturne, 1938). Nash est une figure majeure du néo-romantisme anglais : retiré dans le Dorset pour préparer l’illustration d’un livre, il prend de nombreuses photographies où les rochers et les arbres, de par l’angle de vue choisi, deviennent des squelettes et des monstres préhistoriques. Ses peintures métaphysiques sont composées d’après ses photos et les nombreux objets archéologiques qu’il collecte.

Paysage nocturne, 1938, Paul Nash
Paysage nocturne, 1938, Paul Nash, City Art Gallery Manchester.

Avec la Seconde Guerre mondiale, il retrouve son inspiration initiale. Attaché à la Royal Air Force, il peint des tableaux de bombardement aérien d’une facture surréaliste. Nash consacre les dernières années de sa vie à composer des poèmes où le symbole de la croissance et la métaphore de la fleur tiennent une place essentielle : il rejoint l’inspiration de ses dernières peintures, Fleur de Magnolia (1944).

Fleur de Magnolia, 1944, Paul Nash
Fleur de Magnolia, 1944, Paul Nash, Londres, Tate.

Œuvres commentées de Paul Nash

La route de Menin (The Menin Road) de 1919 : Le titre proposé pour cette œuvre était « Un champ de bataille en Flandre ». Elle avait été commandée par le ministère de l’Information en 1918, sur le thème de l’héroïsme et du sacrifice, et devait être exposée dans une salle du souvenir consacrée aux « sujets liés au combat, à la vie quotidienne et à la guerre en mer et dans les airs ». Montre une tranchée inondée, un sol déchiré par les obus, des souches d’arbres et d’autres débris, notamment des fils de fer, du métal et du béton. À l’arrière-plan, la fumée suggère que la destruction se poursuit. L’étendue de la dévastation est encore soulignée par les deux soldats au centre du tableau qui tentent de suivre une route qui n’existe plus. Chaque centimètre carré de l’image est recouvert de décombres, et aucun des petits chemins qui s’entrecroisent n’atteint l’horizon.

La route de Menin, 1919, Paul Nash
La route de Menin, 1919, Paul Nash, Londres, Imperial War Museums.

Paul Nash lui-même a suggéré la légende suivante pour le tableau : « L’image montre une partie du pays près du village de Gheluvelt, peut-être la localité la plus redoutée et la plus désastreuse de tous les théâtres de guerre ». Il s’agit d’Ypres, en Belgique, une région qui a été entièrement détruite pendant la Bataille de la route de Menin. On dit que la palette de couleurs du tableau s’inspire de la peinture des primitifs flamands, tandis que la description de l’artiste et critique Wyndham Lewis, « une épopée de boue », évoque également les images des tapisseries historiques représentant des batailles.

Équivalents pour les mégalithes (Equivalents for the Megaliths) : En 1933, Paul Nash visita le village d’Avebury, dans le Wiltshire, au sud-ouest de l’Angleterre. Il fut « enthousiasmé et fasciné » par les monuments néolithiques et les menhirs qu’il y découvrit, dans lesquels il vit immédiatement « une beauté magique et sinistre ». Il peignit le paysage à plusieurs reprises dans des styles différents, et dans ce cas précis, il introduit l’abstraction pour souligner davantage le sentiment de mystère qu’il ressentit sur le site.

Équivalents pour les mégalithes, 1935, Paul Nash, Londres, Tate.
Équivalents pour les mégalithes, 1935, Paul Nash, Londres, Tate.

Dans Équivalents pour les mégalithes, Nash réinvente les menhirs historiques sous forme abstraite typiques de la sculpture contemporaine. Dans une déclaration sur le tableau, écrite en 1937, l’artiste évoque le double attrait des monuments : leur impressionnante valeur historique et leur capacité à représenter des époques révolues, ainsi que leur attrait formel et géométrique (« lignes, masses et plans, directions et volume »). L’artiste estimait que l’histoire et la géométrie de ces pierres leur conféraient une présence mystique.

Paysage tiré d’un rêve (Landscape from a dream), 1936-1938. Ce tableau est largement considéré comme l’aboutissement de la réponse personnelle de Nash au surréalisme, qui l’intéressait depuis les années 1920. L’œuvre a été achevée peu après la visite de Nash à l’Exposition internationale du surréalisme de 1938 et s’inspire de la fascination des surréalistes pour Freud ainsi que de leurs principales théories sur le pouvoir des rêves. Le ciel dominé par les nuages et les objets centraux placés dans un paysage mystique, rappellent l’œuvre de René Magritte. Magritte a longtemps influencé Nash, qui y est revenu vers la fin de sa carrière en peignant sa série « Aerial Flower » (fleurs aériennes).

Paysage tiré d'un rêve, 1936-1938, Pau Nash
Paysage tiré d’un rêve, 1936-1938, Pau Nash, Londres, Tate.

Le tableau montre un faucon se contemplant dans un miroir, dans lequel on aperçoit également un paysage et plusieurs sphères. Paul Nash expliqua plus tard la symbolique de chacun des éléments du tableau : le faucon représente le monde matériel et les sphères, l’âme. L’artiste et historien Roland Penrose fit l’éloge de Paysage tiré d’un rêve, établissant un parallèle entre l’oiseau qui se regarde dans le miroir et le spectateur qui contemple le tableau. Il a écrit que, tout comme l’oiseau « se regarde dans un miroir, attendant que l’image bouge pour savoir lequel est vraiment vivant, lui-même ou l’image » Cette idée de mouvement devient plus complexe si l’on considère que Nash a peint l’oiseau à partir d’une sculpture égyptienne. Ainsi, le « vrai » faucon est immobile et le faucon en vol dans le miroir est une illusion. La sculpture à partir de laquelle le faucon a été peint orne aujourd’hui la tombe de l’artiste.

La bataille d’Angleterre (Battle of Britain), 1941. Paul Nash a peint cette œuvre pendant la bataille, expliquant qu’elle contient des éléments caractéristiques tels que la rivière sinueuse qui traverse la campagne aride, les cumulus après une journée d’été et les traînées d’avions dans le ciel, tant ceux qui volent encore que ceux qui sont touchés et tombent. On peut voir l’armée de l’air allemande (Luftwaffe) avancer en formation, tandis que, au milieu des traînées de condensation, des nuages, de la fumée, des parachutes et des ballons, les pilotes britanniques de la RAF dispersent ces forces au centre du tableau. Les avions britanniques s’élèvent presque depuis le sol même, conférant au paysage plus de grandeur, de poésie et de dignité que dans les peintures antérieures de Nash, plus dévastatrices.

Bataille d’Angleterre, 1941, Paul Nash
Bataille d’Angleterre, 1941, Paul Nash, Londres, Imperial War Museums.

Caractéristique de l’œuvre de Paul Nash à cette époque, la peinture n’est pas entièrement fidèle à la réalité, mais prend une dimension imaginative et symbolique, qui se manifeste en partie par des différences d’échelle entre l’action dans le ciel et le paysage en dessous. Plutôt que de représenter une scène de bataille particulière et réaliste, le tableau évoque un conflit aérien dramatique à grande échelle. Nash a écrit : « Le tableau est une tentative de donner une idée d’une bataille aérienne se déroulant sur une vaste zone et résume ainsi la grande victoire aérienne de l’Angleterre sur l’Allemagne ». En ce sens, il pourrait être considéré comme une œuvre patriotique.

La bataille d’Allemagne, 1944 : Il s’agit de la dernière peinture que Paul Nash réalisa dans le cadre de son emploi officiel pour le Comité consultatif des artistes de guerre (WAAC). L’artiste choisit de peindre une ville allemande sous le feu des bombardements aériens. Pour ce faire, il eut accès aux rapports des équipages qui avaient participé aux raids aériens allemands. Malgré ces recherches approfondies, il en reste très peu de traces dans cette toile essentiellement abstraite.

La bataille d'Allemagne, 1944, Paul Nash
La bataille d’Allemagne, 1944, Paul Nash, Londres, Imperial War Museums.

La composition de La bataille d’Allemagne est divisée entre « le suspense de la ville en attente sous la lune calme mais sinistre » à gauche, et la ville sous les bombardements à droite. La première partie est caractérisée par le calme et la tranquillité, tandis que la seconde montre le ciel et la mer « violemment agités ». Au centre, de la fumée et des flammes rouges planent au-dessus de la ville, tandis que des taches de couleur sur la toile suggèrent d’autres explosions et des perturbations atmosphériques. Le groupe de petits cercles au premier plan représente des parachutes, qui reflètent de manière poignante et poétique la forme de la grande lune. Dans l’ensemble, le tableau est généralement considéré comme l’aboutissement de l’abstraction dans l’œuvre de l’artiste.

Éclipse du tournesol (Eclipse of the Sunflower),1945 : Cette œuvre fait partie d’une série de quatre tableaux dans lesquels Paul Nash voulait utiliser le cycle de vie du tournesol pour représenter le soleil dans le ciel, faisant référence à son ambition d’« exalter » l’image du tournesol. Le fond noir pourrait avoir été inspiré par les illustrations de William Blake, avec des détails qui rappellent les peintures de paysages plus anciennes, par exemple les formations nuageuses et les vagues picturales dans le coin inférieur droit. On a également l’impression que le cycle de vie du tournesol reflète les phases décroissantes et croissantes de la lune. Le tableau illustre l’un des principaux centres d’intérêt de Nash, à savoir, la mort et la renaissance, ainsi que la continuité des forces naturelles.

Éclipse du tournesol, 1945, Paul Nash
Éclipse du tournesol, 1945, Paul Nash, Londres, British Council Collection.

L’artiste, qui s’était particulièrement intéressé à l’idée du renouveau par la mort (inspiré par la poésie et les mythes religieux), a été influencé notamment par l’œuvre de James Frazer, The Golden Bough (1926), qui décrit un rituel estival consistant à faire rouler des « roues de feu » enflammées sur une colline pour imiter le mouvement du soleil, et par le magnifique poème de William Blake, Ah ! Sunflower (1794). Avec les cycles de vie de la nature à l’esprit, Nash écrivit dans son essai Aerial Flowers (publié à titre posthume en 1947) : « Je pense que si la mort peut nous apporter [une solution], alors la mort sera une bonne chose ».

L’héritage de Paul Nash

Tout au long de sa carrière, Paul Nash s’est considéré (à juste titre) comme le successeur de J.M.W. Turner et de William Blake. À l’instar de ces figures qui l’ont précédé, il a tenté de capturer « l’esprit » de la campagne anglaise et, selon la conservatrice Jemima Montagu, « a su développer une forme d’expression unique qui s’est développée à partir d’une idée du paysage anglais, mais qui en est venue à la définir ». Son attachement profond à la campagne, son romantisme discret et persistant, ainsi que son intérêt pour le cycle perpétuel du temps, confèrent à l’œuvre de Paul Nash un caractère typiquement anglais.

Paul Nash a également été influencé par les artistes Samuel Palmer et Dante Gabriel Rossetti, et comme eux, il a réussi à faire connaître l’art anglais sur la scène internationale. Bien qu’il n’ait jamais adhéré à aucun mouvement moderniste, Nash a travaillé et entretenu des liens avec certains des artistes britanniques les plus importants de la première moitié du XXe siècle. Au cours de l’été 1914, avant de s’engager dans l’armée, il a travaillé avec Roger Fry dans les Omega Workshops. En 1933, il a fondé le groupe Unit One avec Ben Nicholson et Barbara Hepworth.

Le talent de Paul Nash était particulièrement marqué dans son travail d’artiste de guerre. À la fois soldat et artiste, Nash dépeint dans ses peintures avec une honnêteté saisissante les effets dévastateurs de la guerre, et en particulier son impact sur le paysage. Nash a également produit des estampes, des gravures, des lithographies, des livres, des tissus, des tapis, des objets en verre, des céramiques et des décorations d’intérieurs. En effet, on peut dire que la carrière artistique de Nash est pleine de contrastes surprenants. Il est assez ironique que ses œuvres les plus célèbres, qui montrent l’horreur et la destruction de la guerre, aient été financées par des organismes gouvernementaux, le Bureau de la propagande de guerre et le ministère de l’Information, précisément les institutions avec lesquelles il était en désaccord idéologique, car dans l’ensemble, il était opposé la guerre.

Bibliographie

  • Michael Kerrigan. Paul Nash: Masterpieces of Art. Flame Tree Publishing, 2025
  • James King. Paul Nash Designer and Illustrator. Lund Humphries, 2022
  • Roger Cardinal. The Landscape Vision of Paul Nash. Reaktion Books, 2016
  • Andrew Causey. Paul Nash: Landscape and the Life of Objects. Lund Humphries, 2016